2 days in New York

Julie Delpy revient en fanfare et en famille, 5 ans après son séjour à Paris, dans un même dispositif inversé.
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On pourrait penser que Julie Delpy a la dent dure avec ses compatriotes, mais c'est d'elle-même qu'elle tire le portrait. Il y a un peu du Sophie Calle dans sa démarche assumée, se prenant elle-même comme sujet, exorcisant ses angoisses. Elle fait le deuil de la disparition de sa maman en écrivant un nouveau scénario. La suite logique de ses précédentes chroniques : 2 days in Paris , dans lesquelles son personnage, Marion, présentait son boy friend Américain (Adam Golberg) à sa famille et ses copains, dans une hilarante mise en scène de clichés qui avaient le mérite d'être rafraîchissants tout en étant bien franchoulliards. Elle a en effet cette impudeur et en même temps cette spontanéité magnifique, filmant ses parents, jouant leur propre rôle en appuyant le trait, mais guère, comme elle l'avoue dans de nombreuses interviews.

Manhattan

On retrouve ce style très personnel à New-York, la spontanéité en moins, malheureusement. Cela sent un peu le réchauffé. Elle a quitté Adam Golberg pour Chris Rock rencontré au Village Voice. Toujours très arty, elle vend son âme pour quelques milliers de dollars, une oeuvre conceptuelle n'est-ce pas, à l'occasion du vernissage de son exposition. Pour l'occasion, débarque de France du reblochon plein les valises, le papa (Albert Delpy lui-même), la petite soeur (Alexia Landeau) plus timbrée qu'auparavant et son copain, enfin un ex de Marion à la trentaine douteuse, complètement has ben, pour ne pas dire débile profond. C'est vrai qu'elle l'a bien chargé celui-ci (Alexandre Nahon), mais un spécimen comme celui-ci, nous en avons tous rencontré un, au moins une fois dans notre vie, un type hyper cool, un guignol risible resté coincé dans les 70's.

Le dindon

Pour le reste, les dialogues fonctionnent bien. Les répliques fusent dans l'appartement new-yorkais comme sur la scène d'un vaudeville et son bordel de cacophonie joyeuse : l'interphone qui déconne, le franglais qui tourne court … Et pour ce pauvre Américain par nature plus "conventionnel", c'est un cauchemar d'exhibitionnisme et de grossièreté grivoise. C'est que selon Delpy le Français est resté un Gaulois barbare - bien que les Romains aient eu le bon goût de le civilisé un peu - en face duquel Chris Rock (star du stand up assez méconnu en France) incarne assez bien ce sentiment d'incompréhension profonde face aux us et coutumes de sa belle-famille - qu'il aime bien quand même, car Julie Delpy a le sens du happy end . Comme quoi il y a de l'espoir, le choc des cultures n'est pas qu'un océan de bruit.

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