Mexique: Ciudad Juárez, ville la plus dangereuse du monde

Ciudad Juárez, dans le nord du Mexique, est le théâtre de violences quotidiennes qui en font la capitale mondiale du crime.
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Ciudad Juárez, ville frontière située tout au nord du Mexique et deuxième ville de l'Etat de Chihuahua, est le théâtre de violences quotidiennes depuis de nombreuses années. On la surnomme la ville la plus dangereuse du monde car il ne se passe pas 24 heures sans qu'il n'y ait une vingtaine de morts.

Il y a d'abord eu les mortes de Juárez, puis la guerre civile entre les différents cartels de drogue, guerre qui se propage petit à petit dans tout le pays.

Les mortes de Juárez

Depuis 1993, plus de 400 jeunes femmes âgées de 13 à 25 ans ont disparu dans la région de Ciudad Juárez. Environ 380 cadavres ont été retrouvés, dont 200 n’ont pu être identifiés tant ils étaient déformés. Certaines victimes ont également été violées avant d'être mutilées.

Les jeunes femmes travaillaient dans des "maquiladoras" - usines fabriquant des produits pour de grandes entreprises internationales à un moindre coût et qui sont généralement situées en dehors de la ville - et disparaissaient le soir au cours du trajet de plusieurs heures qui aurait dû les ramener chez elles. Leur corps, quand il était retrouvé, était jeté dans un terrain vague ou sur le bord des routes.

À ce jour, les meurtres n’ont toujours pas cessé, malgré plusieurs arrestations, ce qui remet sérieusement en cause la compétence des enquêteurs et leur crédibilité. Corruption et intimidation sont monnaie courante au sein de la police mexicaine, à un point tel que les résultats de l’enquête menée par le FBI ont été ignorés.

Plusieurs rumeurs courent pour tenter d'expliquer ces meurtres: trafic de stupéfiants (les femmes seraient obligées de faire passer elles-mêmes la drogue), trafic d'organes, trafic de femmes, crimes organisés, etc. Certains affirment que les victimes servent de récompense aux hommes de main des narcotrafiquants et qu'elles sont enlevées par les policiers municipaux.

Les familles des victimes se plaignent que les autorités ne les prennent pas au sérieux et ont créé l’association NHRC (Nuestras hijas de regreso a casa, "Nos filles doivent rentrer à la maison") pour dénoncer les crimes et attirer l’attention sur la situation.

La guerre des cartels de drogue

La violence a toujours été très présente au Mexique et les règlements de compte entre trafiquants de drogue n’est pas une nouveauté. Mais, depuis deux ans, le cartel de Juárez et celui de Sinaloa s’affrontent pour prendre le contrôle du trafic de drogue vers les États-Unis, premier consommateur mondial de cocaïne.

De ce fait, la violence se propage dans les autres villes de l’Etat de Chihuahua et touche l'ensemble de la population: de riches étudiants sont kidnappés, des membres de leurs familles torturés et/ou tués, des restaurants brûlés ou braqués si leurs propriétaires refusent de payer la protection d’un cartel, des fusillades ont lieu dans les supermarchés ou durant des fêtes familiales, etc. Bien-sûr, les "petits criminels" profitent de la terreur ambiante et de la paranoïa des citoyens pour commettre leurs crimes; en conséquence le nombre de vols et d'attaques à main armée est en constante augmentation.

Le président Felipe Calderón a déclaré la guerre aux cartels de drogue. Depuis son arrivée au pouvoir en décembre 2006, les affrontement avec les forces de l’ordre, les règlements de compte et les meurtres groupés ont fait plus de 28 000 morts, malgré le déploiement de 50 000 militaires dans tout le pays.

Face à une telle violence, les commerces de Ciudad Juárez ferment et certains quartiers ressemblent à des villes fantômes. Les grosses entreprises déménagent, les investisseurs fuient la région mais les gens restent car c'est leur ville et ils y ont leurs familles et leurs amis.

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