Le bac pour les jeunes sourds: nouveaux aménagements et polémique

De nouveaux textes encadrent les aménagements d'examen en cas de handicap auditif. Mais le bac en Ile de France se déroulera selon d'autres procédures.
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En cas de handicap, de quelles aides peuvent bénéficier les candidats au baccalauréat? Existe-t-il des mesures particulières pour les jeunes sourds ou malentendants? Que disent les textes réglementaires? Les pratiques sont-elles toujours en accord avec leurs orientations?

Des aménagements pour tout type de handicap

L’ensemble des mesures proposables est mentionné dans la circulaire du 27 décembre 2011 , qui annule celle de 2006.

Il peut être proposé, pour les épreuves orales et écrites:

  • un temps majoré (souvent appelé à tort "tiers temps": la majoration d’un tiers de temps est le maximum autorisé);
  • l’étalement programmé des épreuves sur plusieurs sessions;
  • la conservation des notes choisies d’une session à l’autre.

Des aménagements spécifiques

La surdité entraînant une difficulté de communication, selon la circulaire de 2011 et conformément à l'article L. 112-3 du code de l'éducation, "il est fait appel, si besoin est, à la participation d'enseignants spécialisés pratiquant l'un des modes de communication familiers au candidat : lecture labiale, langue des signes française (LSF), langage parlé complété (LPC), etc. Il peut également être fait appel à un interprète en langue des signes ou à un codeur de langage parlé complété".

Ces mesures sont également prévues pour les épreuves écrites, sans que le texte ne précise les modalités d’intervention: simple retransmission des informations orales via un mode de communication adapté, traduction ou reformulation simplifiée d’informations écrites?

Les jeunes sourds peuvent également être dispensés d’une épreuve de langue vivante, ou d’une partie d’épreuve. En d’autres cas, une adaptation est proposée. Selon les filières, ce droit peut donc être différent.

Un arrêté récent de février 2012 précise les nouvelles réglementations concernant les épreuves de langues vivantes:

  • pour le baccalauréat général ou technologique: dispense possible de la partie orale des épreuves obligatoires de LV1 et LV2 ou dispense de la totalité de l’épreuve de LV2;
  • pour le baccalauréat général série littéraire : adaptation de l’épreuve orale de littérature étrangère;
  • pour le baccalauréat professionnel: adaptation des épreuves orales obligatoires de LV1 et LV2 et/ou dispense de la totalité des épreuves obligatoires de LV2.

Qui décide ?

Les candidats concernés, via leur établissement scolaire, doivent établir une demande auprès du médecin référent de leur MDPH (Maison départementale des personnes handicapées). Le formulaire utilisé leur permet de cocher les mesures souhaitées et de faire état de besoins qui ne seraient pas mentionnés.

Au vu du dossier médical, et en tenant compte des aménagements envisagés tout au long de la scolarité, le médecin préconise les mesures adaptées.

En dernière instance, c’est le service administratif (service des examens de l’académie) qui décide d’autoriser ou non les préconisations. Il doit veiller en particulier à ce qu’elles n’entrent pas en contradiction avec les exigences liées aux savoirs évalués. Des voies de recours sont prévues, en cas de désaccord entre le candidat et le médecin ou le service administratif.

Une surprenante orientation

En mars 2012, le service inter académique des examens et concours (SIEC) d’Ile de France a décidé de modifier le contenu des mesures proposables aux candidats sourds ou malentendants, lors des épreuves du baccalauréat dans les académies de Paris, Versailles et Créteil.

En raison de la difficulté à mobiliser en nombre suffisant les accompagnants demandés (notamment les orthophonistes), le SIEC remplace les aides humaines, lors des épreuves écrites du baccalauréat général et technologique (français, histoire géographie et sciences économiques et sociales) par la remise d’un document écrit de reformulation lexicale et syntaxique.

Ce document sera élaboré par un groupe de travail comportant un spécialiste de la surdité et un enseignant de chaque discipline.

Survenant à deux mois des épreuves et après validation de l’octroi d’aides humaines, cette décision est attaquée par l’ensemble des associations d’usagers, dont l’UNISDA (Union nationale pour l’insertion sociale des déficients auditifs) qui a exprimé son désaccord par communiqué

Deux critiques essentielles peuvent être retenues:

  • La reformulation par écrit n’étant pas utilisée dans l’enseignement habituel, la mesure ne respecte pas le besoin de cohérence mentionné dans la circulaire.
  • Ne concernant que les candidats d’Ile de France, elle ne respecte pas le principe d’égalité entre l’ensemble des candidats sur l’ensemble du territoire.
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