Comment raconter et lire des histoires à un enfant sourd ?

Permettre à un jeune enfant d'accéder à la compréhension d'un texte écrit peut être compliqué en cas de surdité. Conseils aux parents et éducateurs.

Un article précédent proposait un programme en 6 étapes aux parents désireux d’aider leur jeune enfant à accéder à la culture de l’écrit, avant l’apprentissage de la lecture : de l’image au texte, de la narration à la lecture textuelle. Il est recommandé de le lire pour mieux comprendre celui-ci, qui en reprend les principes, mais adaptés à la problématique de la surdité.

Lorsque l’enfant est sourd, ses parents se sentent souvent en difficulté pour raconter ou lire des histoires. Que va-t-il entendre ? Que va-t-il comprendre ? Comment peut-il recevoir le discours tout en regardant les images ? Voici quelques idées à décliner en fonction du mode de communication utilisé.

Problématique du niveau de langue orale

Il est assez fréquent que le jeune enfant sourd présente un retard de langage : il comprend moins de mots qu’un enfant entendant et les phrases longues et complexes sont pour lui un obstacle. Sa parole peut être imparfaite et son expression peu élaborée. Ces difficultés sont relatives, régressives et variables d’un enfant à l’autre.

Si le texte écrit présente des difficultés pour la plupart des petits, il sera donc encore moins accessible en cas de surdité. Les étapes préparatoires à la lecture textuelle sont encore plus fortement recommandées. Les parents devront prévoir ces étapes sur un temps sans doute majoré. Il s’agit:

  • d’établir un dialogue avec l’enfant au cours d’une phase de découverte des images ;
  • de proposer ensuite des commentaires adaptés sur ce qui est vu ;
  • avant de raconter l’histoire de façon simple ;
  • pour finir par lire le récit à l’enfant.

Importance du visuel

L’assimilation du sens de l’histoire s’appuie, comme pour l’enfant entendant:

  • sur une narration utilisant un registre de langue connu de l’enfant, avec des ajouts progressifs de lexique inconnu ;
  • sur des éléments visuels : illustrations commentées, expressivité et mimo-gestualité accompagnant le discours.

Eviter le trop simple

L’enfant sourd, comme tout autre enfant, peut découvrir seul le sens de certains mots en élaborant des hypothèses et des déductions contextuelles.

Lorsque le texte se contente de décrire une image parfaitement explicite, qui suffit à elle seule à comprendre l’action, il peut être lu sans modifications, même si tous les mots ne sont pas connus.

Si le texte et l’image sont complémentaires, ou si l’image n’illustre qu’une partie du texte, il convient alors de procéder selon les étapes proposées : commentaires et narration avant la lecture.

Problème de la réception d’un support visuel double

Dans la majorité des cas, le jeune sourd doit regarder son interlocuteur pour identifier ce qui lui est dit. La lecture labiale, qui peut être utilement associée aux codes de la Langue française parlée complétée (LPC) , vient compléter les informations auditives plus ou moins précises.

Mais l’enfant doit aussi voir les images. Comment regarder en même temps une illustration et le visage du locuteur ? La plupart du temps, les yeux sont fixés sur le dessin, plus attractif que le discours.

Importance de la précocité

Dans l’idéal, c’est entre 1 et 2 ans que l’enfant sourd devrait s’habituer à une sorte de discipline conversationnelle. A cet âge, il utilise encore des sièges adaptés qui garantissent une certaine stabilité : installez-le dans sa chaise haute par exemple pour lui parler en lui montrant images ou objets intéressants.

Ce moment de plaisir ne doit pas être une leçon contraignante : quelques minutes suffiront pour commencer et se prolongeront selon l’intérêt du bébé.

Organisation matérielle de l’étape de la narration

L’adulte doit être assis face à l’enfant et à hauteur de sa vue.

Le livre, tenu d’une main, assez près du visage, est tourné vers l’enfant. Cette procédure est efficace si existe chez lui le réflexe de regarder tour à tour l’image puis le narrateur.

Si ce n’est pas encore le cas, on montrera d’abord l’image avant de la cacher rapidement pour apporter le commentaire souhaité, puis de la montrer à nouveau. Il suffit de retourner le livre vers soi pour que l’enfant, généralement, oriente son regard vers l’adulte ; c’est le moment de parler.

Un peu plus tard, lorsque le livre aura été raconté plusieurs fois, une procédure inverse peut se mettre en place : l’adulte regarde l’image que l’enfant ne voit pas tout en parlant de façon très expressive, puis montre l’image.

Organisation matérielle de l’étape de la lecture

La lecture se fera sans regard simultané sur l’illustration, selon les mêmes procédés que la narration.

La lecture en suivant les mots du doigt nécessite cependant une organisation spécifique :

  • poser le livre sur un plan vertical à hauteur des yeux de l’enfant ( sur un pupitre de table par exemple) ;
  • se placer derrière et suivre du doigt ce que l’on dit ; attendre le regard de l’enfant pour chaque mot :
  • opérer de la même façon en alternant les rôles : c’est l’enfant qui montre les mots qui lui sont lus.

Une histoire en LSF

Les mêmes procédures et la même organisation spatio-temporelle sont utilisables en ce cas.

En revanche, la lecture avec suivi du doigt n’aura pas de sens, puisqu’il n’existe pas de correspondance signe à mot. Il conviendra alors de suivre du doigt l’intégralité d’une phrase avant de la signer.

Il est souhaitable d’utiliser la LSF dans sa logique lexicale et syntaxique spécifique. Quelques signes utilisés en accompagnement du langage oral (soit le français signé ) apporteront peut-être une aide à la compréhension mais ne favoriseront pas l’assimilation rigoureuse de la langue, ni signée, ni écrite.

Si vous ne réussissez pas à suivre à la lettre ces différentes étapes et procédures, ne renoncez pas pour autant à ce qui doit être un moment d'échange dans le plaisir avec votre enfant ; l'efficacité pédagogique ne doit pas effacer le bien-être affectif.

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