La chaise électrique: l'invention au service de la mort

La chaise électrique est un instrument permettant l'exécution par électrocution de détenus condamnés à la peine de mort.
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C'est en 1886, alors que les Etats-Unis cherchent une alternative plus humaine à l'exécution par pendaison, que Harold P. Brown, un employé de Thomas Edison, pense à mettre au point la chaise électrique. Elle est encore aujourd'hui en fonction dans sept Etats américains où les condamnés à la sentence ultime peuvent la choisir à défaut d'opter pour l'injection létale.

Les enjeux financiers de la chaise électrique:

L'invention de la chaise électrique, on le sait moins, est issue d'un enjeu financier opposant deux hommes. A la fin du XIXe siècle, la Edison Electric Light Company de Thomas Edison fonde la première centrale électrique mondiale. L'inventeur a développé le courant continu. Pour vanter les avantages du courant continu, Edison éclaire tout le quartier de Wall Street, à New York.

En parallèle, Nikola Tesla, travaillant pour la Continental Edison Company en France, se penche sur le courant alternatif.

Quatre années plus tard Georges Westinghouse, un ingénieur, crée sa propre compagnie d'électricité, rachetant, au passage, plusieurs brevets. Westinghouse est un fervent partisan du courant alternatif de Tesla et, pour rivaliser avec Edison, il éclaire la ville entière de Great Barrington.

Les enjeux financiers sont énormes puisqu'il s'agit de moderniser tous les équipements domestiques des Etats-Unis. La balance semble pencher du côté de Westinghouse, le courant alternatif étant reconnu beaucoup plus économique et plus fiable à grande échelle.

Pour sauver son honneur et son affaire, Edison n'a d'autre choix que de prouver par tous les moyens que le courant continu est plus sûr que l'alternatif, qui est dangereux et qui peut tuer. Par conséquent, pour Thomas Edison, ce dernier ne serait pas fiable et son usage à des fins domestiques serait potentiellement risqué .

Pour étayer sa thèse, il contacte Harold P. Brown, qui deviendra le dessinateur de la chaise électrique. Ensemble ils parcourent les Etats-Unis, en long et en large, et procèdent à des exécutions sur des animaux, stipulant par là-même qu'une décharge moyenne de courant alternatif peut provoquer la mort, au contraire d'une plus forte en courant continu.

Militant pourtant abolitionniste, Thomas Edison a affirmé qu'une exécution par électrocution était sans douleur, à condition évidemment d'utiliser le courant alternatif qu'il critiquait.

En 1888, Brown met au point la chaise électrique, confirmant les dires d'Edison sur la dangerosité du courant qu'il accuse.

Le courant alternatif est adopté et celui-ci rime désormais avec mort.

Très vite l'Etat de New-York se montre vivement intéressé par la nouvelle invention des deux hommes.

Ces derniers réussissent ce qu'ils avaient entrepris et, en 1889, la chaise électrique est officiellement installée sur le sol New-Yorkais.

Son fonctionnement et sa première mise en service

Le fonctionnement de la chaise électrique est simple, bien qu'il ait évolué avec le temps, les grandes lignes de cette mise à mort restent identiques.

Le condamné est assis et ligoté, de sorte qu'il ne puisse plus faire le moindre mouvement.

Des électrodes sont ensuite installées sur son corps, en particulier sur une jambe et sur son crâne préalablement rasé. Le point de contact entre ces électrodes et la peau est humidifié afin d'assurer une meilleure conductivité.

Le courant est ensuite envoyé au condamné à deux reprises, au minimum. Tout d'abord, une décharge de 2000 volts lui est assénée, anéantissant toute résistance vitale d'un homme normalement constitué. Ensuite une pause est respectée avant d'envoyer une nouvelle salve moins violente mais plus longue, de 500 volts, pour éviter que le corps, ne pouvant dépasser la température de 59°C, ne prenne feu. Bien souvent il suffit de ces deux cycles pour provoquer la mort. Le constat de décès est ensuite effectué.

En 1890, William Kemmler fut le premier prisonnier exécuté sur la chaise électrique. Agé de trente ans, il avait été jugé coupable d'assassinat sur sa concubine, Tillie Ziegler. Malgré la demande en appel de ses avocats, qui firent valoir le fait que l'électrocution était un supplice atroce, Kemmler fut exécuté le 6 août 1890 à 6 heures du matin. L'histoire raconte que Thomas Edison, lui-même, serait à l'origine de l'exécution en ayant contredit les défenseurs du condamné sur la barbarie de l'instrument qu'il a contribué à réaliser. S'en suivirent des demandes de plusieurs Etats afin d'obtenir un exemplaire de la machine.

En 1929, dans le Kentucky, sept exécutions furent recensées en une seule nuit!

Jusqu'au milieu des années 1980, la chaise électrique fut le principal moyen d'exécution employé aux Etats-Unis.

Vers une abolition progressive de la chaise électrique

Dès 1982, le Texas, connu pour ses faveurs envers la peine de mort, abandonna la chaise électrique au profit de l'injection létale. L'abolition la plus retentissante fut celle de l'Etat de Floride, en 1999, après que Allen Lee Davis, condamné à la sentence ultime pour le meurtre d'une femme enceinte et de ses deux enfants, fut exécuté sur la chaise électrique.

Ce jour-là, la procédure ne se déroula pas normalement et l'exécution fut d'une rare sauvagerie. Du sang s'écoula des narines de Davis et son visage tuméfié révolta ses bourreaux d'un jour qui décidèrent de prendre des photographies afin de dénoncer cette peine de mort. Les clichés parurent dans la presse et sur Internet.

Devant les réactions horrifiées du monde entier et la pression publique de l'époque, la Floride n'eut d'autre choix que d'adopter l'injection létale.

De même, le Nebraska n'autorisait que la chaise électrique avant qu'elle n'y soit abolie sur décision de la Cour Suprême en 2008, la jugeant trop cruelle et contraire à la Constitution.

Aujourd'hui, aucun Etat ne peut obliger un condamné à être exécuté sur la chaise électrique. Toutefois ce dernier peut, de son plein gré, choisir d'être exécuté par ce moyen si c'est sa volonté. C'est le cas dans les Etats de l'Alabama, de l'Arkansas, de la Floride, du Kentucky, de la Caroline du Sud, du Tennessee et de la Virginie.

Force est de constater que la plus sanglante des inventions de l'ère contemporaine a été le fruit de la vénalité de l'homme, au détriment, semble t-il, de sa bonne conscience.

Edison, pensant sortir victorieux de son duel, s'est vu toutefois très largement devancé par son rival, Nikola Tesla, dans les marchés financiers.

Thomas Edison, inventeur de la machine de mort, mourrut ruiné en 1931.

Malgré ce revers, la chaise électrique s'est bel et bien installée aux Etats-Unis, tuant jusqu'à ce jour, 156 personnes depuis le rétablissement de la peine capitale dans le pays, en 1976.

Sources: Edison and the electric chair, de Mark Essig, 2003

Empires of light, de Jill Jones, 2004

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