AVT et implant cochléaire peuvent-ils supprimer la surdité?

La thérapie auditive verbale séduit les parents d'enfants sourds, car elle promet une réhabilitation auditive totale. En quoi peut-elle être controversée?

La méthode Auditory-Verbal Therapy (AVT), traduite "thérapie auditive verbale", puis "langue écoutée parlée", commence à gagner la France. Rejetant, dans la communication avec l’enfant sourd, toute utilisation de la voie visuelle, elle s’oppose aux méthodes éducatives prônant le bilinguisme (langue des signes et langue française) ou la mise en accessibilité de la langue parlée par une aide visuelle (langue parlée complétée, LPC). La lecture labiale même est interdite à l’enfant dont les parents suivent ce programme éducatif. (Voir article explicatif" Éducation de l'enfant sourd, une nouvelle méthode audio-verbale ".)

Les opposants à ce type de pratique peuvent faire valoir un certain nombre de bonnes raisons.

L’acharnement thérapeutique pour quelques décibels

Cette nouvelle méthode renoue avec la tradition de l’"oralisme", tel qu’il existait dans sa forme la plus contraignante, durant la longue période séparant:

  • le congrès de Milan en 1880, qui avait interdit l’utilisation de la LSF dans l’éducation des jeunes sourds,
  • et la loi dite "Fabius" en 1991, qui avait réhabilité la LSF en introduisant la notion de libre choix d’un mode de communication.

Son appellation même n’est pas sans rappeler celles d’un certain nombre d’établissements pour sourds qui incluaient souvent la "rééducation de l’ouïe et de la parole".

Tous ceux qui s’opposent à une vue médicalisée ou trop médicalisée de la surdité seront fatalement en désaccord avec l’AVT. Il convient cependant de signaler que les conditions actuelles d’une éducation à l’écoute et à la parole permettent plus d’efficacité et de confort que par le passé: les aides techniques disponibles sont en effet plus performantes.

Une surstimulation non indispensable

Ce qui apparaît miraculeux à certains, à savoir un accès aisé à la parole pour l’enfant sourd, n’est pas spécifique de l’AVT. Il est en effet également constaté chez des enfants sourds dotés de façon précoce d’une aide technique adaptée à leur niveau de surdité et pour lesquels, pourtant, on aura parlé sans se cacher la bouche. Aucune étude n'a d'ailleurs encore pu affirmer que l'AVT était la cause réelle des progrès auditifs et langagiers observés chez les enfants sourds de cette nouvelle génération (information Wikipedia).

Une éducation auditive adaptée est en effet associée à la plupart des programmes éducatifs incluant l'accès à la langue parlée, dont ceux qui englobent des compléments visuels tels la LPC. Mais des séances régulières d'entraînement auditif animées par un orthophoniste, relayées par quelques jeux d'écoute en famille, n'ont aucune commune mesure avec l'obsession permanente du "faire entendre et écouter".

L’AVT renoue avec tous les discours passés – et encore présents – qui recommandent aux parents de ne pas trop utiliser la LPC, par exemple, car l’aide visuelle apportée empêcherait alors l’enfant d’utiliser au mieux ses restes auditifs. Maints exemples ont démenti la véracité de ce mode de pensée.

Les objectifs d’intégration scolaire et sociale, d’adaptation au monde entendant et parlant ne sont ni nouveaux ni révolutionnaires. Ils ont été souvent atteints par le passé avec un certain confort de vie par les jeunes qui ont pu bénéficier d’une éducation avec la LPC. L’histoire n’a pas attendu l’AVT pour permettre aux jeunes sourds l’accès à l’école, à la lecture, aux études et aux diplômes. Selon d’autres voies, les programmes bilingues (LSF, langue française) ouvrent d’ailleurs des perspectives similaires.

La dépendance technique

Appareil auditif ou implant cochléaire ne peuvent être portés en permanence. Les situations de vie sans aide technique sont fréquentes:

  • temps de la toilette;
  • moments de réveil ou d’endormissement;
  • journées passées à la plage ou à la piscine;
  • pannes pouvant durer plusieurs jours à plusieurs mois.

Sans cette compétence, la personne sourde ne peut qu’être isolée et frustrée; des moments susceptibles de conduire à un vrai sentiment de détresse.

"A-t-on vraiment besoin de dialoguer dans une baignoire?", s’interroge une maman. La réponse pourrait être "oui", car la baignoire ne sera sans doute pas le seul lieu d’absence de dialogue.

Le programme éducatif prévoit d’autre part une stimulation auditive permanente en l’absence de bruits parasites. Or les porteurs d’appareils ou d’implants rappellent souvent que dans une ambiance bruyante, ils ne comprennent rien de ce qu’ils entendent ; dans ces moments là, inévitables dans la vie ordinaire, la lecture labiale est aussi nécessaire.

La place naturelle du non verbal

Les indices non-verbaux et donc visuels sont utilisés par tous, même en l’absence de surdité, et sont essentiels dans les échanges humains. Le sourire, les mimiques expressives, l’attitude corporelle, le regard, les gestes spontanés, même la lecture labiale interviennent dans le face-à-face.

Quel type de développement communicationnel aura un enfant privé le plus souvent de la possibilité de prendre en compte ces informations? Il n’est bien sûr pas permis d’affirmer qu’il en sera totalement exclu, l’AVT ne suggérant pas qu’on doive lui cacher les yeux, mais il est surprenant qu’aucune indication à ce sujet ne soit mentionnée dans les différents textes explicatifs de la méthode.

Les différentes approches possibles de la langue écrite

L’AVT s’appuie sur une conception très rigide des procédures d’apprentissage de la lecture.

D’une part, bien entendre ne suffit pas pour apprendre à lire: en témoignent les difficultés fréquentes d’enfants qui ne sont pas sourds. D’autre part, on peut bien apprendre à lire sans bien entendre: en témoignent les niveaux de lecture parfois excellents de personnes sourdes profondes dont l’audition est souvent peu utilisable.

Pour toutes ces raisons, l’AVT sera fatalement controversée. Il lui sera probablement reproché de ne pas accepter la surdité, de ne pas respecter la spécificité de l’enfant sourd, de ne pas suffisamment se préoccuper de son bien-être psychologique présent et futur. Inacceptable et scandaleuse aux yeux des uns, elle semblera imprudente et excessive aux yeux des autres qui poseront peut-être cette dernière question: si la capacité d’échanger par la parole est un atout pour les personnes sourdes, doit-elle exister à ce prix?

D'autres conceptions

Certains parents s'inspirent de la méthode dans l'éducation de leur enfant sans pour autant en appliquer tous les préceptes. D'autres, très satisfaits, ne jugent pas la démarche contraignante pour l'enfant.

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