Professeurs : inégalités de salaires et de conditions de travail.

Concours, diplômes et grille indiciaire sont communs aux enseignants d'école primaire, collège ou lycée. Mais rémunérations et temps d'exercice diffèrent.
25

Les inégalités salariales entre les enseignants du primaire et ceux du secondaire s’expliquaient autrefois par une différence de niveau de diplômes au recrutement. En 1990, l’ambition d’unification des carrières conduisait à la création du corps des professeurs des écoles (PE), remplaçant celui des instituteurs. Depuis lors, quelle que soit la classe d’enseignement, de la maternelle au lycée, le concours d’accès à la profession nécessite l’obtention préalable d’une licence, un master aujourd’hui. Mis à part les professeurs agrégés, tous les enseignants sont classés dans la même grille indiciaire . Mais les inégalités n’ont pas disparu pour autant.

Inégalité du temps de travail exigé

Ce temps se décompose en temps d’enseignement et surveillance éducative des élèves et en temps complémentaire d’organisation de la vie de classe.

Le PE effectue 26 heures hebdomadaires devant élèves (dont environ 2 heures de surveillance), le professeur du secondaire 18 heures de seul enseignement. Une différence souvent justifiée par:

  • le nombre plus important d’élèves à gérer au collège et lycée, où un professeur doit faire face à plusieurs classes ;
  • le temps plus important qui devrait être consacré à la préparation des cours d’un niveau supérieur. La conception d’un cours d’histoire de 3e, par exemple, demanderait plus de recherches que celle d’une leçon de mathématiques en CP.

  • qu’ils doivent assurer la préparation de toutes les disciplines (français, histoire, géographie, sciences, mathématiques, éducation musicale, graphique et sportive) ;
  • que leurs collègues du secondaire peuvent utiliser plusieurs fois le même cours, ayant le plus souvent en charge plusieurs classes de même niveau.

  • l’appropriation régulière de nouvelles données concernant les contenus (nouvelles classifications, par exemple, dans le domaine des sciences naturelles) ou les orientations pédagogiques (nouvelles directives, par exemple, concernant les méthodes d’apprentissage de la lecture) ;
  • une préparation matérielle souvent plus conséquente (outils et jeux permettant des manipulations à concevoir et fabriquer parfois, affichages de supports visuels occasionnels ou permanents).

La première supporte donc 42 heures de travail par semaine, le second 36 heures.

Il est sans doute impossible d’affirmer que ces deux exemples sont représentatifs. Mais ils sont souvent confirmés et d’autres critères d’inégalité peuvent être mis en avant.

Inégalité des responsabilités éducatives

La gestion des groupes d’adolescents devient de plus en plus difficile, en particulier au collège. Mais, en dehors des temps d’enseignement, la surveillance des élèves incombe à des professionnels spécifiques, sous la responsabilité du conseiller principal d’éducation (CPE).

A l'école, c’est le PE qui doit:

  • surveiller les récréations,
  • accueillir les enfants avant l’heure de classe,
  • accompagner la sortie d’école après les cours,
  • assurer les premiers soins médicaux à un enfant malade ou blessé,
  • gérer les absences des élèves en obtenant les justifications auprès des parents,
  • organiser l’emploi du temps de la classe,
  • commander, réceptionner, entreposer matériel et fournitures d’enseignement.

Inégalité des salaires

Bien que bénéficiant d’une grille indiciaire commune, les enseignants ne sont pas rémunérés de la même façon.

Selon une enquête du Centre pour la recherche économique et ses applications (CEPREMAP), "en 2005, selon les fichiers de paye de la fonction publique, un enseignant du secondaire gagne en moyenne près de 28% de plus qu’un enseignant de primaire". En mars 2008, le rapport du conseiller d'Etat M. Pochard indique que la rémunération globale moyenne est de 1900 euros mensuels dans le premier degré, de 2700 euros dans le deuxième degré.

Le professeur de collège/lycée a en effet la possibilité de bénéficier d’heures supplémentaires et d'indemnités diverses:

  • heures supplémentaires annuelles (HSA), régulières ;
  • heures supplémentaires effectives (HSE), plus occasionnelles (accompagnement éducatif pendant les vacances scolaires, remplacements de courte durée);
  • forfait de 10 heures de vie de classe, pour participation aux conseils de classe trimestriels ;
  • indemnité fonctionnelle pour un professeur principal ;
  • rémunérations en cas de participation aux examens et concours.

Les professeurs des écoles, sans rémunération complémentaire, doivent participer à diverses réunions, qui n’ont lieu que très exceptionnellement sur le temps scolaire de base :

  • conseil d’école,
  • conseil des maîtres,
  • conseil de cycles,
  • équipes éducatives,
  • équipes de suivi de scolarisation.

"Autre injustice", selon le Syndicat national unitaire des instituteurs, professeurs des écoles et collèges (SNUipp), "en juin 2007, plus de 51% des enseignants du premier degré sont partis en retraite en étant au 10e échelon du corps des PE et seulement 14% avaient atteint un échelon de hors classe. A contrario, dans le second degré, près de 65% des enseignants partant en retraite sont au niveau de la hors classe".

Vers une remise en cause ?

Les professeurs du secondaire, comme les usagers, sont souvent persuadés que cette inégalité est légitime, selon une idée assez répandue : plus l'élève est âgé, plus le professeur doit être expert.

Certains parents pensent naïvement avoir la capacité d'enseigner à l'école, puisqu'ils possèdent les contenus d'enseignement ; mais ils ne s'imaginent pas assumer un cours de mathématiques au lycée, si leurs études ne leur ont pas apporté cette connaissance. C'est sans doute oublier que les savoir- faire pédagogiques peuvent être d'autant plus complexes que l'élève est jeune.

Le coût que représenterait un tel alignement des conditions de travail laisse supposer que ces inégalités ne seront pas remises en cause dans le contexte économique actuel.

Les PE en ressentent parfois beaucoup d'amertume. Si leur salaire a été revalorisé depuis qu'ils ne sont plus instituteurs, leur charge de travail semble s'être considérablement alourdie. Ils se jugent d'autant plus lésés qu'ils ne sont pas pour autant devenus de "vrais" professeurs .

Sur le même sujet