Quelle légitimité pour la Marseillaise?

Hymne le plus connu dans le monde avec le God Save The Queen britannique et le Star-Spangled Banner américain, que représente la Marseillaise?
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L'enthousiasme qui anime les supporters lors du chant de l'hymne au début des rencontres sportives donne une étrange impression d'unanimité: la Marseillaise, c'est avant tout un long frisson qui vous parcourt le dos en annonçant un moment important pour le chauvinisme français. Mais c'est est aussi une fierté qui divise. Patriotique? Agressive? Archaïque? Bien des commentaires ont été faits sur la chanson, notamment lors du "débat sur l'identité nationale" du début 2010. D'où vient l'engouement collectif pour cet hymne controversé?

O rigines (controversées) de la Marseillaise

"Composée à Strasbourg par Rouget de Lisle [...] en avril 1792": c'est ce qui est dit sur le site de l'Assemblée Nationale et dans tous les manuels d'histoire. Pourtant cette origine est controversée: dans un ouvrage publié en 1992, A. Loth remet en question la paternité de la Marseillaise. Ce serait en réalité un dénommé Jean-Baptiste-Lucien Grisons qui aurait composé le morceau; Rouget de Lisle n'aurait fait que le réinterpréter, s'attribuant ainsi toute la gloire. Un des symboles de la France serait-il bâti sur un plagiat? En réalité, il est difficile de le savoir. Le fait est que la Marseillaise est à l'origine de nombreux débats.

Les paroles ou la mélodie ?

Des paroles objectivement violentes, et qui font appel à un imaginaire guerrier, sont notamment reprochées à l'hymne français. Un sondage CSA montre que 41% des personnes interrogées trouvent ces paroles déplacées (CSA, juin 2005). Et en effet les mots "sanglant", "égorger", "outrage", "parricide", "sanguinaires", entre autres, donnent une teinte pour le moins belliqueuse à la chanson. La Marseillaise ne semble donc pas rassembler tout le monde par son message. Mais alors serait-ce la musique?

Le compositeur - peu importe qui il est - a bel et bien inventé un "tube", mais c'est avec ce que cela implique en matière de qualité musicale. La chanson est facile à retenir, à chantonner ou à jouer, mais reste assez éloignée d'un véritable morceau, notamment à cause de la répétitivité de ses couplets. La Marseillaise constitue en fait, d'un point de vue purement musical, une sorte de base, de gabarit, qui permet toute les déclinaisons. Et il est possible de rendre ce chant plus léger.

Faire de la Marseillaise une œuvre originale

Il suffit d'écouter, par exemple, la version de Django Reinhardt improvisée à la Libération avec Stéphane Grappelli et intitulée Echoes of France . Malgré un début lent et relativement proche de l'hymne tel qu'on le connaît, la suite du morceau se transforme en une folle cavalcade instrumentale presque aussi entraînante que bien des morceaux composés par Django lui-même. Le jazz manouche habille parfaitement la Marseillaise.

Impossible de ne pas mentionner le Aux Armes Et Cætera de Serge Gainsbourg, qui paraît en 1979 sur l'album du même nom. Enregistrée dans une version reggae, avec chœurs féminins et voix éthérée, cette Marseillaise conserverait, selon Gainsbourg, sa tonalité révolutionnaire - "Le reggae c'est une musique révolutionnaire ! Peter Tosh est mort ! Il s'est fait flingué... Et quant à Bob Marley il a reçu une bastosse aussi !". Pourtant Aux Armes et Cætera est bien plus allègre que la version officielle.

Un symbole sonore

Quand Django reprend la Marseillaise c'est un hommage patriotique; quand c'est Gainsbourg, l'hymne est bafoué. L'image et la réputation de l'interprète y sont certainement pour quelque chose. Mais la vraie différence, c'est que Gainsbourg chante les paroles, alors que Django se contente de reprendre la mélodie. Plus qu'une suite de couplets et de refrains, un hymne est un symbole sonore. Doit-on approuver ou non son contenu textuel? Chacun a son jugement. Mais ce qui est universel, c'est le sentiment qu'une mélodie puisse rassembler.

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