Pour ne plus confondre la colère et l'hystérie.

La colère des autres peut nous déranger ou nous inquiéter. Mais peut-on pour autant transformer les colériques en hystériques lorsque ce sont des femmes?
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Si la colère des femmes est sans aucun doute de même nature que celle des hommes, elle semble pourtant moins bien acceptée. Quand les hommes qui sortent facilement de leurs gonds sont définis comme coléreux ou colériques, les femmes sont perçues comme hystériques.

Colère et hystérie ne sont cependant pas synonymes.

La colère: une simple émotion

Le "coup de colère" est généralement de courte durée. Comme toute émotion, il est irraisonné. Selon son intensité, il sera plus ou moins contrôlable:

  • une sorte de rage intérieure qui vous submerge peu à peu, un sentiment d’impuissance que vous pouvez ne pas exprimer et éventuellement transformer en mutisme ou en bouderie;
  • une simple irritation, un sentiment de mécontentement qui vous fait "râler" et émettre peut-être quelques mots désagréables;
  • ou un sentiment de frustration et d’indignation envahissant qui peut engendrer une explosion caractéristique: cris, insultes, voire gestes agressifs contre des objets environnants ou pire, contre la personne incriminée; à l’extrême, la colère devient fureur.

Des causes toujours conscientes

La colère exprime

  • une frustration: c’est pourquoi les jeunes enfants sont souvent sujets à cette forme d’expression, tant qu’ils ne sont pas capables de supporter la non satisfaction immédiate de leurs désirs;
  • une indignation, un sentiment d’injustice: être accusé à tort peut ainsi susciter l’emportement.

De l’utilité de la colère

Exprimée sans retenue, la colère, réputée mauvaise conseillère, représente une force destructrice. Elle ne résout que rarement le problème rencontré et fait courir des risques de violence ou d’erreur judiciaire.

Pour autant, elle est parfois considérée comme saine, en ce qu’elle permet

  • de ne pas refouler des affects pathologiques, qui pourraient engendrer des troubles psychologiques à plus long terme;
  • d’exprimer la non acceptation de l’inacceptable en évitant de le laisser se reproduire.

Selon M. Larivey, psychologue, "la colère et l’agressivité sont des expériences trop souvent méprisées (…) pourtant, l’agressivité est essentielle à la poursuite de nos objectifs de vie". (M.Larivey, La lettre du psy , volume 2, N°10, octobre 1998). Autrefois, le traitement psychiatrique des patients trop agressifs consistait à rendre le lobe frontal inopérant (lobotomie); avec l'agressivité disapraissait désir et motivation à s'investir.

Colère et valeurs

Les animaux manifestent leur colère - même si l’identité de leur émotion avec celle des hommes est discutée. Ces explosions agressives semblent être généralement motivées par l’intrusion d’un autre sur son territoire; il s’agit donc du comportement classique des mâles.

Une des raisons peut-être de notre plus grande tolérance de la colère chez les hommes qui sont sensés ne pas se laisser faire. La docilité attendue des femelles et des femmes s’accorderait plus difficilement avec l’expression du mécontentement ou de la révolte; la colère leur est donc moins pardonnée.

La colère est mal perçue dans notre culture judéo-chrétienne: elle est l’un des sept pêchés capitaux, "maladie de l’âme, habituellement liée à la sclérocardie (dureté de cœur) qui s’enracine dans l’impatience et l’orgueil". Elle est liée au désir de domination. Selon ce point de vue, "la maladie spirituelle de la colère est dangereuse parce qu’elle détruit la paix intérieure et la paix extérieure" ; "derrière les grands mouvements de rébellion sociale et de violence, il y a toujours eu une immense colère prête à éclater". (J.Réal, site Lumen Christi )

Mais il est tout aussi possible de penser que la colère collective est nécessaire face aux injustices sociales et qu’elle est de ce fait génératrice d’évolutions positives. Même si les femmes participent - et ont de tout temps participé - aux manifestations de rues, révolutions et luttes armées, leur présence ne fait pas l’unanimité: étonnante pour certains, dérangeante voire scandaleuse pour d’autres. La colère est l’apanage du pouvoir.

L’hystérie est une maladie

Déjà identifiée dans l’Antiquité par Hyppocrate, il s’agit d’une pathologie difficilement explicable. La personne hystérique souffre de troubles qui peuvent être très divers tels que:

  • tétanie, spasmophilie;
  • paralysies, syncopes;
  • amnésie, troubles de la parole;
  • douleurs, troubles sensoriels ou moteurs;
  • suffocations, convulsions.
névrose

La personnalité hystérique

Les personnes prédisposées aux troubles hystériques ont des comportements spécifiques:

  • goût prononcé pour la théâtralisation,
  • comportement séducteur, manipulateur,
  • grande intolérance à la frustration,
  • exagération des manifestations émotionnelles: colères, larmes et rires explosifs, sous forme de "crise de nerfs".

Hystérie et misogynie

L’hystérie est réputée pour être une maladie féminine. Son nom lui-même est entaché de cette représentation: il est issu du mot "hystéra" qui signifie utérus en grec.

Les premières explications apportées au mystère de l’hystérie sont, de ce point de vue, très significatives: la maladie serait due à des déplacements de l’utérus…

Même si de nombreux médecins ont pu mettre en évidence l’existence d’une hystérie masculine, les représentations sociales ont peu évolué. Au Moyen Age, l’hystérie était interprétée en termes de possession diabolique et conduisait inévitablement au bûcher…

Nos coutumes ont heureusement sensiblement évolué. Il semblerait néanmoins que l‘idéal de discrétion et de soumission féminines soit encore vivace. Aux dames de savoir imposer leurs saines colères, en refusant de se laisser enfermer dans un rôle de folle, d’hystérique ou de sorcière. Il n’est question que de droit au même pouvoir d’intimidation que les hommes, de droit à l'affirmation de soi.

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