Comment lire ou raconter des histoires aux enfants?

Avant l'apprentissage de la lecture, il est bon que les enfants, entre 2 et 6 ans, puissent comprendre un texte écrit. Conseils aux parents et éducateurs.
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A travers les livres et les histoires qu’ils racontent, un jeune enfant découvre d’autres mondes. Cette ouverture sur l’imaginaire lui permet aussi de se poser des questions, de porter des jugements, de réfléchir, de mieux vivre des évènements qui peuvent lui poser problème. Ces moments de découverte sont aussi riches d’émotions. " Lorsque les parents font la lecture à leurs enfants, ils font de la médecine préventive. " (P. Nieman, pédiatre.)

Mais le livre est doué d’une autre vertu: il contient un texte écrit qui propose un registre de langage et de pensée plus élaboré que le registre de la conversation courante. Pourquoi et comment aider l’enfant à se l’approprier?

Un enjeu d’importance

Le texte écrit utilise des phrases plus longues et plus complexes que celles du registre oral:

  • lexique nouveau, parfois peu usité;
  • marqueurs de temps du récit spécifiques, par exemple: c’est alors, soudain, quand tout à coup;
  • temps de conjugaison particuliers tel que le passé simple.

L’histoire elle-même est un récit qui s’appuie sur une suite chronologique et un enchaînement causal: les actions se déroulent selon une suite logique dans le temps, les personnages ont des buts et des motivations, des événements les favorisent ou deviennent des obstacles. La compréhension du récit suppose une organisation de pensée spécifique, la maîtrise de quelques notions relatives à l' espace, au temps,à la causalité, au but ; soit celles qui répondent aux questions: "Où, quand, pourquoi?"

Une maîtrise insuffisante de ces concepts peut aussi freiner le bon accès à la compréhension des textes.

C’est donc avant la classe de CP, entre 2 et 6 ans, qu’une initiation progressive à la culture de l’écrit doit être proposée aux enfants, tant à l’école maternelle que dans le milieu familial.

Voici un programme en six étapes.

Découvrir le livre

Certains ouvrages illustrés ne proposent que des phrases simples ou ne mentionnent que des dialogues. Le texte peut alors être lu sans réelle modification. Le niveau de complexité de certains récits ne permet pas cependant la compréhension immédiate.

Ce qui intéresse un très jeune enfant, c’est d’abord de regarder les images, de toucher le livre, de tourner les pages. Il est donc logique, à ce premier stade,

  • de choisir des livres abondamment illustrés;
  • de laisser l’enfant manipuler, s’approprier son bien;
  • de répondre à ses éventuels commentaires ou questions.

Commenter le livre

Dans un deuxième temps, le même livre sera utilisé autrement. L’adulte guide le dialogue en montrant les images et en apportant des commentaires:

  • sur les personnages (leur nom, leurs vêtements, leurs caractéristiques physiques);
  • sur les objets (leur nom, leur couleur, leur usage, leur forme);
  • sur les actions, les sentiments éprouvés par les personnages et explicites sur l’image.

Raconter l’histoire

L’histoire peut ensuite être racontée selon une logique temporelle d’enchaînement des actions et des évènements. Mais ce n’est pas encore le temps de la lecture.

Il s’agit de raconter en utilisant le plus possible un registre de langage simple, un lexique connu majoritairement de l’enfant, une mimo-gestualité et une intonation très expressives. Il s'agit de théâtraliser le récit . L’objectif, à cette étape, est de permettre à l’enfant de comprendre.

Tout en montrant les images, on introduira quelques éléments linguistiques importants, informant par exemple:

  • sur l’organisation dans le temps (d’abord, ensuite, après, pendant que, aussitôt...);
  • sur la causalité (parce que), le but (pour);
  • sur les positions dans l’espace (dans, sur, au dessus, entre, plus loin...).

Évaluer la compréhension

Lorsque l’histoire aura été ainsi racontée deux à trois fois, la narration pourra être accompagnée de consignes données à l’enfant:

  • montrer un élément sur l’image;
  • chercher dans le livre l’image où on voit tel personnage, tel évènement ou tel objet;
  • raconter une image;
  • répondre à des questions précises (comment s’appelle… de quelle couleur… qui a dit… ?);
  • dessiner des moments de l’histoire, ranger ces illustrations dans l’ordre chronologique (l’adulte peut proposer des illustrations si l’enfant est encore trop jeune pour le faire).

Lire le texte du livre

Lorsque l’enfant s’est approprié le sens du récit, qu’il en a compris et mémorisé les principaux éléments, la lecture peut commencer:

  • soit en laissant l’enfant regarder l’image correspondant au passage lu;
  • soit en montrant chaque image avant de lire, puis en montrant l’image après la lecture.

Si l’histoire plaît à l’enfant, le même texte sera relu plusieurs fois. Il est important alors de ne pas le modifier, même si des commentaires peuvent y être toujours apportés.

Vers la lecture par l’enfant

Dès qu’il en est capable, on demande à l’enfant de raconter l’histoire en suivant les images. L’adulte devient spectateur ; cette inversion de rôles peut s’entourer d’une certaine mise en scène qui ravit les plus jeunes.

Puis, à partir de 4 ans (plus tôt ou plus tard pour certains), l'adulte lit quelques passages en suivant du doigt mot à mot ce qui est lu. L’enfant doit regarder et écouter. C’est ensuite son tour: il est invité à suivre du doigt mot à mot pendant que l’adulte lit ce qui est montré.

Quelques mots-clés du texte (nom d’un personnage, par exemple, nom désignant un objet, un animal) peuvent être écrits sur une feuille par l’adulte et illustrés par l’enfant. On lui demande ensuite de retrouver ce mot sur une des pages du livre.

Ce cheminement favorise chez l'enfant, outre le développement des compétences de lecteur, le désir d’apprendre à lire et de lire par lui-même.

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