Quand le jazz rencontre la Beat Generation

Aussi étrange que cela puisse paraître, Miles Davis et Jack Kerouac sont liés. Comment s'effectue la rencontre entre jazz et littérature dans les années 50?
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La Beat Generation: c'est le nom que donne Jack Kerouac en 1948 à une écriture nouvelle qui prend de l'ampleur dans les années 50 aux États-Unis. Pour l'auteur de On the road , l'écrivain est un jazzman. Le lien entre la Beat Generation et le jazz est en effet étroit. Kerouac affirme même que le terme "beat" fait référence au rythme du jazz, et ne signifie en aucun cas "déprimé", "dégouté" ou "battu" comme il a souvent été dit à l'époque.

La Bop Generation inspire la Beat Generation

Jack Kerouac, Allen Ginsberg et quelques autre auteurs de la Beat Generation passaient une grande partie de leur temps dans les clubs de New York comme le Red Drum, le Minton's ou The Open Door. Ils y écoutent un jazz nouveau, "moderne", emmené par des noms comme Charlie Parker, Dizzy Gillespie ou encore Miles Davis. En somme, les même qui sont à l'origine de ce que l'on nomma la Bop Generation.

La Bop Generation est un concept inventé pour s 'éloigner de la musique commerciale des années 30. Elle intègre la notion de "Hipsters", le groupe réduit de privilégiés, musiciens ou écrivains, qui souhaitent se tenir à l'écart du gros de la société. Cette prise de distance volontaire passe notamment par l'usage de drogues – héroïne pour William Burroughs ou Miles Davis, amphétamines pour Kerouac, bière pour Bukowski, entre autres – un style vestimentaire fantaisiste et l'utilisation d'un vocabulaire de leur invention. C'est ainsi que la Bop Generation devient un symbole d'individualité, de spontanéité et d'une intensité émotionnelle qu'on ne retrouve à l'époque dans aucune musique commerciale.

Comment mêler jazz et écriture ?

Pour les auteurs de la Beat Generation, le jazz est une manière révolutionnaire de vivre et d'appréhender le processus de création artistique. John Clellon Holmes – l'un de ces auteurs – écrit dans Go à propos de ses contemporains: "Dans ce jazz moderne, ils entendirent comme quelque chose de rebelle et sans nom qui parla pour eux."

Et de fait, le style est dépassé par le flux de conscience, ce qui est clairement visible dans la prose de Burroughs, par exemple. Les mots sont lâchés par à-coups énergiques, et l'absence de ponctuation pendant des paragraphes entiers est le reflet du flux créatif. Kerouac déclare même qu'il ne relit que très rarement ses textes – il n'est d'ailleurs pas le seul. Cette écriture essaye en fait de faire écho à une pensée empruntée par Allen Ginsberg à la philosophie bouddhiste: " First thought, best thought " – la première pensée est la meilleure .

Deux univers en interaction

La relation entre auteurs Beat et musiciens Bop est finalement complexe. Presque aucun écrivain n'était musicien, et les jazzmen de l'époque n'avaient que peu de considération pour la littérature.

Cependant il existe bien quelques connexions anecdotiques entre les deux mondes. Il semblerait, par exemple, que Kerouac ait été assez proche de Miles Davis. L'album A Love Supreme de John Coltrane – 1964 – paraît avec un poème de la main même du compositeur, et inséré dans le livret d'accompagnement. Il est donc probable que si les deux univers ne s'étaient pas rencontrés, ni le jazz, ni la Beat Generation n'auraient eut le retentissement dont ils ont bénéficié jusqu'à aujourd'hui.

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