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BARBARA ALOTTO

Publié dans : Les articles Culture de Barbara Alotto

Passion

Sexe, mensonge et vidéo : Brian de Palma réalise un thriller un peu délirant en adaptant Crime d'amour d'Alain Corneau.

Il convient de rappeler brièvement l'argument : Plusieurs protagonistes, s'affrontent dans les bureaux aseptisés d'une multinationale. Christine (Kristin Scott Thomas), beauté glaciale, joue de son ascendant sur la jeune Isabelle (Ludivine Sagnier) qui l'admire.

Crime d'amour

Dans les deux films, même ouverture sur une séance de travail chargée d'érotisme ambigu entre les deux femmes. A peu de mots près, même dialogue mi-figue-mi raison et pourtant c'est la version de Kristin Scott Thomas qui est la plus diabolique. Elle incarne merveilleusement l'ambivalence perverse, quand ses réflexions cinglantes annulent d'un revers de main son apparente cordialité. Le phrasé, le rythme, le regard sont d'une précision redoutable et plante le décor immédiatement. Il est d'ailleurs étonnant qu'une telle actrice n'est pas été encore reconnue solennellement en France, par la profession. Mais passons. Chez Brian de Palma, les actrices sont des archétypes, des créatures sublimes. La blonde, Rachel Mc Adams évoque celle chère à Hitchkock, qui devient sous le regard de De Palma tout à fait artificielle. Une marionnette chargée de remplir son rôle. C'est elle Christine, la directrice de la filiale allemande d'une multinationale, qui pour conserver son rang, n'hésite pas à phagocyter sa jeune favorite, interprétée par Noomi Rapace. Isabelle est brillante, le genre joueuse d'échec qui a toujours à l'esprit trois coup d'avance. Tant et si bien qu'elle ne tarde pas à prendre de l'avance sur sa supérieure hiérarchique, qui va lui rappeler derechef qui est le chef.

Mulholland drive

C'est à ce moment que Passion quitte définitivement le giron d'Alain Corneau. En intégrant dans l'l'histoire une troisième collaboratrice (rousse et toute dévouée à Isabelle), Brian de Palma créé un ruban de Moebius, dont la fin rejoint le début en une circularité infinie. Dans le dernier tiers du film, il précipite le récit de rebondissements en climax rocambolesque, travaillant le suspens à l'ancienne, Hitchkock toujours. Sa mise en scène superbe toute de caméras subjectives est bien connue. Aussi, ses points vue multiples frisent encore une fois l'exercice de style. La façon dont il use des nouveaux médias toujours pour servir son thème de prédilection, c'est à dire le " regard ", date cependant. Screen-split, regard caméra qui semble nous dire : " Big brother te regarde ", le post-maniérisme est à son comble. Même la séquence de danse qu'il choisit évoque esthétiquement les années 80, la lumière aussi. Pourtant en considérant son parti pris et la schizophrénie des personnages, c'est à l'érotisme morbide de Mulholland drive que l'on songe aussi (du moins pour ce qui concerne la relation d'Isabelle et Christine) et cela lui confère une dimension qui va au-delà du thriller. Nous restons de ce point de vue sur notre faim, car préoccupé par son " Action ", Brian de Palma se contente de coups de théâtre souvent tirés par les cheveux. Ceci dit cela est plus jubilatoire que le montage d'Alain Corneau où le spectateur a toujours trois longueur d'avance sur les personnages, et le flash-back en noir et blanc n'y pourra rien changer. Néanmoins il y a parfois chez Alain Cornau beaucoup d'élégance dans la mise en scène, au demeurant très classique. Il est d'ailleurs inouï de se dire, que kazuko joué au saxo dans une courte séquence, parvient à créer cette ambiance à la beauté si particulière, propre au film noir, et raconte mieux les liens troubles qui circulent entre les personnages, qu'une longue et vaine démonstration.

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