Vocabulaire français : le lexique pour parler des mots

Petit précis lexical pour connaître les mots qui expliquent la vie des mots ou approche linguistique simplifiée de l'étymologie aux néologismes.
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Vous avez peut-être oublié vos cours de français de collège ou lycée. Voici l’occasion de vous remettre en mémoire le sens précis de quelques termes qui vous aideront à mieux comprendre la logique lexicale de la langue française.

Les mots sont vivants: ils naissent, se reproduisent et meurent

L’étymologie nous enseigne leur origine, leur filiation. Construite sur une base multiculturelle (latin populaire pour 80%, gaulois et langue germanique), la langue française s’est enrichie de différentes façons:

  • par emprunt à d’autres langues: l’anglais le plus souvent depuis un siècle mais aussi l’italien (opéra, balcon), l’espagnol (chocolat, sieste), l’arabe (algèbre, chiffre), l’allemand (képi, choucroute);
  • par composition: juxtaposition de plusieurs mots pour fabriquer un mot composé (porte-savon, chemin de fer);
  • par troncation: suppression de syllabes en début ou fin de mot (les autobus sont devenus des bus, les informations des infos);
  • par dérivation: ajout à un mot de base d’un préfixe ou d’un suffixe pour fabriquer un mot nouveau.

Les suffixes se placent après (ette, aille, ure, té, par exemple, dans les mots fillette, muraille, blessure, méchanceté).

Lorsqu'elle manque de termes pour désigner une réalité, idée ou objet nouveaux, la langue créée de toute pièce des néologismes, soit des mots inédits (courriel, voyagisme, insupporter par exemple sont des termes nés depuis peu).

Les mots n’ont parfois plus d’utilité, les réalités qu’ils désignaient n’existant plus ou ne sont plus d’usage pour avoir été remplacés par d’autres. A défaut d’être totalement enterrés, ils sont archivés sous le terme d’archaïsmes: le coiffeur a remplacé le barbier, abréger s’est substitué à abrévier et on a préféré "depuis longtemps" à piéça.

Certains mots ont ainsi une durée de vie limitée: après être né sous forme de néologisme, le minitel est depuis peu un archaïsme.

La langue française épouse le grec et ses "nymes"

Le mot grec "onyma" (nom), père du suffixe "nyme" a donné naissance à un jargon linguistique de classification des mots. Le jeu est simple: devant le suffixe nyme, vous ajouterez

  • syno (du grec "sun": avec) pour obtenir des synonymes, soit des mots de même sens (drôle/amusant, moche/laid);
  • anto (du grec "anti": contre) pour obtenir des antonymes, soit des mots de sens contraire (triste/joyeux);
  • paro (du grec "para": à côté) pour obtenir des paronymes, soit des mots proches dans leur sonorité et de sens différent; sont paronymes tous ces mots souvent confondus tant ils se ressemblent, comme éminent/imminent ou collision/collusion;
  • homo (du grec" homos": semblable) pour obtenir des homonymes, soit des mots de forme identique (par leur sonorité ou leur écriture) et de sens différent.

Vous pourrez ajouter le terme d’acronyme (du grec "akros", extrême) à votre liste savante. Parmi les néologismes actuels figure la création de mots par siglaison: on réduit ainsi une séquence de mots en ne conservant que les lettres initiales (SNCF, SDF). Lorsque le sigle obtenu est lisible sans besoin d’épeler ses lettres, il devient un acronyme et se noie souvent dans la masse des mots ordinaires en faisant oublier son origine (tel est le cas du sida, des ovnis et de l’Unesco).

Enfin, les mots polysémiques (de "poly", plusieurs et "sêmainen", signifier) ont plusieurs sens (le temps, une clé, par exemple) au contraire des monosémiques qui n’en ont qu’un (comme un dentiste ou une orthophoniste).

Les mots ont parfois des ancêtres communs et créent des alliances avec leurs voisins

Une famille de mots se reconnaît à une sorte de marque génétique immuable: le radical, qui joue le rôle de chef de famille. L’ajout de préfixes et suffixes permet au radical de base de se multiplier. Pour exemple: chanter, chanson, chanteur, chansonnette, chansonnier, déchanter, enchanter, enchanteur…

Les radicaux aiment parfois se déguiser mais un peu d’observation permet de les identifier. Le verbe croire (origine latine: credere) se cache ainsi dans les mots incroyable ou croyance. En revanche les mots croisée, croisette, croisière, crucial, croisement, croisade (dérivés du nom croix, crux en latin) ou les mots croissant, croissance (dérivés du verbe croître, crescere en latin) sont de familles différentes.

Parallèlement, indépendamment de leur forme, les termes du lexique ont des amis de sens. Ils peuvent ainsi appartenir à différents champs lexicaux qui les regroupent autour d’une idée commune. Le champ lexical de l’art accueillera ainsi des mots comme peinture, sculpture, cinéma, dessin, graphisme, musique, beauté, esthète, mécène, musée, concert …

Enfin, chaque mot polysémique peut créer à lui seul un champ sémantique incluant les différents sens qu’il peut recouvrir. Le champ sémantique du verbe gagner comportera: gagner sa vie, gagner au jeu, gagner à être connu, gagner du terrain, gagner le rivage.

Parfois, les mots nous échappent ou sont difficiles à maîtriser

Nous commettons alors des erreurs:

  • pléonasme si nous utilisons conjointement deux mots qui induisent le même sens et dont l’un est donc inutile (monter en haut, sortir dehors);
  • barbarisme lorsque nous déformons un mot ou utilisons un mot inexistant (bravitude à la place de bravoure);
  • impropriété lorsque le mot est employé avec un sens qui n’est pas le sien. Parler des accusés traduits devant un tribunal correctionnel est ainsi impropre (ou abusif) car le mot est réservé à ceux qui paraissent devant une cour d’assises; dans le cas premier, il s’agit de prévenus.

A lire pour en savoir plus: Les mots sont un jeu , éditions Librio, n° 976, Perre Jaskarzec, 2010.

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