Mode, look, vêtements : faut-il oser le ridicule ?

Peut-on s'habiller sans peur du ridicule ? Faut-il suivre une mode ou s'en démarquer ? Vivons-nous dans un espace de totale liberté vestimentaire ?
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La rue est souvent un lieu de spectacle inattendu, une sorte de vaste défilé de mode où des mannequins aux mensurations non standard présentent des tenues inédites ou uniformes. Chacun y est à la fois modèle et spectateur. Tout le monde s’y compare et s’y juge; étonnement, critique ou moquerie y côtoient admiration ou jalousie, même si quelques regards blasés demeurent indifférents.

La tradition mise à mal

Dans les années 60, les looks préétablis étaient dictés par des critères stables: profession, âge, sexe, classe sociale. Tailleurs, jupes et robes sages des femmes s’assombrissaient avec l’âge. Les petites filles à carreaux, en sandales et chaussettes, portaient souliers vernis et jupons empesés le dimanche, si les moyens de leurs parents le permettaient.

Dans ce contexte sans surprise, les "teenagers" heurtaient les conventions: jupes trop longues puis trop courtes, nombril exposé entre le haut d’un lewis en velours et le bas d’un shetland de couleur vive, sabots ou clarks aux pieds. Déambuler en pantalon rouge à "pattes d’eph" dans une ville de province faisait se retourner toutes les têtes.

"Ridicule" était le maître-mot des adultes unanimes.

Se démarquer à tout prix

Il était question pour les jeunes d'appartenir à un groupe s’opposant aux "vieux" dont ils rejetaient les codes stricts et les principes rigides, jugés tout aussi ridicules.

Décontraction et variété vestimentaires se sont ensuite étendues à toutes les couches de la société. Les jeunes devenus adultes ont souvent perpétué leur style et l’industrie du vêtement s’est emparée d’une nouvelle voie lucrative.

L’émancipation des femmes, la production bon marché de vêtements en séries illimitées, l’incitation à la séduction prônée par les magazines ont fait émerger des styles nouveaux. Se côtoient désormais sans complexes des façons d’être très opposées: sage, sexy, BCBG, sport, et autres tendances réservées aux initiés.

Les mélanges les plus improbables se donnent à voir: chaussures de sport et tailleur, pantalon sous la jupe, jean et talons aiguilles, accumulation de couleurs ou noir absolu….

Pour se démarquer, certains n’ont plus d’autres ressources que les vêtements classiques d’antan, comme en témoigne ce témoignage issu d’un blog d’adolescents:

"Depuis maintenant plusieurs soirées où le dress-code est d'être chic, je me demandais si un style comme le qualifient certains de casual ferait bien ou non sachant que j'ai bientôt 17 ans. Je vous explique donc l'idée à laquelle j'ai pensé: mettre un polo (la couleur peu importe), avec un blazer bleu, un pantalon beige et des mocassins, relativement classique quoi ! Le souci, c'est que je redoute le jour où j'arrive au lycée habillé comme cela, car c'est que cette tenue se démarque quand même pas mal du style converse, jean et t-shirt".

La peur du ridicule

Par définition, le ridicule entraîne la moquerie.

Dans les années passées, le ridicule était simple à identifier et faisait consensus. Il était gouverné par une certaine rigidité de pensée et guidé par des principes de tradition à respecter ou au contraire à combattre.

Dans une société où il est presque possible de s’habiller de la même façon de 7 à 77 ans et où toutes les fantaisies vestimentaires semblent avoir été expérimentées, le ridicule est-il mort? L’oeïl habitué à toutes les originalités enregistre-t-il encore des anomalies? Le vêtement des autres est-il encore en mesure de susciter la risée?

Le vêtement inadapté à la personne qui le porte

Les regards de la rue nous enseignent que le ridicule naît souvent d’une mauvaise relation entre le vêtement et le corps qui le porte, par exemple:

  • jupe trop courte qui dévoile des cuisses trop fortes ou trop maigres;
  • pantalon trop bas qui révèle des bourrelets disgrâcieux;
  • vêtement trop étroit ou trop large.

  • des vêtements de Lolita chez des fillettes propulsées dans l’univers adulte avant l’âge;
  • des tenues trop sexy ou trop puériles chez des femmes d’âge très mûr suspectées de ne pas l’accepter.

Le vêtement inadapté à la situation

Une randonnée en chaussures de ville, une promenade à bicyclette en mini jupe vous vaudront sans doute quelques sourires en coin. Le ridicule, c’est aussi:

  • une petite fille de 5 ans empêchée de courir par ses sabots en cour de récréation;
  • une femme en bottes de cuir par 30° à l’ombre;
  • une jeune fille en cuissardes et blouson de fourrure qui préfère grelotter plutôt que de cacher ses cuisses.

Il existe des situations et des lieux où des codes vestimentaires demeurent. Les cadres d’entreprise perpétuent la tradition des tailleurs. Des tenues trop décontractées sont peu attendues lors de cérémonies .

Enfin, votre look paraîtra plus ou moins extravagant selon la ville où vous l’affichez, comme en témoigne ces propos issus d’un blog au sujet d’une tenue très spécifique, des chaussettes à motifs portés avec des chaussures ouvertes à talons aiguilles:

"Peut-on arborer ce style quand on habite en Province sans passer pour un plouc de base ? Quand t’habites Paris, le mot mode est vaste…Tu peux mettre un costume de Power ranger que ça peut faire fureur et ne gêner personne."

Savoir qui l’on est pour savoir s’habiller

Le vêtement révèle de chacun un peu de ce qu’il est:

  • ses possibilités financières qui autorisent ou non des choix;
  • son désir ou non de se faire remarquer ou apprécier;
  • l’image qu’il veut donner: sérieux, fantaisiste ou imprévisible...
Propos II

Porter des vêtements uniquement parce qu'ils sont "tendance" sera jugé ridicule par les uns. S'opposer à toute mode sera jugé ridicule et "ringard" par les autres. A vous de choisir votre clan.

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