Chez Gino

Samuel Benchetrit, qui a toujours rêvé d'être un Italien, s'est sans doute bien marré avec ses compères, sur le tournage de son troisième film. Tant mieux.

L'intention est bonne, généreuse et c'est vrai qu'on en voit peu des films comme celui-ci. Durant sa promo, Samuel Benchetrit a bien rappelé son amour du cinéma italien et a conçu son film en pensant à Dino Risi, Ettore Scola, mais aussi Coppola et c'est là que ça se complique. Pour se faire, il n'a pas hésité à reformer son équipe de bras cassés, celle de son précédent, J'ai toujours rêvé d'être un gangster : des couples de loosers penauds et interdits à chaque fois qu'il s'agit de prendre une initiative - même gros plans sur leurs doux visages d'ahuris. In fine , bien plus que le cinéma italien, nous pensons que c'est là son vrai sujet car même les mafieux redoutables de la "camorra" paraissent sympathiques chez Benchetrit. C'est vrai, n'oublions pas que nous sommes dans une comédie.

Il était une fois la pizza

L'histoire, un prétexte bien sûr (comme dans Janis & John , un vague canevas d'escroquerie), comme le serait le livret d'un opéra pour faire de la belle musique. Sauf que Samuel Benchetrit n'a jamais aussi mal filmé. En plus, vu qu'il interprète lui-même, dans le film, un réalisateur à la ramasse, on voit donc presque toute l'histoire à travers le corps maladroit et mou, de ce metteur en scène nul. Ce qui est déjà éprouvant. Mais pour ne rien gâcher, ses sketches - qui ont pu être réussi dans ses autres films et cela demeure un mystère - ne fonctionnent pas - peu ou pas écris, mauvais timing - et du coup ne sont pas drôles, ceci dit, le récit tout entier souffre d'un sérieux problème de rythme, sûrement parce qu'il ne choisi jamais vraiment le ton de la scène qu'il tourne. Alors le temps est long, très long, car on ne voit qu'un pastiche à la manière de les nuls (auto-dérision en crescendo), et qui se voudrait dans sa forme, un hommage au cinéma Italien en général, avec rupture permanente et indécise de ton, et des références qu'il n'hésite pas à citer. En somme un truc assez foutraque et innommable. Le second problème - et cela l'auteur ne peut feindre de l'ignorer - est que si on ôte la satire grinçante (l'enjeu dramatique) d' Affreux, sales et méchants - pour ne pas le citer - il ne reste rien, c'est sans intérêt.

Les Monstres

Par ailleurs, Samuel Benchetrit fait du cinéma d'Acteur. Il ne néglige jamais son casting toujours prestigieux, soit. José Garcia (à l'italien impeccable), est la pierre angulaire et remplit l'espace. Mais ce n'est malheureusement pas suffisant pour sauver la casse. Quant à Anna Mouglalis - une femme sous influence - elle semble hésiter entre Gena Rowlands, l'expressionnisme (allemand) des " muets " d'antan et la publicité pour la banque LCL - pour ne pas la citer. Une palette un peu riche, pour un rôle qui ne l'est pas. Et le malaise persiste devant une comédienne qui, secouée de spasmes, ne cesse de gesticuler vainement dans l'espoir de plaire à son cher et tendre réalisateur - comme dans le film - ah! vertige de la mise en abyme.

Enfin, tout ça est donc assez mal dégrossi et nous avons irrésistiblement envi de crier : "Remboursez !!!" L'enjeu était-il trop important, et voué à l'échec ? Car peut-être, le cinéma italien de nos parents n'a pas besoin des jeunes réalisateurs pour exister. Les rétrospectives programmées régulièrement dans certaines salles, font cela très bien.

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