David et Madame Hansen ou l'amnésie d'Adjani en Lamborghini

Alexandre Astier, auteur à succès de la série Kaamelott s'essaye au cinéma, en se mettant en scène au côté d'Isabelle Adjani.

Pourtant il ne doute de rien, Alexandre Astier. De sa rencontre avec l'actrice au bar de l'hôtel Meurice, il avoue que cela l'a contrarié d'avoir été intimidé, car rien ni personne ne l'intimide. Soit, ce doit être un challenge très excitant de diriger la star Adjani. Dans le film il est un ergothérapeute (au fait c'est le héros), qui ne se laisse pas désarçonner par une richissime patiente atteinte d'amnésie. Gros plan sur son visage sidéré, froncement de sourcils, la première réplique d'Adjani donne le ton, mais nous n'avons encore rien entendu. La nullité des dialogues est à son comble, lorsqu'il s'adresse à sa femme, interprétée par Julie-Anne Roth également sidérée. C'est un symptôme. Le sérieux de la conversation d'une vacuité déconcertante frise le ridicule. Tout ce temps passé à dire si peu de choses entre la viande sous vide et l'anniversaire du frangin, est tout simplement horripilant. Le problème c'est qu'Alexandre Astier envisage une séquence de cinéma comme une saynète de série télé. C'est vrai qu'il est maître en la matière, encore qu'il faille apprécier l'esprit  Kaamelott , qui nage ici entre deux eaux, d'où cette impression d'être toujours à côté de la plaque quand il s'agit de prendre le sujet à bras le corps.

Camelote

Le pompon c'est quand même l'argument. Quel est-il au juste : La médecine traditionnelle est bien incapable de venir à bout de " la maladie " qu'elle traite à coups de pilules. Hum, démago en plein, merci, on connait la chanson. C'est vrai que si les ergothérapeutes faisaient le boulot des neurologues et des psychiatres, comme le pense avec tant de conviction Alexandre Astier, le monde se porterait beaucoup mieux. Ceci dit la question de la prise charge des patients mérite d'être posée, de façon à ouvrir la discussion sur certains protocoles. Mais c'est justement ce qu'il ne fait pas. A la place, il se contente d'agiter ses marottes d'artiste " super créatif ", en attendant que le miracle advienne. La solution surréaliste qu'il propose, dont l'efficacité avérée laisse songeur, ne tient pas la route non plus d'un point vue narratif. Le récit de cinéma a d'autres exigences que la seule pertinence des petits détails qui font sens et dont il raffole manifestement. C'est marrant, cela évoque parfois La maison du Docteur   Edwards d'Hitchcock : La cicatrice sur la joue, la vitesse, les cheveux blancs, autant de choses insignifiantes, si le récit, de préférence vraisemblable dans son articulation, n'est pas entré en connivence avec le spectateur. Malheureusement le miracle n'advient pas. La confusion des genres est trop grande. Nous restons à la porte du temple, sans empathie pour ces personnages sans épaisseur, qui semblent agir tels des marionnettes, par la seule volonté du grand ordonnateur. Avec ce premier film à la proposition à peine caricaturale, Alexandre Astier qui n'a jamais quitté la table ronde, prétend avoir trouvé le Saint Graal, dommage qu'il soit en toc.

Le bal des actrices

Nous allons aussi au cinéma pour voir les acteurs et les actrices. Nous aimons voir Adjani hier et aujourd'hui. C'est étrange cependant que l'on attende si peu d'elle à présent (à part La journée de la jupe  en 2008). Avec ses répliques toutes faites qui se veulent cinglantes et sa voix de petite fille perdue dans la foule, elle n'y croit plus. Elle n'a donc rien d'autre à incarner que des personnages qui ont tout perdu sauf la raison ? Encore qu'il y ait eu par le passé, de la vérité dans son jeu. Mais à présent cela ressemble à une farce, un ersatz d'elle même, qu'elle a quand même l'intelligence de moquer en interview, quand on lui demande inlassablement de déclamer ses répliques "cultes". C'est à croire que depuis trente ans rien n'a bougé, que le temps s'est arrêté. Alors, quand lui offrira-t-on un personnage à sa mesure ? Pas un rôle écrit pour elle, mais un vrai travail de composition où elle serait avocat d'affaires, épouse ou mère de famille, amoureuse d'une prostituée lesbienne. Un rôle qui exige un corps et non une présence désincarnée, un spectre d'hier qui ne nous intéresse guère aujourd'hui. A moins que le cinéma français n'ait que La soupe aux choux à lui proposer. Dans ce cas il n'y a plus d'espoir.

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