Un projet européen pour l'inclusion scolaire du handicap

Le projet P2I veut favoriser l'éducation inclusive des élèves handicapés d'Europe. Au delà de l'intégration naît l'ambition de changer le système scolaire.
20

Depuis octobre 2009, pour une durée de trois ans, un projet européen, dit " projet P2I" ou "Chemin vers l’inclusion", est mis en œuvre. Il concerne les élèves en situation de handicap mais ses orientations pourraient, à terme, bénéficier à toute la communauté scolaire.

Inclusion et intégration

L’intégration scolaire consiste à permettre à l’enfant handicapé de fréquenter l’école ordinaire. Considéré comme un élève différent, il s’agit alors de le rendre capable de suivre un cursus normalisé.

L’inclusion scolaire relève d’une philosophie différente. Elle consiste à rendre l’école capable d’accueillir tout élève, quel que soit son handicap, sa différence ou ses difficultés. Elle part du principe que tout enfant a droit à l’école ordinaire.

Tous les enfants ne sont pas intégrables mais tous doivent être inclus.

Objectifs du projet

Le but est de favoriser le développement, dans tous les Etats d’Europe, d’une éducation inclusive de qualité au profit des élèves en situation de handicap ou ayant des besoins éducatifs particuliers. Il s’agit de développer un réseau de compétences et de mettre en place un centre ressource européen sur l’éducation incluse.

Cette orientation s’appuie sur les principes de la Convention des Nations unies sur les droits des personnes handicapées -et notamment son article 24- que l’Union européenne a récemment ratifiée.

Le projet propose trois orientations :

  • élaborer des outils d’auto-évaluation permettant aux établissements scolaires et professionnels concernés de mesurer le chemin restant à parcourir ;
  • recueillir et diffuser les bonnes pratiques relevées, sous forme de supports pédagogiques ;
  • sensibiliser à l’éducation inclusive les Etats européens non encore engagés sur cette voie

Réseau d’organisation

Ce projet est financé par le programme européen "Comenius". Son promoteur est l’Association européenne des fournisseurs de services pour personnes en situation de handicap (EASPD ).

10 pays membres de l’Union européenne y participent : Autriche, Flandre, Finlande, France, Allemagne, Hongrie, Irlande, Pays-Bas, Portugal, Slovénie.

Il est mis en œuvre grâce à 11 organisations partenaires : associations, établissements scolaires, organismes de recherche et fournisseurs de services. Parmi elles, l’Université allemande de Siegen et la Mutualité française Indre-Touraine , dont les représentants, J.Schälder et Y.Lucas, ont proposé un séminaire sur ce thème le 8 février 2011 à Paris.

Méthode ouverte de coordination

Selon J.Schälder, "la comparaison systématique et le fait de faire une étude sur un problème politique avec des critères d’analyse communs peut attirer l’attention du public et contient ainsi un potentiel politique".

Il s’agit donc de comparer à trois niveaux les pratiques des différents pays :

  • la législation,
  • la situation réelle,
  • l’évolution depuis 2003.

Des résultats provisoires

Dans les 10 pays participants, la législation soutient l’éducation inclusive. C’est en Australie, en Finlande, en Irlande et au Portugal qu’elle serait la plus favorable. Là où la tradition d’enseignement spécialisé est la plus forte (Allemagne et Belgique), la tendance est contraire.

Dans la pratique, malgré des progrès réguliers mais lents, l’éducation inclusive reste minoritaire dans la plupart des pays. L’Allemagne, la Hongrie et la Slovénie semblent avoir le plus de difficultés.

Paradoxalement, l’augmentation du nombre d’élèves scolarisés en inclusion n’entraîne pas de diminution du nombre d’enfants scolarisés en milieu spécialisé.

Recherches au niveau local

Les comparaisons à l’intérieur d’un Etat (entre districts allemands et départements français par exemple) concluent à une importante disparité.

J. Schälder fait remarquer que deux districts voisins de Westphalie, soumis à une législation commune, ne développent pas les mêmes actions inclusives. Selon ses observations, "un nombre important d’écoles spécialisées n’est pas favorable au développement de l’inclusion scolaire". La majorité des élèves ne fréquentant pas une classe ordinaire sont de famille immigrée.

Les associations d’usagers en France peuvent faire état d’une problématique commune : l’offre éducative et scolaire est très différente d’un département à l’autre et la capacité à trouver la solution la plus adaptée à l’enfant est souvent le fait de familles non défavorisées sur le plan socio-culturel.

Difficultés comparatives

Les systèmes scolaires – ordinaire et spécialisé – sont différents d’un pays à l’autre.

Ainsi, en Allemagne, le milieu spécialisé appartient à l’Education nationale ; situé hors du champ de la Santé, il se décline en écoles et non en centres de soins. Les difficultés d’apprentissage sont traitées selon les mêmes principes que les handicaps liés à des déficiences ; la situation de handicap se définit plus selon la notion de besoins éducatifs particuliers.

En France, le secteur spécialisé est le plus souvent médico-social, hors du champ de l’Education nationale. L’accès y est réglementé par la nécessité d’une reconnaissance administrative du handicap. Le soin y prime parfois sur le scolaire, même si les Etablissements et services médico-sociaux ont des missions dans le domaine des apprentissages.

L’articulation entre les secteurs concernés

La demande croissante d’éducation inclusive conduit à remettre en cause la légitimité de l’enseignement spécialisé. Les personnels qui y sont employés sont déroutés. Il demeure des tensions et des contradictions.

  • Face aux difficultés sur le terrain de l’inclusion, certains font valoir la besoin de spécialisé pour un certain nombre de jeunes.
  • Mais l’évolution pousse en même temps vers l’idée que la réponse doit venir d’un changement profond de l’école ordinaire.
  • La coopération entre les deux secteurs, qui devrait en partie répondre à la problématique, reste insuffisante.

Le défi : transformer l’école ordinaire

Le système d’enseignement collectif porte en lui-même les risques de l’exclusion. Les enfants handicapés ne sont en effet pas les seuls à ne pas y trouver leur place véritable. C’est donc une démarche inclusive pour tous qui doit être organisée.

Les textes législatifs ne suffiront pas. Cette réforme du système éducatif ne peut se réaliser sans

  • faire évoluer les mentalités – et donc surmonter l’inévitable résistance au changement ;
  • dépasser les contradictions sociétales entre les exigences de performance et le souhait de développement harmonieux des individus ;
  • se doter des moyens nécessaires pour mettre en œuvre de nouveaux savoir-faire : formation des professionnels, accompagnement des élèves.

Face à des enseignants souvent en difficulté et démotivés, qui réclament du soutien, cette orientation, que certains jugent utopiste, est "un défi pour le système éducatif de tous les pays".

CONT 12

Sur le même sujet