Cloclo de Florent Emilio-Siri

Un film sur la vie de Claude François trouve son public bien avant sa sortie mais contre toute attente son succès relève de véritables qualités intrinsèques

Voilà l'ultime biopic d'une vedette nationale, celle des années Drucker, qui ne sont pas finies d'ailleurs, pour cela il suffit d'évaluer l'âge moyen des spectateurs dans la salle. Les mêmes qui devant leur télé le dimanche après-midi regrettent aujourd'hui cette belle époque. Les baby-boomers pour lesquels l'insouciance, l'argent et le plein emploi formaient la sainte-trinité de la croissance économique. Claude François a des étoiles pleins les yeux et des rêves de gloire pleins la tête. A ce sujet le film apporte bien des éclairages, et livre un récit habile et pas inintéressant.

Alexandrie Alexandra

Née en Egypte, on voit immédiatement qu'il en a puisé l'énergie, la transe, les percussions entêtantes, la danse extatique. Son père autoritaire a tout perdu lorsque le canal de Suez fut nationalisé. Rapatrié à Monaco, c'est là que tout commence pour Cloclo qui sera renié par papa, lequel ne veut pas d'un fils saltimbanque. La maman, une joueuse éhontée, claque la moindre économie au casino. Le fils renferme donc, cette double angoisse de manque et d'insatisfaction obsessionnelle, dont l'ambition opiniâtre jamais assouvie ne connait pas de limite. Il comprend bien le sens du mot carrière Cloclo et sait investir, mais il va connaître quelques humiliations avant de percer la voie lactée. Il ne lâchera pas et à force de travail acharné enregistrera son premier succès qui ne l'abandonnera plus jamais. Le chanteur à " minettes " a aussi le génie du marketing : pub, journal, agence de mannequin (son piège à fille comme il la nomme très justement), il en exploite tous les rouages afin de construire son image de toute pièce, mais parvient difficilement cependant, à apaiser ses angoisses " d'abandon ". Les femmes se succèdent et le quittent presque toutes, après qu'il les ait manipulé, comme il le fait avec ses fans par ailleurs. Néanmoins il tient de sa " mama " italienne et de ses origines orientales le sens de la famille, une certaine générosité (façon Elvis Presley) et le bon goût pour la Motown. Il a l'oeil aussi, et sait reproduire ce qu'il voit. Voir de ce point vu le passage du concert d'Otis Reading, suivi de l'excellente séquence de télé du titre Reste, dans laquelle il s'entoure pour la première fois de ses clodettes .

Le mal aimé

Jérémie Régnier fait globalement un magnifique travail d'imitation. Nous arrivons à jauger cette personnalité qui savait elle-même renifler l'air du temps, tirer profit de n'importe quelle situation et s'offrir le moindre de ses caprices, comme de se faire écrire des textes par Etienne Roda-gil, qui ne joue manifestement pas tout à fait dans la même cour que lui. Un enjeu majeur du récit de Florent Emilo-Siri est de rendre aimable ce personnage pourtant imbuvable parce que trop conscient de ce qu'il est et de ce qu'il ne sera jamais. De ce fait nous partageons son émotion et sa fierté lorsque Sinatra, son idole, chante My way, copie sublimée (qu'il interprétera laborieusement lui même) de son Comme d'habitude, la chanson la plus connue au monde et cela aussi, nous l'apprenons. Enfin la séquence de la malheureuse douche et de l'ultime disjonctage est également très bien vue. Une fin connue et prévisible dans le film et à l'image de la vie de Claude François : nerveuse, fulgurante et d'une maniaquerie maladive.

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