Les adieux sincères de Zapatero

À l'occasion du 38e congrès du PSOE ce vendredi, José Luis Rodriguez Zapatero a fait ses adieux entre regrets et fierté.

En direct d'Espagne, 38e congrès du Parti socialiste ouvrier espagnol, à Séville.

Plus de deux mois après l'élection de Mariano Rajoy (PP) à la tête des affaires politiques de l'Espagne, José Luis Rodriguez Zapatero a profité du 38e congrès du Parti socialiste ouvrier espagnol, dont le scrutin choisira le nouveau président de l'opposition, pour se livrer à une auto-critique de ses sept années au pouvoir. « Au cours du 35e congrès du PSOE, je vous avais dit que jamais les intérêts du pays seront mis en retrait par rapport à d'autres intérêts », clame l'ex-président du gouvernement ibère, ce vendredi devant une foule de partisans.

Critiques à l'encontre de l'Union européenne

Ambiance solennelle, les applaudissement s'avèrent courts et la voix du natif de Valladolid basse. Teinté d'émotion, le discours se révèle être un grand moment dans le pays. D'un Z signé Zapatero, l'homme aux sourcils imposants gère la foule d'une main solide lorsqu'il désire le silence. Coupant sans cesse ses phrases comme le roi George VI, interprété par Colin Firth, luttant contre son bégaiement dans le film oscarisé en 2011 Le Discours d'un roi , il n'en demeure pas moins offensif lorsqu'il s'agit d'expliquer la mauvaise gestion des élites européennes. « Nous avons souffert d'une Europe lente qui n'a pas été capable de résoudre la situation de la Grèce ». Concédant une certaine impuissance face aux forces néfastes du marché, il avoue avoir été contraint de changer de direction à certains moments. Néanmoins, ce fan du Barça estime que « sans les mesures que nous avons prises, le pays aurait été dans une situation dramatique ».

"J'ai mis du temps à reconnaître la crise"

Alors que dans le même temps, Mariano Rajoy et son gouvernement exposaient une nouvelle loi pour restreindre les gains des présidents de banque, comme pour amenuiser la résonance du discours de Zapatero, ce dernier s'est littéralement confié aux téléspectateurs. « Nous sommes le seul parti qui fait son auto-critique », a-t-il exprimé avant d'ajouter dans un élan d'humilité : « on a dit que j'ai mis du temps à reconnaître la crise : c'est la vérité ». Tout en nuances, il refuse néanmoins « d'assumer les critiques concernant une éventuelle improvisation face à la crise ». Concernant la défaite d'Alfredo Rubalcaba, le candidat socialiste le 20 novembre dernier, le nouveau ex-patron du PSOE affirme « respecter ses responsabilités par rapport aux citoyens espagnols ». « Les Espagnols ont voté et ont changé de gouvernement pour changer de réalité. C'est la démocratie », a-t-il enchaîné sous une vague timide d'applaudissements.

Fragilité de la social-démocratie : Zapatero joue l'humilité

Comme une main tendue à son principal adversaire, José Luis Rodriguez Zapatero déclare que son parti n'a « pas aujourd'hui à battre le PP mais à vaincre la crise ». Plus tard, Mariano Rajoy affirme qu'il « maintiendra des contacts immédiats avec le ou la nouveau(elle) secrétaire général(e) du Parti socialiste espagnol .» Après cette ouverture, l'ancien président du gouvernement espagnol accepte les failles du système social-démocrate, un exercice de sincérité rare parmi les personnalités politiques du monde entier. « Ces temps difficiles compromettent l'idée de la social-démocratie, la social-démocratie est en crise, elle va mal. Elle est en difficulté. Ce n'est pas la réponse pour ce moment actuel », déplore-t-il tout en y croyant encore. « C'est le moment de l'histoire où il y a le plus de responsabilité commune, de citoyens et de pays engagés dans une crise » justifie t-il avant de tonner : « les valeurs de la social-démocratie ne reculent pas, elles grandissent ». « Si nous comprenons tous ces changements, la social-démocratie sera approuvée par la majorité des citoyens ». Applaudissements.

Espagne, le moteur des avancées sociales en Europe

Pour conclure son long discours de près d'une heure, Zapatero tire un bilan flatteur de sa politique sociale. « Nous avons montré à travers nos lois pour la défense des femmes, les homosexuels, les parents que nous avons été un moteur de la démocratie mondiale », assène-t-il. Il n'a pas tort tant les autres pays ont suivi et continuent de suivre l'Espagne en matière sociale. Loi contre la violence dans les couples, loi pour le mariage homosexuel, loi pour l'égalité homme-femme, notre voisin se situe bien en avant sur certains points. Concernant la loi pour l'avortement, il conseille au PP sans le citer « de prendre un temps de réflexion avant de vouloir modifier cette loi ». Et pour cause, 18 mois après la libéralisation de l'avortement dans le pays, le ministre de la Justice Alberto Ruiz Gallardón devrait proposer que l'interruption volontaire de grossesse redevienne une exception légale. Un retour en arrière.

"Je reste là avec vous"

Autre moment fort de la présidence Zapatero, la fin d'ETA. Le double vainqueur des élections générales de 2004 et 2008 rappelle l'importance d'un tel dénouement. « Comme président du gouvernement, voir la fin d'ETA, est pour moi l'occasion de saluer tous ceux qui ont cherché la paix et qui ont travaillé dans ce sens. Plus jamais nous n'aurons une mort due à ETA ». Très rassembleur, il ne veut faire aucune différence entre les deux candidats à sa succession, à savoir Alfredo Rubalcaba et Carmen Chacón. « Je dois demander le même appui que j'ai eu à celui ou celle qui sera élu(e) secrétaire générale du PSOE » prie-t-il avant de conclure par un au-revoir des plus émus. « Ici se termine mon temps. La nouvelle étape doit être au service de l'Espagne. Merci mes compagnons, je reste là avec vous ».

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