A Dangerous method

Cinéaste du corps et de l'organique par excellence, Cronenberg explore les origines de la psychanalyse, en adaptant une pièce de Christopher Hampton
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Premières images : 1903, Zurich. Sabina Spielrein arrive à l'hôpital psychiatrique où elle semble être internée contre son gré. Elle hurle, gesticule et se débat violemment. Lorsque Carl Jung, jeune psychiatre interprété par Michael Fassbender, souhaite expérimenter sur elle une nouvelle méthode thérapeutique en lien avec la parole des patients, Sabina est saisie de violents spasmes qui la tordent tout entière, et déforment littéralement les traits de son visage. Keira Knightley nous joue là un vrai numéro d'actrice, en mode hyper expressif, version plus, plus, plus. Ceci dit, Sabina Spielrein est l'illustration parfaite des symptômes de l'hystérie. Elle sera sauvée par la psychanalyse comme il y en aura tant d'autres durant le 20ème siècle, et il est bon de le rappeler. Néanmoins son traitement en tant que patiente n'occupe pas le premier plan, car l'auteur a choisi d'articuler le récit sur sa liaison avec Carl Jung, ainsi que sur la relation que ce dernier entretenait avec le maître (son maître) de la psychanalyse, Sigmund Freud (Viggo Mortensen).

Faux-semblants

Ainsi la patiente devient donc conjointement l'assistante du docteur Jung (il faut souligner l'aspect encore expérimental du début de siècle) car à son tour elle entame des étude de psychiatrie, dont il est en quelque sorte le directeur de recherche. Cependant elle demeurera en premier lieu sa patiente, et fatalement le désir libéré de Sabina la conduira à lui faire des avances sans équivoque. La déontologie interdit à Jung de céder, si celui-ci ne s'occupait du cas " Otto Gross " (également patient - chercheur). Ce dernier, jouisseur intellectuel (Vincent Cassel) prône la libération sans condition de la pulsion sexuelle et fait fi du cadre quel qu'il soit. Ainsi les nouveaux amants vont entretenir une relation totale et passionnante, dont l'influence de la jeune femme devenue une brillante psychiatre est déterminante. Elle est assez éloignée des considérations et barrières bourgeoises de son amant qui est marié à une richissime" aryenne" (Sarah Gadon, blonde et vêtue de blanc), le mettant ainsi à l'abri des contingences matérielles. Un train de vie auquel il s'habitue manifestement. A la table de Freud, il se servira plutôt deux fois qu'une, alors que celui-ci, père d'une famille nombreuse compte un peu plus qu'il n'y parait.

M. Butterfly

Sabina Spielrein à travers son propre conflit (jeune femme née à la fin du 19ème, écartelée entre désir sexuel et idéal de pureté), sera à l'origine du concept "de pulsion de mort", gros morceau de la théorie freudienne. La talentueuse jeune femme accouchera aussi de la théorie estampillée Jung de l'" anima - animus" , lequel souhaite s'affranchir de la toute puissance de Maître Freud qui mènera après moult rencontres et conversations épistolaires à la rupture totale.

In fine , Il est émouvant d'entendre Jung avouer à sa maîtresse qu'elle a été son " grand amour ", tant elle l'aura influencé tout au long de son existence. Et pourtant, il ne la citera nulle part. Aucun de ses ouvrages ne mentionne le nom de Sabina Spielrein.

Carl Jung, de nationalité suisse - allemande lui survivra. Elle sera fusillée par les nazis car elle était juive, tout comme Freud, lequel choisira de s'exiler à Londres. Lui non plus ne la mentionne pas ou peu dans ses travaux. L'histoire est écrite par les vainqueurs, n'est-ce pas ? C'était sans compter David Cronenberg et Christopher Hampton.

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