Examens adaptés pour les jeunes sourds: droits et inégalités

Le handicap auditif donne la possibilité d'aménagement des examens. Mais toutes les mesures proposables sont-elles légitimes? Questions et désaccords.

Il existe une réglementation des aménagements d’examens ou concours en cas de handicap. Mais son imprécision entraîne parfois des mises en application différentes d’un centre d’examen à l’autre. C’est notamment le cas pour ce qui concerne les candidats sourds ou malentendants.

Les points de vue divergent en effet sur leurs besoins spécifiques et la légitimité de certaines adaptations qui leur sont proposées.

Temps majoré

Le temps supplémentaire accordé pour des épreuves écrites a souvent été critiqué, parfois même par des personnes sourdes. Pourquoi en effet un candidat qui peut écrire au même rythme que les autres aurait-il besoin de plus de temps pour composer?

Les personnes favorables à ce droit l’ont alors justifié ainsi: les difficultés linguistiques des jeunes sourds entraînent un besoin de temps supplémentaire pour lire et comprendre un énoncé, puis pour rédiger et relire son écrit.

Aides humaines

La présence d’un professionnel d’accompagnement lors des épreuves écrites pose également question. Le texte de la circulaire du 27 décembre 2011 le met en lien avec l’utilisation d’un mode de communication spécifique (lecture labiale, LSF ou LPC).Il est donc fait appel à un enseignant spécialisé (parfois un orthophoniste), un interprète ou un codeur.

L’idée implicite serait alors que l’intervention se limite à une simple transmission des informations orales données lors de l’épreuve (ce qui la cantonnerait aux premiers instants principalement).

Or, assez souvent, les accompagnants (particulièrement les enseignants spécialisés) assistent les candidats au-delà de ce cadre de transmission: ils reformulent des questions ou énoncés écrits en les simplifiant ou en les expliquant; certains témoins font même état parfois d’aide apportée à la rédaction par le candidat. La tendance est d’autant plus marquée que l’accompagnant connaît déjà le candidat. Elle serait sans doute plus le fait des enseignants spécialisés; la déontologie d’un interprète interdit en effet l’intervention personnelle.

En l’absence de règlement explicite sur ce sujet, les interventions sont fatalement liées à des interprétations personnelles ou institutionnelles. La circulaire de 2011 insiste sur le besoin de cohérence entre les mesures préconisées pour l’examen et celles qui auront été utilisées au cours du cursus scolaire. La reformulation linguistique étant souvent utilisée à ce niveau, il pourrait sembler légitime de l’utiliser lors d’un examen.

Récente décision du service inter académique d’Ile de France

Le Service inter académique des examens et concours (SIEC) a décidé en mars 2012 de remplacer l’intervention de professionnels spécialisés lors des épreuves écrites du baccalauréat par la remise aux candidats sourds d’un document écrit de reformulation lexicale et syntaxique.

Cette orientation, préconisée dans les cadémies de Paris, Créteil et Versailles, a été vivement critiquée et combattue par le secteur associatif. Mais au delà de la polémique qu’elle suscite, elle reconnaît officiellement le droit à la reformulation des informations écrites.

Besoin de clarification

Trois points peuvent s’opposer à cette idée.

  • Un certain nombre de candidats sourds n’a pas besoin de reformulation; on pourrait en déduire que la difficulté linguistique, non inéluctable, n’est pas totalement spécifique de la surdité.
  • Cette aide linguistique pourrait donner une image dévalorisée des diplômes obtenus et avoir de fâcheuses conséquences sur le marché de l’emploi.
  • Enfin, la difficulté linguistique n’est pas réservée aux seuls candidats sourds, ni même aux seuls candidats handicapés; la bonne connaissance de la langue n’est pas également partagée.

Un sujet de fonds

Lorsqu’un professionnel de la surdité retransmet un discours oral via un mode de communication adapté sans le modifier pour autant, il se contente de le rendre accessible.

L’adaptation du discours, sa reformulation sous une forme simplifiée relève de la compensation; à fortiori lorsqu’il s’agit d’une information écrite, la déficience auditive n’empêchant pas la lecture.

Si ce type de compensation est reconnu en termes de droit, on officialise la moindre compétence des personnes sourdes dans le domaine de la langue écrite. Quelle valeur aura alors un diplôme de fin d’études secondaires qui ne pourra attester de la capacité de lecture?

Comment en ce cas justifier l’absence d’aide apportée aux candidats non reconnus handicapés qui peuvent souffrir de difficultés identiques?

Les associations d’usagers souhaitent donc une réflexion approfondie et concertée sur ce sujet. Seule une réglementation précise permettra de lever les ambiguïtés et d’égaliser les chances des candidats sur l’ensemble du territoire.

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