Comment faire un mauvais film d'horreur ?

Le film d'horreur de l'été, Les Chroniques de Tchernobyl, s'est finalement révélé être un beau raté. Dur, dur de faire un bon film d'horreur.

« L'horreur ne va pas sans l'imagination », Arthur Conan Doyle.

L'auteur de Sherlock Holmes avait, sans le vouloir, mis le doigt sur l'une des principales caractéristiques permettant de distinguer un bon d'un mauvais film d'horreur. Si la plupart d'entre eux s'avèrent ratés, faut-il le reconnaître, quelques uns parviennent à stimuler l'imagination du spectateur par leur originalité et, surtout, leur imprévisibilité. Shining, Psychose voire Rec réussissent à se classer dans cette catégorie. Qu'en est-il du petit dernier, Les Chroniques de Tchernobyl passé inaperçu derrière les The Dark Knight Rises , Rebelle ou autres Spiderman ...

C'est l'histoire de ...

Avant d'analyser le bébé de Bradley Parker , il est de bon ton de débuter par un petit synopsis accrocheur.

Trois jeunes vacanciers américains, Amanda, Natalie et Chris, décident de quitter le pays afin de s'engager dans un « eurotrip » des plus touristiques. Paris, Londres, Prague... Tout y passe. C'est alors que le trio rejoint Paul, le frère de Chris, en Russie. Avide de sensations fortes, ce dernier propose un séjour à Prypiat, en Ukraine. Pour info, Prypiat est une ville fantôme avoisinant la centrale nucléaire de Tchernobyl où un accident nucléaire eut lieu en 1986. La bande d'amis se paie les services de Yuri, un guide pour le moins curieux, pour les accompagner avant d'être rejoints par un couple, Michael et Zoe.

Suite au refus des autorités de les laisser passer, Yuri emprunte une autre route pour rallier Prypiat et avertit ses clients de la nécessite de quitter la zone avant la tombée de la nuit, radioactivité oblige. Mais bon, c'est un film d'horreur et comme dans tout film d'horreur, les choses ne se passent pas vraiment comme prévu...

Une horreur radioactive

Comme précisé en accroche, il est très difficile de réaliser un très bon film d'horreur. Épaulé par Oren Peli (vous savez, le réalisateur de Paranormal Activity, le film à 15.000 $ qui en valait 14.000 ?), Bradley Parker a pu le constater par lui-même. Si l'idée de départ apparaît originale et vendeuse, le scénario tombe très vite dans les abysses de la banalité. Les clichés du film d'épouvante classique se succèdent au même rythme que les dialogues longs, insupportables et inutiles de personnages creux. Du coup, Les Chroniques de Tchernobyl provoque davantage le rire que la peur. Un des effets de la radioactivité, on présume.

Entre les phrases peu crédibles de Yuri et les scènes surjouées par ses camarades, la peur fait vite place à la consternation. S'il fallait retenir un moment parmi tant d'autres, Les Oubliés de l'Actu ont choisi celui du bus abandonné. Accompagné d'Amanda, Paul entre dans une carcasse de bus. La musique qui fait peur s'emballe. Et, voyant une sorte de drap pendu qui cache la cabine du conducteur, Paul ne peut s'empêcher de déclarer texto : « Amanda, il faut absolument que j'aille voir ce qu'il y a derrière ». Sauf que derrière, il n'y a rien. Tout un symbole.

En ce qui concerne les « méchants », on ne peut pas dire que l'imagination débordait du côté du réalisateur et du scénariste. Probablement faute de budget, on n'aura le droit qu'à des malinois radioactifs et des mutants tout droit sortis des pires films de zombies. Si tout le film se révèle d'un ennui féroce, Parker nous livre une fin bâclée et ridicule histoire de terminer en beauté. Conclusion, Les Chroniques de Tchernobyl colle parfaitement au nom de ce blog. Avec une nuance près, une seule. Lui, il est vraiment à oublier.

Le désastre des acteurs

Nul doute qu'aucun des acteurs des Chroniques de Tchernobyl ne fera mention de ce navet d'épouvante sur son curriculum vitae. En première ligne de ce casting peu reluisant, Jesse McCartney ( Alvin et les Chipmunks , Beware the Gonzo, Summerland ) campe un Chris rabat-joie qui a le don d'énerver d'emblée le spectateur. Ses comparses ne font pas mieux. Ainsi, Jonathan Sadowski ( Vendredi 13 , Die Hard 4 , Terminator : Les Chroniques de Sarah Connor ), alias Paul, s'épuise vite à jouer le grand frère irresponsable. Pour le reste, Olivia Dudley (Nathalie), Nathan Phillips (Michael) et Ingrid Bolso Berdal (Zoe) semblent condamner à rester dans des rôles de seconde voire troisième zone au vu de leur prestation.

Le pauvre Dimitri Diatchenko (Yuri) poursuit sa série de rôles clichés, à savoir la brute russe pas très futée comme dans Max la menace ou Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal. Pour le coup, son personnage fera rire le public contre son gré par quelques tirades emballées. Finalement, c'est Devin Kelley (Amanda), actrice de la série The Chicago Code , qui s'en sort peut-être la mieux. Pourtant inconnue au bataillon, elle parvient à esquiver comme elle peut les élans de niaiseries de ses petits camarades.

Les Chroniques de Tchernobyl était le premier vrai projet de Bradley Parker. Le réalisateur a cru bon de flirter avec tous les outils sur-utilisés du cinéma d'horreur, à savoir la caméra à la main, le faux documentaire et les méchants infectés. L'ancien superviseur d'effets visuels de Fight Club a, tout le long de son œuvre bas de gamme, multiplié les références au Projet Blair Witch et à Rec sans toutefois réussir à surprendre. Le film a tout de même engendré près de 20 millions de dollars de recettes pour un budget limité de 1 million de dollars. Comme quoi, la bande-annonce (que voici!) fait beaucoup...

Rec, le dernier bon film d'horreur en date

À l'instar de Bradley Parker et Oren Peli, bien des réalisateurs se sont cassés les dents sur le thème de l'horreur. Promenons-nous dans les bois , Fog , Mortuary , House of the dead ou encore The Grudge . Et encore, c'est une bien petite liste au vu de l'immensité de ratés dans le genre.

Après tout, il faut bien avouer que dans une société beaucoup plus habituée aux images sordides, il apparaît très compliqué de surprendre dans ce domaine. Alors, pour un succès assuré, le réalisme doit demeurer. C'est ce qui se fait très efficacement en Espagne où une nouvelle génération de réalisateurs parvient à sortir d'excellents films ( L'Orphelinat , Rec , Le Labyrinthe de Pan , La Secte sans nom ) qui, en outre, s'exportent très bien. Sur Rue89, Yann Lebecque, du mensuel L'Écran fantastique , explique la recette ibérique :« Ils ont réussi à faire le pont entre un cinéma français et un cinéma américain d’horreur. Avec des images choquantes à la française, sans aller trop loin, et un cinéma très graphique et des clins d’œils à la culture américaine . »

Sources:

Allô Ciné

Première

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