Carnage

Roman Polanski jongle encore une fois avec les circonstances en adaptant une pièce de théâtre de Yasmina Reza.
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Comment passe-t-on du très cordial : " En tout cas nous vous remercions d'être venus, on ne gagne rien à s'installer dans une logique passionnelle (..) à : Partons ! Qu'est-ce qu'on fait encore dans cette baraque ? C'est le pire jour de ma vie. "

C'est ce que tente de décortiquer et en temps réel Roman Polanski et Yasmina Reza, dans ce nouveau huis clos mis en scène comme du théâtre filmé et servi heureusement par un casing d'enfer : Jodie Foster, Kate Winslet, Christoph Waltz et John C.Reilly, emmenés par une belle direction d'acteurs.

Rosemary's baby

Après que deux adolescents se soient violemment bagarrés, les parents respectifs se rencontrent pour discuter et régler le litige. Entre gens civilisés, ils trouvent un accord, se saluent respectueusement sur le palier mais finalement, ils reprendront une part de clafoutis. Assez rapidement derrière une politesse d'usage, des susceptibilités affleurent, car peu à peu l'outrage de leurs progénitures va être le détonateur d'un feu d'artifice de frustrations contenues, provoqué par l'hypocrisie culpabilisante de " la bonne conscience incarnée, " la maîtresse de maison, Pénélope ( Jodie Foster). Un symptôme aisément transposable de Paris (où s'origine la pièce écrite en Français) à Brooklyn, dans le terreau américain où Polanski a finalement situé le lieu de l'action.

Nous disions donc, deux couples un rien caricatural et une bombe à retardement, incarnée par Kate Winslet (excellente comme toujours) et matérialisée en une " gerbe " incroyable, jaillissant tel un geyser de ses entrailles malades, et vlan !! le clafoutis aux poires et pommes intégralement restitué sur les livres d'Art de Pénélope. On se demande encore comment a été réalisé l'effet spécial. Néanmoins ce prodige se devait d'être spectaculaire car c'est à ce moment précisément, que l'on cesse de faire bonne figure et ainsi les masques tombent. La réunion vire au cauchemar : " On a voulu être sympathiques, on a acheté des tulipes, ma femme m'a déguisé en type de gauche, mais la vérité est que je n'ai aucun self control, je suis un caractériel pur ."

Le dieu du carnage

Les dés sont jetés, les adultes civilisés vont pouvoir s'écorchés les uns les autres. A la faveur d'un whisky de 18 ans d'âge, des renversements d'alliance apparaissent et circulent au gré des circonstances. De façon un peu caricaturale, sous les sarcasmes de leurs maris, les femmes vont sombrer dans une hystérie allant crescendo jusqu'au point de non-retour.

Pénélope à Michael : " tais toi ! J'exècre cette connivence minable !"

Nancy : " Arrêtez de pleurer vous voyez bien que ça le galvanise."

Alan : "Un petit coup de gnôle et hop, le vrai visage apparait !! Pénélope, vous écrivez un livre sur le Darfour, mais c'est pour vous donner bonne conscience. Est-ce qu'on s'intéresse à autre chose qu'à soi-même ? "

Le dieu du carnage s'est incarné en la personne de Christoph Waltz (Alan). Un avocat d'affaires qui affiche un cynisme totalement décomplexé, derrière un sourire railleur. Il ne se laisse jamais déborder et ne manque pas une occasion d'envenimer la situation. Il reprend du clafoutis, un verre de cet excellent whisky tout en restant pendu à son téléphone portable, car il sait jouir de ce qui lui est offert.

Alan à Pénélope : " J'ai vu votre amie Jane Fonda l'autre jour à la télé, j'étais à deux doigts d'acheter un poster de Ku Klux Klan … Vous faites partie de la même catégorie de femme, des femmes solutionnantes (…) Ce n'est pas ce que l'on aime chez les femmes (…) les gardiennes du monde nous rebutent.

Dommage que les traits des personnages ne dépassent pas la caricature, car le projet s'annonçait jubilatoire. Néanmoins certains moments sont hilarants, acerbes, allégés quand même par une dérision toute Polanskienne. Nous n'attendions pas moins car la mesquinerie sous le vernis du politiquement correct de tout à chacun, a encore de beaux jours devant elle. Mais dans le récit quelque chose de statique ennui. Les allers retours vers l'ascenseur, systématiques. Nous voyons la mécanique des situations, une certaine pauvreté du scénario.

Roman Polanski et Yasmina Reza l'ont écris lors de la captivité de ce dernier dans son chalet en Suisse. Apparait encore le rapport de Polanski au huis clos, à l'enfermement … Alors on se dit que c'est peut-être en soi, un objet ironique, une façon d'en sortir.

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