Sourd ou malentendant : que faut-il dire ?

Le lexique de la surdité est complexe. Doit-on parler de sourds, malentendants, demi-sourds, déficients ou handicapés auditifs ?
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Les différents vocables pour désigner les personnes dont l'audition est altérée ou inexistante ne font pas consensus. Quels mots convient-il aujourd'hui d'utiliser? A quoi faut-il faire attention pour ne pas heurter les sensiblités des uns ou des autres?

L’époque des sourds-muets

Pendant des siècles, l’appellation de sourd-muet fut de mise. En cas de surdité, l’accès à la parole s’avérait impossible ou particulièrement difficile. La grande majorité des sourds utilisait donc une communication signée.

Les moins déficients sur le plan auditif étaient considérés comme demi-sourds.

Dans les années 70/80, les orthophonistes parlaient encore de "démutisation" pour désigner leur travail auprès des enfants sourds. Bien que toujours existant, ce terme semble moins usité.

Même si il n’est plus d’actualité, le mot de sourd-muet est lui toujours utilisé, y compris pour désigner des sourds qui parlent, ce qui est bien sûr inapproprié.

L’ère des malentendants

Depuis quelques dizaines d’années, la langue française s’est dotée d’euphémismes que certains jugent hypocrites. Ils traduisent la peur de mots renvoyant à une réalité jugée trop douloureuse, voire honteuse.

Les aveugles sont ainsi devenus des non-voyants, les vieux des séniors et les sourds des malentendants.

Une personne sourde témoigne: "le mot sourd dérange, je préfère dire que je suis malentendante" ; une autre révèle: "mes amis disent que je suis malentendante pour ne pas me vexer".

Certains s’affichent malentendants pour ne pas faire peur à leurs interlocuteurs et éviter leurs réactions de fuite. "J’étais à une réunion parents/profs", raconte une maman sourde , "un parent me parlait, je ne l’avais pas entendu; ma fille a dit que j’étais sourde…il ne m’a plus parlé du tout; j’aurais péféré qu’elle dise que j’étais malentendante".

Pourtant, ce mot n’a pas de fondement officiel. La surdité désigne indifféremment ceux qui perçoivent insuffisamment les sons et ceux qui ne les perçoivent pas du tout. Selon le Bureau international d'audiophonologie (BIAP ), elle se décline en 5 degrés progressifs relatifs à l’importance de la perte auditive du sujet:

  • surdité légère (perte comprise entre 20 et 40 décibels);
  • surdité moyenne (perte comprise entre 40 et 70 décibels);
  • surditésévère (perte comprise entre 70 et 90 décibels);
  • surdité profonde (perte comprise entre 90 et 120 décibels);
  • cophose (ou surdité totale si la perte atteint 120 décibels).

Un mot qui peut déplaire

"Malentendant" a une connotation négative: il commence par "mal". Il définit les personnes sourdes en seuls termes de manque par rapport à celles qui ne le sont pas.

De ce fait, ce vocable est peu apprécié dans le milieu des sourds signeurs. De leur point de vue, les seuls Sourds possibles (souvent identifiés par une majuscule) sont ceux qui utilisent la Langue des signes française(LSF); ceux qui utilisent la parole articulée ne sont que malentendants. Une appellation qui se veut péjorative lorsqu’elle se réfère à des personnes qui, d’un point de vue strictement fonctionnel, sont tout aussi sourdes qu’eux.

Un certain nombre de personnes non directement concernées par la surdité accréditent cette façon de parler.

Un mot qui fait débat

Une autre habitude s’est installée consistant à parler de sourds lorsque les personnes concernées n’entendent rien de la langue parlée sans appareillage (c’est le cas des sourds sévères et profonds) et de malentendants lorsque la perception de la parole existe, même altérée (c’est le cas de sourds légers et moyens). Selon cette version, l’identité de sourd est partageable entre ceux qui parlent et ceux qui signent.

Mais la situation est d’autant plus complexe que ceux qui utilisent la langue parlée ont des conceptions différentes, indépendamment de leur degré de surdité. Se revendiquer sourd ou malentendant renvoie alors à un sentiment identitaire.

« Je suis malentendante car je peux entendre, mais je fais répéter lorsque je ne porte pas mes prothèses (…) si quelqu’un me disait que je suis sourde, je serais insultée » (témoignage d’une personne sourde moyenne). En ce cas, la surdité apparâit comme honteuse.

« Personne n’a le droit de me dire comment je dois être sourd » (témoignage d’une personne sourde profonde utilisant la langue parlée).

Revendiquer ainsi le droit d'être sourd, quel que soit son mode de communication, va souvent de pair avec une certaine fierté d'être celui ou celle que l'on est. En ce cas, on se sent insulté d'être considéré comme un malentendant.

Selon les points de vue, le terme de sourd peut donc porter des valeurs positives ou négatives, tout comme celui de malentendant.

Déficients et handicapés auditifs

Ces mots, utilisés dans le registre médical ou médico-social, désignent la totalité des personnes sourdes, quelque soit le degré de leur perte auditive. On les retrouve dans tous les textes officiels d’ordre administratif.

Leur connotation négative déplait aussi souvent à un certain nombre de sourds qui préfèrent se considérer comme des êtres différents plutôt que handicapés ; ou qui veulent échapper à une désignation trop restrictive qui les résume à leur seule surdité. La personne sourde ne saurait en effet être perçue uniquement à travers ses caractéristiques auditives…

Le "politiquement correct"

Désormais, le discours officiel échappe à la critique en faisant état des "sourds ou malentendants", même si les personnes utilisant cette expression n’en donneront probablement pas toutes la même définition.

Avant d’utiliser ces mots dans une conversation avec une personne sourde, ou malentendante, ou même bien-entendante, il peut donc être judicieux de l’interroger sur sa conception personnelle. Une mise au point qui permet d’éviter quelques malentendus…

Les témoignages cités sont, pour la plupart, extraits d'échanges recueillis sur des forums, dont: Différence entre sourd et malentendant - site Doctissimo.

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