VHEMT: Mouvement pour l'extinction volontaire de l'espèce humaine

«Merci de cesser de procréer» tel est le slogan du VHEMT qui entend sauver la Nature en renonçant à l'espèce humaine.
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«S’il existait un interrupteur magique pour supprimer l’espèce humaine, appuieriez-vous dessus?» Telle est la question que l’on peut lire sur le site du VHEMT ( Voluntary Human Extinction Mouvement ), le Mouvement pour l’Extinction Volontaire de l’Humanité. Bien que ce nom fasse froid dans le dos, le VHEMT n’est pas un mouvement sectaire violent mais un courant de pensée nourri par des écologistes radicaux qui considèrent que l’unique moyen de sauver la planète du désastre écologique qui la menace est que chacun d’entre nous s’engage à ne plus faire d’enfant. Ainsi, l’espèce humaine s’éteindrait de façon naturelle et indolore, et la Nature pourrait reprendre ses droits.

Lester U. Knight , le porte-parole du mouvement

C’est un enseignement américain de Portland (Oregon, Etats-Unis), Les U. Knight qui a créé le mouvement en 1991. Outre la publication d’un périodique (These Exit Time) , ses idées se propagent essentiellement via un site internet auquel un millier de personnes se connecteraient régulièrement. Les U Knight (dont le nom sous-entend Let’s Unite , «Unissons-nous!») a lui-même subi une vasectomie pour être certain de ne pas ajouter de nouvel être humain à la planète.

Sacrifier l’ Homo sapiens pour sauver la faune et la flore

Les U. Knight prétend que la simple logique et un profond amour de la Vie suffisent pour aboutir à la conclusion que la Terre se porterait mieux sans l’espèce humaine. Il justifie ainsi cette affirmation: des millions d’espèces vivantes seront sauvées si l’ H omo sapiens venait à disparaître tandis que si l’Homme continue à se reproduire à ce rythme effréné tout en pillant les ressources, il éradiquera toute forme de vie sur Terre. «Nous sommes en train de voler le futur de toutes les autres espèces vivantes», déclare-t-il.

Il est scientifiquement reconnu que, depuis l’apparition de l’homme sur Terre et plus particulièrement depuis la révolution industrielle, le rythme de disparition des espèces s’est nettement accéléré. Il serait actuellement 1000 fois supérieur au rythme naturel d’extinction, selon l’Union internationale pour la conservation de la nature. Les causes sont multiples: déforestation, braconnage, pêche intensive, réchauffement climatique. Certains parlent d’extinction de l’Holocène pour désigner la 6e grande crise d’extinction massive, imputable à l’homme. L’UICN estime que la moitié des espèces que nous connaissons pourraient avoir disparu d’ici la fin de ce siècle.

La surpopulation mondiale

Le vhemt désigne la surpopulation comme un véritable fléau écologique. Il estime que les mesures habituellement prônées pour protéger l’environnement (économies d’énergie, recyclage, développement durable, protection des espèces menacées) sont insuffisantes tant que la population mondiale continuera à croître. Le fait de ne pas créer un nouvel être humain est considéré comme un geste écologique bien plus efficace. Aux yeux du VHEMT, un enfant non né représente une «épargne» de 72 années de recyclage, 50 années de conduite automobile, des tonnes de déchets et de pollution.

Le boom démographique auquel on assiste depuis la révolution industrielle s’explique principalement par les progrès de l’hygiène et de la médecine. Auparavant, les guerres, les famines et les épidémies jouaient le rôle de «régulateur» de la population mondiale. Heureusement, le VHEMT ne préconise ni le meurtre de masse ni le suicide collectif pour venir à bout de l’humanité. Le VHEMT entend ainsi se distinguer de mouvements agressifs tels l’Eglise d’Euthanasie ou le Front de Liberation de Gaïa qui poursuivent le même but que lui (sauver la planète en supprimant l’espèce humaine) mais par des moyens violents (incitation au suicide, propagation de virus qui décimerait l’humanité). La première lettre de VHEMT signifie «Voluntary», le mouvement insiste beaucoup sur cet aspect volontaire. Il ne prône aucune mesure contraignante pour parvenir à son but: seuls l’éducation et l’accès pour toute femme à un moyen de contraception ou, le cas échéant, à un avortement légal, sont préconisés.

Selon le VHEMT, il n’existe aucune raison valable «ni éthiquement ni écologiquement ni économiquement ni même égoïstement» de mettre un enfant au monde. Il ne s’agit pas de diaboliser les enfants en tant que tels: l’adoption est permise et même encouragée. Le vhemt prétend aimer les enfants mais ne pas leur souhaiter la venue dans un monde au bord de l'effondrement. «Condamner quelqu’un à vivre aujourd’hui, c’est comme louer des couchettes dans un bateau qui coule», déclare Les U. Knight.

Nina Paley, le choix de la provocation

Nina Paley, une dessinatrice américaine affiliée au mouvement, réalise de petits dessins animés à tendance «choc» dont l’un, The Stork , provoqua la colère de certains spectateurs dans les festivals où il fut diffusé. Dans ce court-métrage, on peut voir des cigognes portant un baluchon survoler une planète verdoyante, sorte de paradis terrestre antérieur à l’apparition de l’homme. Lorsque les cigognes ouvrent leur bec, les nouveau-nés se transforment en bombes, atomisant les animaux et détruisant les forêts.

La Terre sans l’homme

Le VHEMT prétend que l’extinction de l’espèce humaine permettrait à la Terre de retrouver sa splendeur originelle. Qu’en est-il réellement? Alan Weisman, un journaliste américain, a enquêté auprès des experts afin de décrire ce que deviendrait la Terre si l’espèce humaine venait à disparaître du jour au lendemain. Dans son livre The World Without Us , il décrit comment la nature «nettoierait» les traces de notre présence sur Terre plus rapidement que ce qu’on pourrait imaginer. Les canalisations, non entretenues, éclateraient au bout de quelques années dans les régions froides et tempérées. Les routes, fissurées par le gel, accueilleraient les graines des plantes. Les racines des arbres et le lierre s’attaqueraient aux bâtiments jusqu’à ce qu’ils s’effondrent. Progressivement, les grands mammifères coloniseraient les villes, comme cela a été observé dans la région désertée de Tchernobyl. Les seules espèces qui pâtiraient de notre disparition sont les espèces domestiques et les bactéries colonisant notre peau et nos intestins. Cependant les traces de la pollution humaine seraient tenaces: particules de plastique et radiations nucléaires seraient encore présentes 200 000 ans après notre disparition.

Le VHEMT, un mouvement dans l'air du temps?

L'éloge de la dénatalité n'est pas propre au VHEMT. De nombreux écologistes estiment que la décroissance économique doit impérativement s’accompagner d’une décroissance démographique, afin de préserver un équilibre entre les besoins de la population et les ressources naturelles disponibles. D’après le calcul du WWF, l’humanité aurait besoin au minimum de 2 planètes pour pouvoir survivre sur le mode de vie actuel (rapport Planète vivante 2008). Toutefois, ce chiffre ne prouve pas que nous sommes trop nombreux, mais plutôt que surpopulation et surconsommation ne sont pas compatibles.

De même l’idée que l’homme puisse éradiquer toute forme de vie sur Terre est peu probable. En effet, la biodiversité actuelle ne représente que 1% de toutes les espèces qui ont existé sur Terre depuis que la vie a vu le jour. Suite aux précédentes crises d’extinction, de nouvelles biodiversités ont émergé. En revanche, en détruisant la biodiversité actuelle, c’est sa propre survie que l’homme compromet.

En choisissant d'oeuvrer pour la Nature au détriment de l'homme, le VHEMT va à l’encontre de toute vision anthropocentrique de l’univers et, sans doute, pour cette raison, est condamné à demeurer un mouvement marginalisé.

Sources et documentation:

- site du VHEMT : www.vhemt.org

- Guy ADAMS, «Démographie Reproduction interdite», Le Courrier International , 23 avril 2007 (consulté sur www.courrierinternational.com )

- interview de Les U. Knight par Frederic AUDRAN ( www.laspirale.org )

- interview de Les U. Knight par Tucker CARLSON à l’émission « La situation » sur MSNBC, 2 décembre 2005 (consultée sur nonprocreationday.free.fr )

- blog de Nina Paley : blog.ninapaley.com (anglais)

- Michel TARRIER, Faire des enfants tue… la planète , LME, 2001

- Alan WEISMAN, Homo Disparitus (titre original : The World without us ), Flammarion, 2007

- Yann ARTHUS-BERTRAND, La Biodiversité , Ed. de La Martinière, 2010

- James LOVELOCK, La Terre est un être vivant-L’hypothèse Gaïa , Flammarion, 1993

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