Démineurs (The Hurt locker)

Quand une femme regarde les hommes. Il faut découvrir grâce à l'édition DVD, le dernier film de Kathryn Bigelow injustement méconnu.
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Passé complètement inaperçu à sa sortie (surtout en France), Démineurs est un bide commercial.

Il a fait, à peine plus de millions d'entrées qu'il n'a coûté de dollars pour sa production. Ce qui en soi est un assez bon équilibre. Mais ce qui a permis à Démineurs d'être vu un peu plus que le box office ne le laissait présager, c'est le renversement qu'il a opéré à la cérémonie des Oscars, en remportant les plus prestigieuses statuettes, dont celle du meilleur réalisateur, que Kathryn bigelow a raflé au grand favoris James Cameron et son Avatar .

Retournement symbolique

On ne soupçonne jamais à quel point, nous sommes formatés par le sacro-saint canevas narratif hollywoodien en mode ternaire lorsqu'il s'agit de cinéma américain, et notamment de films de guerre. C'est pour cela qu'il faut secouer la tête à plusieurs reprises et lutter contre les habitudes, à la vison du récit de Kathryn Bigelow, qui a plutôt choisie la voie contemporaine, en radicalisant sa mise en scène. Elle avait déjà montré son intérêt pour les hormones - masculines de préférences - avec son point break très musclé ( Keanu Reeves suivant Patrick Swayze et l'asymptote de la vague métaphysique). Elle prouve encore une fois que lorsque les femmes s'en mêlent, elles sont décidément très audacieuses. Ici, elle parle de testostérone de la façon la plus décomplexée qu'il soit, via l'axe très bien vu et assez inédit, de la passions que certains soldats éprouvent pour la guerre, ou plus exactement, la guerre vécue comme une addiction, une drogue .

Double retournement

Vision de la guerre comme si on y était, sans profondeur de champs (à part la séquence du supermarché américain en Amérique). A l'instar des soldats, la guerre en Irak est appréhendée par la petite lorgnette du viseur d'un sniper. Cadre serré sur les mouvements répétitifs des hommes d'action. Dialogues linéaires et aussi répétitifs que l'enchaînement des désamorçages, qui sont le plus souvent un échec. Il faut s'accrocher car Bigelow maintient son dispositif myope de bout en bout, car tout ce qui est au-delà du premier plan est une menace, toujours sur le point d'exploser. Proche du docu-fiction car les acteurs principaux (Jeremy Renner, Anthony Mackie) ne sont pas encore des stars - seule apparition de Ralph Fiennes aussi brièvement qu'il est nécessaire de rappeler que nous regardons une fiction sur la guerre en Irak - l'impression de journalisme de terrain est la dominante écrasante de cette logique absurde - les actions quotidiennes des "braves" soldats - qui déborde le cadre bien pépère du film d'action, romancé par la machine Hollywoodienne, au point d'exaspérer les fans : "Je suis sûre qu'il va enfin se passer quelque chose !" Comme si la guerre ne suffisait pas. Il est aussi injuste de juger prématurément les "réflexes" du spectateurs lambda, désarçonné par le spectacle de la réalité aride, des soldats dopés à l'adrénaline que procure le combat armé, d'autant que la réalisatrice n'use presque pas d'effets spectaculaires (encore une fois juste ce qu'il faut) deux explosions tout au plus, et sans surenchère. Un contenu qu'il ne pourra certainement pas deviner lorsqu'il fera l'acquisition du DVD, bien emballé dans un marketing également rodé.

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