Un mammouth laineux vivant bientôt parmi nous ?

Depuis des années, l'idée du clonage d'un mammouth perdure chez les scientifiques. Aujourd'hui, un chercheur veut tenter cette extravagante expérience.
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Si le projet fait penser à celui de Jurassic Park, l'homme qui désire le mener à bien n'a rien d'un John Hammond : il s'agit Akira Iritani, un chercheur âgé de 83 ans, professeur à l'université de Tokyo et pionnier, parmi d'autres scientifiques, de la fécondation in vitro dans les années 1970. En effet, en 1979 il a réalisé l'une des premières fécondations in vitro chez l'animal après maturation in vitro de l'ovule ; c'est encore lui qui a procédé, en 2004, à la greffe d'un gène végétal dans un animal. Il s'agissait alors d'un gène d'épinard, implanté dans un porc afin d'en améliorer la qualité de la viande.

Le rêve d'Akira Iritani

Depuis quelques années maintenant, Akira Iritani caresse le rêve de ramener sur Terre un mammouth laineux, dont la disparition remonte à plusieurs millénaires. Depuis 2002, le chercheur est à la recherche d'un spécimen congelé dont l'ADN serait suffisamment bien conservé pour le clonage. Aujourd'hui, lui et son équipe ont enfin trouvé un mammouth qui devrait faire l'affaire, dans un laboratoire sibérien. Mais il ne s'agit là que du premier pas de ce long et laborieux travail, qui devrait durer environ cinq ans ; encore faut-il qu'ils parviennent à récupérer 100% de l'ADN du mammouth (le meilleur séquençage génomique à ce jour étant d'environ 80%) dans ces cellules anciennes et donc dégradées. En effet, sachant que l'Homme et le chimpanzé ont en commun 98% de leur patrimoine génétique, il y a fort à parier que si l'on complétait l'ADN manquant du mammouth laineux avec celui d'un éléphant actuel, on n'obtiendrait probablement pas un véritable mammouth.

La technique de clonage

Akira Iritani s'appuie, pour son projet, sur une expérience réalisée en 2008 par le chercheur Teruhiko Wakayama et son équipe, qui ont réussi à cloner des cellules prélevées sur des souris mortes et congelées 16 ans auparavant (maintenues à une température de -196°C). Toutefois les cellules demeuraient en très bon état, ce qui n'est pas le cas de celles du mammouth. Le principe est qu'il faudra aux chercheurs, réussir à extraire des noyaux de cellules de mammouth intacts afin de les introduire dans des cellules-souches (cellules indifférenciées présentes au stade embryonnaire), préalablement énucléées, d'éléphant. Les scientifiques se trouveraient alors avec des cellules-souches de mammouth qu'ils devront par la suite introduire dans un ovocyte mature d'éléphante, lui aussi débarrassé de son noyau. Cet ovule serait alors implanté dans une mère porteuse et l'on assisterait à la naissance ou non d'un bébé mammouth, 22 mois plus tard.

Tout cela est bien beau, mais...

Si cette technique est valable pour les souris clonées par Teruhiko Wakayama et son équipe, il ne s'agit que de théorie dans le cas de notre mammouth. En pratique, plusieurs problèmes se posent : tout d'abord celui de la récupération de la totalité de l'ADN de mammouth, comme expliqué plus haut ; ensuite, les chercheurs ignorent si il y a compatibilité entre les cellules d'un éléphant et celles d'un mammouth. Puis, à supposer qu'ils arrivent à atteindre ce stade, il faudrait qu'Akira Iritani et son équipe puissent récupérer un ovule mature d'éléphante. En effet, si un cycle d'ovulation dure quatre mois, il ne se passe que quelques cycles tous les cinq à six ans et une récupération par chirurgie n'est pas envisageable, les ovules étant situés à environ 2,5 mètres de l'orifice vaginal. L'idée serait de récupérer ces ovocytes post-mortem, mais la probabilité qu'une éléphante meurt juste après l'ovulation reste infime. Enfin, si toutes ces étapes étaient franchies, il faudrait encore pouvoir implanter l'embryon dans l'utérus d'une mère-porteuse et espérer que celui-ci prendra. Aucun clonage d'éléphant n'ayant jamais été effectué dans le monde, celui d'un mammouth laineux, vieux de quelques millénaires, semble d'autant plus surréaliste.

Et après ?

Et si par hasard cette opération était un succès, que se passerait-il après ? En plein réchauffement climatique, un animal adapté au climat polaire aurait une maman vivant dans le milieu opposé. Et que ferait-on d'un seul mammouth pour faire véritablement revivre toute une espèce ? Saura-t-on s'occuper de lui et lui fournir les conditions de vie dont il a besoin ? Finalement, est-il bon de faire revivre le passé ?

Pour en savoir plus :

Le Point

Le Figaro

Futura Science

Youtube

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