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BARBARA ALOTTO

Publié dans : Les articles Culture de Barbara Alotto

Perfect mothers

Avec cette adaptation des grand-mères de Doris Lessing, Anne Fontaine jette un nouveau pavé dans la mare car cela est bien plus qu'une histoire de cougars.

C'est vrai qu'elle parvient toujours à se faire remarquer dans le florilège étourdissant des sortis hebdomadaires où il est parfois difficile de se frayer un chemin. Elle crée la polémique presque à chaque fois avec ses sujets de prédilection, de préférence sulfureux. Anne Fontaine s'applique à ouvrir la boîte de Pandore. Pour son précédent Nettoyage à sec, elle avouait sans complexe :" Je me demande toujours ce qui gît, tapi dans l'ombre, derrière les rideaux des petits pavillons de province. Que se passe-il derrière cette apparente simplicité ?"

Sea, sex & surf

Exit le quotidien d'une petite blanchisserie de province, l'action de Perfect mothers se situe sous le soleil d'Australie. Un littoral paradisiaque où les hommes sont des demi-dieux qui pratiquent le surf tous les jours, et les femmes des créatures célestes, sur lesquelles le temps n'a de prise. Ce petit monde est très agréable à regarder dans une première partie aussi insipide que superficielle. Deux mères (des amies d'enfance) et leurs fils respectifs - de grands et beaux gaillards - d'une vingtaine d'années vivent en quasi autarcie. Leurs maisons ressemblent à celles des magazines de déco chic et les personnages sont incarnés par des gravures de modes. Il faut noter au passage que le directeur de casting semble avoir mis un pont d'honneur à ce que la filiation paraisse vraisemblable. Néanmoins il fallait bien ça pour rendre compte de cet environnement d'emblée endogame, où chacun semble être le miroir idéalisé de l'autre. Les maris ont été evincé in extremis. L'un est décédé et l'autre est muté à Sydney dans une parfaite indifférence. Les liens qui l'unisse à son épouse (Robin Wright) ne semblent dépendre que de son bon vouloir à elle. Il faut voir comme elle esquive les reproches qu'il lui fait :" Tu refuses de me suivre à Sydney car tu ne veux pas quitter Lil (Naomi Watts), c'est avec elle que tu partage ta vie." Anne Fontaine - aidée de Christopher Hampton aux dialogues - joue assez habilement de cette ambiguité entre les deux femmes. Une ambiguité qui se révèle être un véritable ressort dramatique dans cet imbroglio des transgressions, qui donne lieu à de savoureuses séquences (comme celle où Roz congédie elle même le prétendant de Lil).

Le souffle au coeur

Lorsque Ian (Xavier Samuel), le fils de Lil devient l'amant de Roz, il n'y a rien de très choquant à cela. Ce n'est pas le premier jeune homme qui tombe amoureux de "la belle amie de maman". Mais comme pour préserver l'équilibre précieux de ce paradis originel, de leur côté Lil et Tom (James Frecheville) franchissent à leur tour le rubicon dans une symétrie parfaitement complice. Au début c'est le malaise, un sentiment de culpabilité affleure mais la tentation est trop grande, trop facile et Ian est très épris de Roz. Il ne souhaite pas interrompre cette liaison. A ce moment la vision de ces deux couples au carré (nous ne savons plus très bien combien il y en a) en parfaite symbiose provoque un trouble d'irréalité, à l'image de cet environnement paradisiaque lisse et sans aspérité. Un microcosme revenu à l'état de nature, isolé sur une plage déserte à l'écart de la société des hommes, sans confrontation avec un regard extérieur qui agirait comme un principe de réalité. L'idylle va durer deux ans et nous nous demandons comment cela est possible. Mais la question est stérile, puisque cela va de soi. La chose est simple et nul besoin de se crever les yeux, car l'inceste est habilement déplacé. Lorsque Roz rompre le charme afin que les fils convolent en justes noces, les épouses respectives ne tardent pas à découvrir le parjure, car Lil et Tom ont continué à l'insu de tous, leur coupable relation. Mais laquelle de ces relations est-elle coupable ? Le récit a cette qualité majeur, de montrer comment un désir interdit peut en cacher un autre. La dernière réplique de Roz lors d'une ultime scène de repentir est tout à fait édifiante et Robin Wright qui est décidément trop rare sur les écrans n'en demeure pas moins captivante.

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