Colombie : Vers la mort des FARC ?

L'armée colombienne a éliminé Alfonso Cano, chef des FARC, ce vendredi dans le sud du pays. Un véritable symbole de la lente agonie de la guérilla.

Muerto. Alfonso Cano n'aura pas survécu à l'offensive de l'armée colombienne, vendredi. Au milieu des montagnes du département de Cauca, le chef des Forces armées révolutionnaires de Colombie lutte dix heures durant. Or, la supériorité numérique adverse acculent ses hommes vers une inévitable chute. Guillermo León Sáenz Vargas, de son vrai nom, s'éteint après 63 ans d'une vie au double visage.

Cano : D'étudiant communiste à chef des FARC

"Cano" n'a pas toujours été ce révolutionnaire d'extrême gauche violent. Né à Bogotá en juin 1948, il milite au sein de la jeunesse communiste dans les années 60 et 70. Avant d'intégrer la maison FARC, il gagne progressivement ses galons de leader politique à travers des conférences sur le marxisme. Coup d'arrêt en 1981 où le trentenaire est fait prisonnier pendant 18 mois pour avoir caché de l'argent sale dans les murs de sa maison. Derrière les barreaux, il prépare sa défense avant d'obtenir la grâce du président Belisario Betancur, deux années plus tard. C'est à ce moment qu'il décide de fuir vers les montagnes et de rallier les FARC. Un groupe armé qu'il contrôlera en 2008 à la suite de la mort de Pedro Antonio Marin, plus connu sous le nom de Manuel Marulanda, dit "Tirofijo". Son but ? Pousser encore un peu plus l'histoire de cette guérilla.

Les FARC, une histoire trouble

Près d'un demi-siècle plus tôt, de nombreux conflits entre l'armée et des guérilleros à tendance communiste amènent la lente constitution des révolutionnaires. Mai 1964, Manuel Marulanda et Jacobo Arenas réorganisent les petits groupes pour les unifier sous l'appellation de "Bloque Sur". 1966 : le duo, rejoint par Ciro Trujillo, lâche pour la première fois le mot FARC. Les débuts apparaissent compliqués avec la mort de Trujillo dès 1967 et des défaites successives face aux militaires. Changement de stratégie. Les leaders décident de prendre possession des mairies et de séquestrer des personnalités d'Etat. Policiers, militaires et hommes ou femmes politiques. La Franco-Colombienne Ingrid Betancourt en fait partie de février 2002 à juillet 2008. Une tactique efficace à court terme. Mais les signes de faiblesses se font ressentir.

La victoire du président Alvaro Uribe

Les négociations pour la paix ne manquaient point. Belisario Betancur (président de 1982 à 1986), Virgilio Barco (1986-1990), Césa Gaviria (1990-1994) et Andrés Pastrana (1998-2002). Tous espéraient désamorcer la bombe révolutionnaire, sans résultat. Le dernier concédait même une zone démilitarisée de 43.000 kilomètres, au sud de la Colombie. Rien n'y fait. C'est alors qu'Alvaro Uribe entre en scène. Chef de l'Etat de 2002 à 2010 et premier président élu sans étiquette politique, il promet l'enfer à ceux qu'il n'hésite pas à appeler " terroristas". Ce natif de Medellin refuse toute concession aux FARC en dépit de la pression internationale et des agitations de son rival vénézuélien, Hugo Chavez. Après des années d'efforts, il finit par obtenir des résultats convaincants. La libération sans violences des otages en premier lieu, dont Ingrid Betancourt. Les morts des principaux patrons de la guérilla, ensuite. Ainsi, depuis 2008, Raúl Reyes, Iván Ríos et, surtout, Marulanda tombent.

Comme un parfum de fin...

23 septembre 2010. Alvaro Uribe laisse sa place à Juan Manuel Santos. Le nouveau président accentue la pression sur le groupe armé. Alirio Rojas Bocanegra, bras droit du nouveau chef, Alfonso Cano, s'écroule à son tour, le 4 juin dernier. "Cano" vient donc à peine de clôturer la liste funéraire, cette semaine. « La mort d'Alfonso Cano peut avoir un effet dévastateur sur la base de la guérilla », affirme le politologue colombien Fernando Giraldo. A l'annonce de ce nouveau succès, Santos s'époumone. « Nous avons porté le coup le plus sévère à cette organisation de toute son histoire. Nous devons insister jusqu’à ce que les Colombiens puissent avoir un pays en paix. La violence n’est pas la voie. Démobilisez-vous », lâche-t-il d'un ton solennel. Constamment affaiblis, les FARC ne s'avouent pourtant pas encore vaincus. Pas certain, néanmoins, qu'ils puissent fêter leur cinquantenaire…

Voici la conférence de presse du Ministre de la Défense après la mort d'Alfonso Cano

Source :

ABC.es- http://www.abc.es/agencias/noticia.asp?noticia=988597

BBC- http://www.bbc.co.uk/mundo/noticias/2011/11/111105_alfonso_cano_obituario_ao.shtml

Ladepeche.fr- http://www.ladepeche.fr/article/2011/11/05/1208830-colombie-l-adieu-aux-armes-des-farc-suite-a-la-mort-de-leur-leader.html

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