Anniversaire: magie et symbolisme pour célébrer ou retenir la vie

L'Histoire et nos histoires sont jalonnées de dates anniversaires, souvent associées à des rituels immuables. Quel est le sens de ces fêtes et cérémonies ?
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"Happy birthday" ou souvenir douloureux, chaque jour de l’année représente une date anniversaire pour quelqu’un ou quelqu’une. D’origine latine (anniversarius : de annus , année et vertere , tourner), le mot anniversaire désigne ce qui nous ramène en mémoire un évènement passé, de l’Histoire ou de nos histoires personnelles.

Pourquoi sommes-nous enclins à célébrer et ritualiser des jours qui resteront ordinaires pour les non concernés?

Marquer les temps de la vie

La notion d'anniversaire évoque surtout la date immuable où, chaque année, nous aurons un an de plus.

Nous l’imaginons bon ou joyeux, selon la formule consacrée. Nous l’associons souvent à une fête où seront conviés proches et amis. Cadeaux, gâteau et bougies symbolisent l’évènement.

Mais, si elle n’était pas fêtée, la date de notre anniversaire marquerait quand même notre vie. l’Etat civil lui conditionne en effet un certain nombre de droits, interdits ou obligations, tels que le vote ou la conduite automobile.

Chaque anniversaire comptabilise nos années de vie. Il peut être conçu comme "un rite de passage, particulièrement solennel lors des grandes dates d’une vie (…): les 18 ans, les 50 ans, les 80 ans". ( L’anniversaire , A.Montandon, Presses universitaires Blaise Pascal, Clermont-Ferrand, 2008).

Se protéger contre le mauvais sort

Le rituel d’anniversaire serait d’origine païenne, lié à la magie et à la religion.

"La plus ancienne mention certaine d’une fête d’anniversaire date de la fin du IVe siècle avant notre ère" et met en scène des Romains "à l’époque d’Alexandre le Grand". ( Le livre de l’anniversaire , F.Lebrun, R.Laffont, Paris, 1986).

Mais, dans l’Antiquité, l’utilisation de bougies allumées, éventuellement sur des gâteaux, n’était pas obligatoirement liée à ce type de fête. Elle était censée protéger des démons et assurer la sécurité. Prières et vœux étaient acheminés jusqu’aux dieux par les flammes des cierges.

Les bougies bien soufflées le jour de l’anniversaire permettront plus tard aux souhaits d’être exhaussés, selon une coutume qui serait d’origine anglo-saxonne.

L’occasion d’espérer en un avenir possible et radieux.

Etre quelqu’un d’important

Le jour de notre anniversaire, nous espérons souvent être le héros du jour, choyé et entouré. Certains aiment à le faire savoir, même à des inconnus. Les messages de sympathie sont comptabilisés.

Une façon de nous affirmer comme une personne unique et importante. Cette fête personnelle, selon le psychologue C.Heslon ( Petite psychologie de l’anniversaire , Editions Dunod, 2007), consolide narcissisme et estime de soi, surtout chez les hommes; les femmes privilégieraient une certaine forme de communion, à travers congratulations et retrouvailles.

En effet, le bon anniversaire n’est pas solitaire; le rite "réaffirme le lien social". (A.Montandon).

Se rassurer, se consoler

Mais, sous ses apparences heureuses, l’anniversaire est aussi l’occasion d’exprimer le regret de perdre sa jeunesse, la nostalgie des jours passés.

De la réjouissance d’être toujours vivant, on passe vite à l’angoisse face au temps incontrôlable.

"On partage le gâteau comme on partage le fait de vieillir, on reçoit des cadeaux qui se veulent compensatoires des années échues et de pertes passées". (A.Montandon).

Une année de plus, c’est une année de moins à vivre. Les plus âgés refusent parfois de célébrer cette date fatidique qui les renvoie à un avenir de mort. "Je suis dans la mauvaise dizaine", témoigne une femme octogénaire.

"La fonction du rite est destinée à réduire l’anxiété existentielle en permettant d’affronter l’inconnu (…) Il s’agit, face au vertige du temps linéaire, d’apporter un ordre et un sens". ( A.Montandon).

Retenir la vie

Certaines dates anniversaires sont douloureuses. L’anniversaire d’un deuil suscite ainsi beaucoup d’émotion. Il réactive la peine.

Mais les rituels personnels qui y sont associés –visite au cimetière, recueillement, réunion familiale pour évoquer la personne disparue– ne sont-ils pas un moyen désespéré pour retenir le vie?

Dans la religion juive, ce type d’anniversaire est célébré au milieu des bougies qui symbolisent l’âme dont la lumière perdure éternellement.

Les forums consacrés à ce sujet contiennent des témoignages qui illustrent ce désir de vie:

  • celle de la personne décédée: "j’ai besoin de souligner ces dates comme pour que mes étoiles soient encore un peu avec nous";
  • ou celle de la personne endeuillée: "ce deuil n’est pas terminé mais, si on a réussi à traverser une année, on peut entamer l’autre".

Une ancienne coutume allemande consistait à allumer une bougie de plus que le nombre correspondant à l’âge de la personne célébrée. Cette chandelle supplémentaire, qui devait se consumer une journée entière, symbolisait la "lumière de la vie".

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