Drive de Nicolas Winding Refn

Voilà que la croisette s'est enflammée pour un film de genre, genre cinéma populaire très 70's. Prix de la mise en scène, certains le disent " culte "..

Le héros (Ryan Gosling, vu récemment dans B lue valentine et bientôt avec Georges Clooney), s'affirme dès les premières images comme un super héros, qui flirte néanmoins avec le côté obscur de la force en se faisant la nuit venue, le taxi de méchants cambrioleurs. Lesquels, le butin sous le bras se retrouvent (comique de la situation) la moue hagarde, collés au siège arrière du bolide prêt à décoller, du chauffeur virtuose. Un job qu'il exécute toujours avec une égale maîtrise et un même sang froid. Le jour, il est cascadeur de cinéma à la petite semaine et garagiste génial, exploité par un employeur pas bien net. Chassé croisé d'un scénario pas vraiment sophistiqué, il va être embarqué dans une histoire de vrais méchants mafieux qui ont pour le coup, la gueule de l'emploi (et le casting est raccord).

Boulevard de la mort

Par ailleurs, ce héros anonyme, au cure dent coincé entre les zygomatiques (siège de ses pulsions clivées, qui vont peu à peu se révélées), flirte aussi avec sa jolie voisine, dont le mari va bientôt sortir de prison et c'est là que ça se complique.

Malgré le festival de crânes sanguinolents filmé en gros plans, on n'est pas vraiment dans un pastiche bavard à la Tarantino, fait de décalages ironiques et de références clairement citées. On est juste immergé dans l'existence crépusculaire d'un héros solitaire sans passé et sans avenir, pour qui la vie n'est qu'une succession de fondus enchaînés. Il faut voir comme le sentiment d'étrangeté est criant quand il porte un masque (celui du personnage de ses cascades) et relève du pléonasme, quand il regarde à travers le hublot. Il semble complètement détaché, planant à la surface des choses, porté par la mélopée pop et hypnotique de la bande originale.

Le baiser du tueur

Il faut dire qu'il est très premier degré, car sous sa belle gueule impassible c'est l'incarnation vivante du fantasme de virilité qui affleure. Il ne parle pas ou peut, il agit. La scène de l'ascenseur pourrait bien être la synthèse de cette double tension, entre la violence extrêmement efficace quand il a choisi sa cible et la délicatesse de ses sentiments quand il est touché en plein coeur. Voir la sensualité des séquences idylliques sur un air de College '" A real hero " : Le synthé avance avec la même fluidité que la voiture sur la piste de course, sur laquelle la voix féminine vient poser son empreinte érotique.

La dernière scène dans laquelle il est le faciès impassible encore, et le regard hypnotisé au volant de sa voiture à l'arrêt, on ne sait pas bien s'il est mort ou vif. Ce moment de suspens, très bien vu et cohérent avec ce personnage condamné par son idéal, vient clore un spectacle pas désagréable. Cet exercice de style aussi virtuose soit-il, construit sur le mythe du héros emprunté du côté de la bande dessinée, devrait sûrement trouver son public, et pour les autres, il n'en restera peut-être pas grand chose à la sortie de la salle, mais pourquoi pas.

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