L'inconscient des parents influence le développement de l'enfant

L'inconscient parental encadre le développement de l'enfant. Il va se construire à partir de ces influences. En quoi influencent-elles son développement ?
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C’est un fait biologique : un enfant résulte de l’accouplement d’un homme et d’une femme. De ce fait, il sera marqué par l’inconscient de ses géniteurs, eux-mêmes marqués par ceux des leurs. Le contexte de vie du parent va encadrer la naissance future de l’enfant et son développement. L’enfant va se construire à partir de ces influences. Il est donc intéressant de se demander en quoi le style de vie ou le contexte de conception vont agir sur lui.

Le désir d’enfant impacte le futur développement du nouveau-né

L’enfant du désir est un enfant voulu et attendu par ses parents. Il va naitre au sein d’un contexte cadré. La notion d’enfant du désir se transforme en désir de bonheur pour son enfant. Aujourd'hui la notion de bonheur ne réside plus dans l’épanouissement en société mais dans la protection contre la société. Les parents vont donc tenter de fournir à leur progéniture les outils nécessaires pour faire face aux difficultés de la vie. Le soutien de la famille et l’amour au sein duquel il va naitre ont des chances de générer un adulte sécurisé, équilibré et qui s’aime.

Malheureusement, tous les enfants ne naissent pas d’un désir. Par exemple, les enfants du viol et/ou d’inceste trouveront peut-être plus difficile de d’accepter en tant qu’être humain existant et estimer qu’ils sont le fruit d’une erreur et ne méritent pas de vivre. De même, l’enfant de l’inceste peut rencontrer des problèmes identitaires et se considérer comme enfant de la honte puisqu’il aura appris que l’inceste est fustigé par la société. Cette identité prédéterminée, en plus d’impacter le mental de l’enfant avant même sa naissance, va influencer la représentation que les autres auront de lui. Un enfant désiré est encensé et valorisé alors que l’enfant d’un viol ou d’un inceste pousse à se questionner et peut être rejeté avant même de voir le jour : Comment élever un tel enfant ? Comment lui expliquer d’où il vient ? En grandissant, l’enfant peut venir à se demander pourquoi il est différent, pourquoi il n’a pas une famille normale et surtout estimer qu’il n’est lui-même pas normal.

L’enfant conçu est le fruit de forces extra-biologiques d’origine culturelles

La culture d’un pays ou d’une famille est influencée par des dimensions économiques, sociales et religieuses qui interagissent. Avant même sa naissance, l’enfant va s’inscrire dans cette continuité et selon la culture, l’époque ou la société à laquelle il appartiendra, son statut sera différent et sa venue n’aura pas la même signification. Une place lui sera progressivement attribuée dans le groupe familial. Ce processus débute dés la grossesse et passe par le tissage de lien avec la mère. Le père est également indirectement présent car il réside dans l’esprit de la mère.

Les parents ne transmettrons pas les même choses selon le sexe du bébé (fille, garçon), selon sa position dans la famille (ainé, deuxième, dernier), selon s’il est désiré, etc. La nature de ces impressions est donc importante à prendre en compte. Certaines sont trop intenses, parfois violentes ou au contraires trop absentes ou insuffisantes. C’est l’enfant, qui au cours de sa croissance devra, en fonction de son histoire et sa personnalité, faire le tri et se positionner face à ses empreintes identitaires inconscientes afin de garder ce qui lui semble bon et de s’éloigner du reste.

Comment s’intègre l’enfant dans les nouveaux modèles familiaux ?

On peut se questionner sur l’influence de l’inconscient des parents dans le cadre des familles monoparentales. Comment l’absence de l’un des deux parents sera-t-elle imprimée puis gérée ? Dans le cas des naissances dites illégitimes ou « hors union », comment réagira l’enfant sur la possible non reconnaissance du père ? Si c’est une fille cela jouera t-il un rôle dans sa relation aux hommes ? Si c’est un garçon sur quelle figure masculine s’appuiera t-il pour construire son identité et quel genre de père pourra t-il être une fois confronté à sa propre paternité ? Dans les familles recomposées, quels sont les processus inconscients mis en place ? Les processus adoptifs peuvent-ils remplacer les processus d’origine ?

Sujet encore plus actuel : qu’en est-il des familles homoparentales ? Qui est le véritable parent : le géniteur ou celui qui élève l’enfant ? Est-ce celui qui donnera son nom ? Ou encore comment l’enfant vivra t-il son stade œdipien s’il a deux pères ou deux mères ?

L’histoire du bébé commence bien avant sa naissance c’est-à-dire in-utéro voire à l’origine de sa conception. Il est primordial de se poser toutes ces questions car les émotions qui seront assimilées dans le ventre maternel pourront influencer son développement ultérieur.

Sources :

MARCEL GAUCHET, De l'enfant du désir à la crise d'individualisation, Bruxelles, Temps d'arrêt 2008

NINA CANAULT, Comment le désir de naître vient au fœtus, Desclée de Brouwer, 2001

Pr MICHEL SOULÉ, L’enfant à naître, érès, Ramonville Saint-Agne, 2005

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