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BARBARA ALOTTO

Publié dans : Les articles Culture de Barbara Alotto

A la merveille

Terrence Malick qui n'aura jamais été aussi prolixe, s'émerveille de la Création, de l'aura spirituelle de la nature. Une épiphanie.

C'est vrai que c'est joli comme titre A la merveille. Oui très joli, d'autant que merveille en verlan ça donne vermeil, ce qui est à la fois un métal précieux fait d'or et d'argent et la couleur rouge d'une nuance vive. Cela évoque à merveille le cinéma de Terrence Malick : un matériau noble, illuminé par les vibrations du soleil, entièrement dévoué à la célébration de la vie.

Un homme et une femme

C'était pas la peine de se rendre à l'Abbaye du mont St Michel pour justifier ce titre, car les images qu'il en fait ressemblent à des clichés de carte postale. Des chabadabada vus et revus sur les plages de Normandie, depuis Claude Lelouch. Ceci dit on peut jouer toute la vie comme le font les enfants, avec le ressac puisque c'est à chaque fois une nouvelle vague, un mouvement perpétuel identique mais jamais le même. Il aime beaucoup cela, le mouvement perpétuel surtout quand c'est toujours le même. Il ne s'en lasse pas, surtout quand c'est la belle Olga Kurylenko qui est cadrée dans toutes les postions : couchée, debout, accroupie, rampante, de tous les points de vue: de face, de profil mais surtout de dos, avançant dans les jardins fleuris d'un pas sautillant, buvant à même les bourgeons des perles de pluie, s'émerveillant des champs de blé à perte de vue. Inlassablement et cela semble durer des années lumières. Ils sont amoureux avec Ben Affleck, Ils batifolent à Paris, font des ronds dans l'eau, ils s'aiment passionnément d'un amour charnel, ils voudraient que cela dure toujours. Malick cherche l'état de grâce filmé dans la nature. A l'image ce sont des silhouettes muettes que Malick caresse avec sa caméra. Des silhouettes si peu incarnées, qu'il est même difficile parfois de reconnaître Ben Affleck. En off, elle évoque son amour en français, elle accumule les vérités, comme des Je t'aime, à l'instar de Rachel Mc Adams qui lit l'Epître aux Romains, pour se consoler de la perte de son enfant. C'est vrai qu'il y a Dieu en Amérique, où la bible a trouvé sa place, rangée dans toutes les tables de nuit. D'ailleurs dans le film Javier Bardem joue un prêtre qui doute parce qu'il est humain après tout. Alors quand il voit la souffrance, la misère partout, les maisons abandonnées après la crise des subprimes, il se désole de l'action des hommes car Dieu est en chaque homme.

Eyes wide shut

C'est marrant de retrouver toutes ces similitudes dans la mise en scène avec son précédent The Tree of Life : le récit parcellaire, éclaté au montage. Des fragments de vie. Le désir de ne montrer que cet entre-soi à la fois intime et universelle. Les instants gracieux de l'existence et leurs sombres corollaires car ils tracent des segments sans limites, comme un ciel immense, un puits sans fond. Mais ce sont des idées qu'il jette en l'air. Terrence Malick avait précédemment réussi à rendre palpable les pensées de ses personnages. C'était prodigieux et très émouvant ce qu'il parvenait à exprimer de l'humain. Malheureusement ici, elles retombent à plat, éparpillées, sans consistance. On ne voit que l'addition d'images, toujours les même de différents points de vue - Un joli book pour Olga Kurylenko - montées sur de la musique savante bien sûr, car comme disait Stanley Kubrick : " Pourquoi s'embêter à composer une musique originale, alors qu'il existe déjà tant de belles oeuvres. " Enfin Kubrick n'a jamais fait dans son cinéma l'économie d'un propos. A la merveille ne dit presque rien et s'en est même inquiétant. C'est à croire que Malick est plus à l'aise avec l'enfance, un monde qu'il n'aurait jamais souhaité quitter et envisage celui des adultes comme un compromis très ennuyeux fait de bassesses et de faux-semblants. L'homme conscient de sa finitude, n'a pas d'autres choix que de chercher dans l'Amour des instants d'éternité." L'amour t'aime " nous dit-il. Merci bien, mais à la longue c'est pénible cette impression d'être à la messe où St Anselme nous ferait la démonstration de l'existence de Dieu.

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