De rouille et d'os

Jacque Audiard en sélection officielle au festival de Cannes, s'est inspiré pour ce nouveau film des nouvelles de l'auteur américain, Craig Davidson.
19

Il part déjà favori, en tête de liste du prochain palmarès cannois au côté d'Haneke, quelle surprise. Ces deux là sont vraiment les frères ennemis, les compétiteurs préférés des festivals européens et internationaux, d'où ils repartent les bras chargés des prix les plus prestigieux, laissant aux autres le soin de se partager les miettes, notamment Audiard lors des césars (neuf statuettes pour Un prophète ).

Avec De rouille et d'os , il crée un nouveau couple d'outsiders, des handicapés en tout genre qui trouveront le moyen de compenser les pièces manquantes, en s'associant, tout en restant à la marge. Comme dans le précédent Sur mes lèvres (avec les excellents Vincent Cassel et Emmanuelle Devos) , qui était remarquable à bien des égards, et fonctionnait très bien de ce point de vue.

Emmenez-moi

Antibes la nuit, Stéphanie rencontre Ali en discothèque (dont il assure la sécurité), alors qu'elle se fait agresser par un type. C'est ce qui arrive quand une fille sort en mini-jupe, selon Ali. Il lui laisse son numéro, alors qu'il la raccompagne chez elle, car il a de la suite dans les idées, tout de même. Plus tard, Stéphanie qui est dresseuse d'orque sera victime d'un grave accident, qui la laissera dans un triste état, amputée des membres inférieurs. Elle va alors se souvenir d'Ali et lui passer un petit coup de fil. Fidèle au principe cité plus haut, ils vont trouver ensemble " prothèse à leur pied ".

A part ça, on ne sait pas bien où veut en venir Audiard, avec cette histoire qui n'aura malheureusement pas la palme du scénario, pour le moins classique : exposition - problème - résolution - climax - dénouement en un happy end monté comme un clip, le tout traversé d'un petit pamphlet politique, prétexte et sans consistance.

Aussi Audiard ne manque jamais d'affubler "ses héros", d'un contexte social "poissard". Ali maltraite son fils et sa soeur qui est caissière dans un supermarché (interprétée idéalement par Corinne Masiero), n'est en effet pas très éloquente - car une caissière est limite analphabète, voyez-vous. Il faut voir comme il enfonce le clou au cas où nous n'aurions pas bien compris, dans une réplique d'anthologie lorsqu'il lui présente Stéphanie : " … elle se sent caissière avec toi ".

Ensemble c'est tout

Concernant la mise en scène, il est consternant de voir qu'un cinéaste de ce gabarit se sente obliger d'appuyer le trait en saturant ses images de musique. Surtout quand celle-ci, mielleuse, semble empruntée à la série Grey's anatomy, (la séquence des poubelles du TGV, etc). Il ne sollicite pas vraiment le discernement du spectateur, pour juger de l'enjeu de séquences, dont le propos d'une infinie platitude, n'exprime rien d'autre que ce qu'il montre. A l'image d'Ali, qui est "opé" (une autre réplique qui va sans doute devenir " culte "). La séquence de l'accident du Marinland démarre plutôt bien. Hyper réaliste, un vrai show à l'américaine, spectaculaire. P om-pom girls et chorégraphie de mammifères marins sur une musique de Katy Perry, une ambiance du " feu de dieu " ! Puis, à la faveur d'un ralenti, bruit la menace du carnage à venir du fond de la piscine. L'accident est bel et bien annoncé, il nous suffit d'en apprécier la beauté. Pourquoi pas, la séquence est belle. D'autres sont réussies également, portées par la présence des acteurs qui sont le plus souvent bien incarnés, naturels, terriens. C'est ce qui est appréciable dans le cinéma de Jacques Audiard.

Il a visiblement de la tendresse pour son personnage masculin, qu'il a souhaité de prime abord brutal, comme ça, il a la possibilité d'évoluer (un scénario d'enfer comme nous l'avons dit). Il prend visiblement, un certain plaisir à filmer le grand corps baraqué d'Ali le boxeur (Matthias Schoenaerts), qui laisse Stéphanie complètement pantoise, devant la ferveur de son homme au combat. Les inconditionnels en auront pour leur argent de séances de" castagne" bien musclées, pour ça pas de problème. En revanche, nous ne sommes pas convaincus par la rédemption de ces personnages, et ne voyons pas le miracle advenir. Le trajet d'Ali vers son intériorité révélée sonne complètement artificielle. Idem pour Stéphanie (interprétée par Marion Cotillard) dont il se contente de filmer le corps mutilé, rampant sur le carrelage, ou alors fracassant un type en boîte de nuit (c'est un symptôme). Audiard qui est allusif, n'est en réalité pas très intéressé par son sujet. Il reste à la surface des choses tout en conduisant le récit droit au but. De notre point de vue c'est un peu court.

Lien vers la Palme d'or de Michael Haneke : http://suite101.fr/article/le-ruban-blanc-a2131

Sur le même sujet