La conquête de Xavier Durringer

Biopic dont le scénario complaisant de Patrick Rotman se targue de tailler un costard à notre président de la république, attention émotion.

Nicolas Sarkozy en a rêvé : Une communication audiovisuelle pour pas un rond avant la campagne présidentielle, Xavier Durringer l'a réalisé. Avec un bonus et pas des moindres, notre président dans l'intimité. Si l'on considère que le paysage politique ne propose guère d'alternative, Sarkozy peut être sûr que sa promotion est belle et bien faite.

Il Divo

En effet sous couvert de caricaturer le personnage tout en livrant les clés de son ascension jusqu'à la fonction suprême, c'est le portrait d'un homme dont les qualités fondamentales pourraient bien influencer ceux qui hésiteraient encore du côté de la droite et ses nuances connexes, et pas seulement. Sarko (magnifique boulot de Denis Podalylès), sort grandi de cette histoire (sans vouloir faire de vilains jeux de mots, l'affiche est suffisante). Est-ce encore un effet d'optique, un ajustement pour faire illusion ? Malheureusement La conquête ne tient pas sa promesse et n'apporte rien au schmilblick. Pire encore, en bon petit soldat faussement indiscipliné, voire complètement fasciné par son sujet, Patrick Rotman dépeint un Sarko par contraste, bien meilleur que ses compères : Chirac et surtout de Villepin, vipère présumée de l'affaire Clearstream, qui se prend pour "Ursula Andress sortant de l'eau toute de sensualité dans James Bond" - réplique assez jubilatoire, il faut l'avouer. En face, il apparait loyal tout en étant fin stratège, une verve à toute épreuve, il ne rend que les coups qu'il se prend dans le dos. La mesquinerie et la perfidie du duo Chirac - de Villepin n'ayant pas de limite, la détermination de Sarko parait d'autant plus admirable et légitime, car la virilité est incarnée dans cette silhouette mouvante.

Le Caïman

Mais le plus terrifiant c'est la texture télévisuelle et sa ribambelle de comédiens, Bernard Le Coq en tête. Aussi la présence de Dominique Besnehard ex-coach de Ségolène Royale dont l'imitation satirique d'un goût douteux, ne laisse planer aucun doute sur les connivences et l'ambiance du tournage.

En fait il est super attachant Sarko, et vraiment ça nous touche de le voir ainsi délaissé par Cécilia qu'il porte aux nues. Elle est sa conseillère principale et surpasse sa basse cour jusqu'à son élection. Vraiment très émouvant de le voir la chercher partout alors qu'il court inexorablement vers son destin.

Voilà un Biopic visuellement bien de chez nous donc assez laid et incomparable avec son équivalent Italien. En cherchant à tout prix la vraisemblance, les auteurs se privent d'un vrai regard critique en additionnant les clichés récupérés chez les nombreux biographes de notre président et autres presses "people". Du grand guignol plus efficace que celui de Canal +. Que la quête et la conservation du pouvoir paraissent à ce point ridicules et terrifiants, nul besoin de Patrick Rotman pour le constater. Mais le plus triste pour l'auteur dont le parti pris ne fait décidément aucun doute, c'est qu'il se fait le fou d'un roi qui s'en fout.

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