Ces précieux services offerts par la nature

Diversité des aliments, médicaments, protection contre les raz-de-marée, les services rendus par la nature passent inaperçus mais sont loin d'être superflus

Capitonné entre le gris du bitume et le gris des buildings, l’homme oublie souvent à quel point il est tributaire des autres formes de vie. Nous sommes prêts à reconnaître les immenses services que nous rendent les ordinateurs, à craindre les conséquences désastreuses d’un bug informatique à l’échelle planétaire. Mais qu’en est-il du «bug» écologique? Aurions-nous oublié les précieux services que nous rend la nature comme celui d’assurer nos fonctions les plus élémentaires, telles que respirer, boire de l’eau et nous nourrir? Errant de supermarchés en pharmacies, l’homme en parviendrait-il à oublier qu’il n’a pas créé de toutes pièces le monde dans lequel il vit?

Abeilles et vers, les alliés de notre alimentation

La majorité des aliments que nous consommons dépend du travail d’animaux dits «pollinisateurs» qui assurent la fécondation des plantes à fleurs. Fruits et les légumes, oléagineux (colza, tournesol), protéagineux (pois, fèves) mais aussi certaines épices, le café et le cacao en dépendent! L’abeille est l’insecte pollinisateur le plus actif. En France, les services rendus par les abeilles à l’agriculture ont été estimés à deux milliards d’euros par an (Source: INRA).

En l’absence d’insectes pollinisateurs, l’homme devrait effectuer le travail de fécondation à la main. C’est ce qui se passe avec la vanille. La culture de la vanille a été importée dans des pays où ne vit pas l’abeille Melipone, seule capable de féconder les fleurs de vanille. Ce sont donc des ouvriers qui effectuent ce travail. Voilà pourquoi les gousses de vanille coûtent si chères!

La culture des céréales (blé, maïs, riz) dépend, quant à elle, de la fertilité des sols. Le sol regorge d’organismes vivants (bactéries, champignons, vers, termites) qui décomposent la matière morte pour fabriquer de l’humus qui sert de nourriture aux racines des plantes. Mais ces écosystèmes sont souvent perturbés par les techniques d’agriculture moderne telles que le labour en profondeur ou l’utilisation de produits chimiques. Résultat: 46,4% des terres cultivables de la planète sont aujourd’hui moins fertiles (Source: ISRIC).

Une eau naturellement purifiée

Les végétaux ainsi que certains micro-organismes épurent les eaux. Ce service rendu par la nature est nettement plus économique que la construction d’une station d’épuration. La ville de New York a ainsi réalisé une économie de 8 milliards de dollars en choisissant de protéger les forêts autour du bassin montagneux alimentant son réseau de distribution d’eau potable. 90% de l’eau potable de New-York est naturellement purifiée par les forêts.

Une protection contre les catastrophes naturelles

Les végétaux jouent un rôle de protection contre les inondations car ils permettent à l’eau de pluie de s’infiltrer dans les sols. En l’absence de couvert végétal, l’eau ruisselle et les cours d’eau débordent. Les racines des arbres stabilisent les sols, limitant les glissements de terrain et les avalanches. Les récifs coralliens et les mangroves font office de digues naturelles contre les raz-de-marée. Un récif corallien peut amortir jusqu’à 90% de l’énergie d’une vague. Lors du tsunami de 2004, les régions protégées par les mangroves ont subi moins de dommages que celles où la mangrove avait été détruite par l’homme.

Les plantes au secours de la médecine

Selon l’OMS, 80% de la population utilisent des remèdes à base de plantes pour se soigner. Au-delà de la phytothérapie, environ 50% de nos médicaments trouvent leur origine dans la nature. L’élaboration d’un médicament débute le plus souvent par la découverte d’une propriété naturelle active. Les sources sont diverses: plantes, organismes marins mais aussi des substances sécrétées par des animaux dont des venins. La molécule active est ensuite isolée en laboratoire, analysée et copiée par une molécule synthétique. Bon nombre de nos médicaments qui affichent une composition 100% chimique ne sont en fait que des copies de la nature!

Le médicament le plus consommé au monde, l’aspirine provient à la base de l’écorce du saule blanc. La morphine provient du pavot à opium. La pervenche de Madagascar fournit deux substances actives dans le traitement des leucémies aigues de l’enfant et de certains cancers. L’AZT, utilisée dans le traitement du sida, provient de molécules sécrétées par une éponge des coraux des Caraïbes, une espèce actuellement menacée d’extinction.

La menace qui pèse sur la biodiversité pèse donc également sur la santé de l’homme. Sachant que sur les 350 000 espèces de plantes que nous connaissons, seuls 2% ont été analysées à des fins médicales, on peut en conclure que la nature recèle encore de nombreux remèdes potentiels. Mais ces traitements pourraient ne jamais voir le jour si les espèces susceptibles de nous les fournir s’éteignent.

Des services écosystémiques estimés à 33 268 dollars

En France, la Stratégie nationale pour la biodiversité (SNB) a identifié 43 services écosystémiques répartis en 3 catégories:

  1. services d’approvisionnement (biens produits par la nature): aliments, énergies fossiles, fibres textiles
  2. services de régulation: régulation du climat, diminution de la pollution de l’air et de l’eau, régulation des espèces nuisibles
  3. services à caractère social (biens immatériels que l’homme retire de la nature): plaisir à contempler la nature, qualité de l’environnement sonore, support pour le tourisme et le sport, source d’inspiration artistique

Sources:

- Livres de Yann Arthus-Bertrand: Home et La Biodiversité (Editions de La Martinière)

- INRA: L’impact des pollinisateurs sur la production des cultures (communiqué de presse du 24/10/2006), Dossier Abeilles et Environnement (résumé des interventions du 3 mars 2010)

- FAO: article Protéger les pollinisateurs (focus décembre 2005)

- Fertilisation, l’extraordinaire pouvoir des vers de terre, article de J.-M. POUPEAU (Biofil n°56, janvier-février 2008)

- Radio Canada: reportage L’eau potable de New-York (diffusé le 7 novembre 2009)

- Sagascience , magazine en ligne du CNRS (d’après les textes de conférence de François Tilquin, Les médicaments d’aujourd’hui et de demain sont dans la nature )

- CREDOC, Etude exploratoire pour une évaluation des services rendus par les écosystèmes en France (synthèse rapport 2009)

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