Enseignement en LSF et classes bilingues pour des enfants sourds

Un exemple d'organisation scolaire proposée à Paris, rue de Turennes, aux élèves sourds utilisant la Langue des signes. De quels enfants s'agit-il ?
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A deux pas de la célèbre Place des Vosges, à Paris, une école ordinaire par tout à fait comme les autres.

Sortie des classes

Il est 16H30. Comme devant toutes les écoles, mamans, nounous et papas attendent les élèves de l’école maternelle et élémentaire. Les portes s’ouvrent. Une foule de bambins joyeux et bruyants déferle sur le trottoir de la rue de Turennes. Comme devant toutes les écoles, ils sont accueillis par des paroles plus ou moins bienveillantes, de "tout va bien mon chéri?" à "tu ne peux pas te dépêcher?".

Un groupe plus silencieux converse. Des personnes sourdes communiquant en Langue des signes (LSF) mais aussi quelques parents dont la bonne audition ne se fait pas remarquer et qui signent avec compétence et naturel. Des enfants sourds sortent de l’école. L’échange spontané avec leurs parents se déroule en LSF, sans doute pour se dire ce que tous les parents et tous les enfants peuvent se dire alors. Une enseignante les accompagne; la conversation signée avec les parents leur permettra sans doute, comme il se doit, de savoir si leur petit s’est bien comporté dans la journée.

Dans l’école

Les classes sont installées dans des locaux prestigieux. Cours pavées et escalier d’honneur sont classés. Ils datent de la fin du règne de Louis XIV.

Pour autant, les lieux d’accueil du côté de la maternelle sont aussi douillets et rassurants que dans n’importe quelle école. Les lits superposés de la salle de repos font sans doute la joie des enfants. 6 agréables classes entourent une cour intérieure. S’y ajoutent 11 classes élémentaires dans l’aile gauche du bâtiment.

Tout est finalement ordinaire, mises à part…

Des classes bilingues

Depuis une année, l’école propose un parcours bilingue LSF/français écrit aux enfants sourds dont les familles ont fait ce choix éducatif. Une classe de maternelle multi-âge (3 à 6 ans) accueille les plus jeunes, sous la responsabilité d’une enseignante signante, elle-même sourde. Les activités prévues sont les mêmes que dans les autres classes. Au tableau s’affichent les mêmes supports pédagogiques. Seule différence: à côté des images et mots écrits, quelques dessins indiquent le signe correspondant.

Une classe élémentaire est également conçue pour un groupe d’enfants sourds de tout niveau (du CP au CM2). Les technologies nouvelles y sont de grande utilité: la vidéo par exemple permet de garder des traces visuelles de l’expression en LSF (qui ne s’écrit pas) et de les mettre en correspondance avec le français écrit.

Les jeunes sourds participent à des activités communes avec les enfants entendants des autres classes: sport, sorties, arts plastiques; les séances de contes et comptines en LSF ainsi que les activités d’initiation à la langue signée permettent d’établir un vrai lien entre les uns et les autres.

Tous les enfants sourds sont-ils scolarisés de cette façon ?

Les parents ont aujourd’hui le droit de choisir pour leur enfant sourd une communication en langue française (orale et écrite) ou une communication bilingue (LSF et langue française). En application de la loi, le ministère de l’Education nationale met progressivement en place des classes de ce type où les enfants sourds sont enseignés en LSF et en français écrit, la parole n’étant pas obligatoirement sollicitée.

D’autres types de scolarisation existent

  • en seule langue française;
  • en Langue française parlée complétée (LPC ).

e concept de classe ordinaire

Les classes bilingues de la rue de Turennes n’obéissent pas à ce principe d’adaptation. Elles se veulent ordinaires, "normales", détachées de toute idée d’éducation spécialisée. Leur projet n’inclut aucun soutien extrascolaire. L’enfant vient à l’école comme les autres. La seule différence est la langue d’enseignement, la LSF et non la langue parlée.

Pas besoin de notification de la MDPH pour y accéder. Tout parent concerné peut inscrire ici son enfant sourd, s’il réside en Ile de France, les dérogations de secteur étant accordées sans problème par la mairie de Paris.

De quels enfants sourds s’agit-il ?

Ces classes intéressent en premier lieu les enfants sourds dont la langue maternelle est la LSF: ceux dont les parents sourds communiquent en langue des signes et ceux dont les parents entendants auront été convaincus de faire ce choix.

Ces classes bilingues, bien pensées et organisées, n’accueillent pourtant qu’un nombre très restreint d’élèves: 2 en maternelle et 2 en élémentaire cette année. Même si quelques autres sont espérés pour la prochaine rentrée, l’effectif semble bien modeste au regard de l’importance de la population parisienne.

Le ministère de l’Education nationale tente d’ouvrir ces pôles LSF à tous les enfants sourds, y compris à ceux qui n’ont pas choisi le bilinguisme. C’est le sens de la circulaire "Pass " parue en mai 2010. L’idée sous-jacente est sans doute que tous les enfants sourds pourraient bénéficier du signe, même lorsqu’ils utilisent la parole; que le bilinguisme pourrait devenir une sorte d’idéal pour tous.

Reste que l’idéal ne s’impose ni ne se décrète. Les parents qui ont fait le choix de la langue parlée, en particulier de la LPC, attendent pour leur enfant sourd des réalisations d’aussi bonne qualité que celles de l’école de la rue de Turennes. Une qualité qui passe par l’intervention de professionnels qualifiés en LPC. Il est donc improbable qu’ils se laissent séduire par un mode de scolarisation qui ne placerait pas l’accessibilité de la langue parlée comme prioritaire.

Les parents intéressés par les classes de la rue de Turennes peuvent contacter directement l'école

maternelle ce.0751416g@ac-paris.fr

élémentaire ce.0752327x@ac-paris.fr

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