La guerre est déclarée

Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm (re)jouent à l'écran un épisode douloureux de leur existence, une démarche troublante dont on comprend aussi la nécessité

La guerre est déclarée est un film bien contemporain, de part sa genèse, la réalité scénarisée gommant la frontière entre réalité et fiction. Dans sa forme, tourné avec un appareil photo numérique (petit prodige de technologie). Le rythme pop, voix off, humour décalé. Emotion voire Effusion… Par conséquent nous sommes parfois mal à l'aise, coincés entre deux courants contraires : La véracité des faits, c'est à dire la véritable histoire du couple Donzelli-Elkaïm, que les auteurs ont décidé de mettre en scène et ainsi concourir festivals et autres compétitions, car La guerre est déclarée fut un triomphe à Cannes, où il fit l'ouverture de La Semaine de la Critique .

Une histoire vraie

Roméo rencontre Juliette. Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils sont amoureux. Ce sentiment les transporte à l'origine du monde. Ils donnent alors naissance à Adam.

Le décor est bel et bien planté, nos héros sont de vrais "Héros", des archétypes du genre. Ça tombe bien car il leur faudra bien du courage pour encaisser ce qui les attend : leur petit est atteint d'une tumeur au cerveau. Une épreuve qui va conduire les jeunes parents au-delà de ce à quoi ils s'attendaient en donnant la vie. Ce voyage infernal à travers la maladie d'un jeune enfant que l'on sait réelle, et (re)créé en fiction par les parents, provoque ce double sentiment de compassion et de répulsion, car l'histoire est terrible et le film au style pop donc, se veut léger. On rit jaune car le plaisir est contrarié. Aussi c'est l'histoire de cet enfant, et comme le dit très bien son papa, " elle n'appartient qu'à lui " . Néanmoins le scénario bien structuré accouche de saynètes plus ou moins bien amenées, même si le récit sur le long court génère cependant un véritable suspens narratif, avec quelques vues pour le coup bien réelles de l'hospitalisation : L'urgence, le désarroi, la responsabilité (on notera aussi l'hommage rendu aux hôpitaux publics). Le film montre bien que face à la maladie il faut tenter de rester rationnel car " Dieu n'est pas neurochirurgien ". Un témoignage poignant d'une aventure à la fois douloureuse et édifiante, car voilà, les parents font du cinéma, alors l'intimité livrée comme telle en pâture frise parfois l'obscénité, osons le mot.

Les chansons d'amour

Pour mettre à distance le calvaire, Valérie Donzelli et son compagnon ont choisi de raconter aussi (et surtout) leur histoire d'amour. La belle histoire d'un couple qui restera soudé face aux aléas de l'existence, trouvant dans ce foyer la force de faire front. Sans ce lien et cette confiance mutuelle, les choses peut-être se seraient-elles passées autrement. On perçoit parfaitement le bilan qu'ils font d'eux même et respectivement. Quand il cherche vainement le sens de cette épreuve, elle lui répond :" Parce que nous étions assez forts pour cela ". Cet aspect est un message plutôt positif de nos jours, alors que la solidarité et le sens du combat sont loin d'être des vertus. Peut-être ce film sera-t-il précieux pour d'autres jeunes parents qui vivent une épreuve similaire. On regrette seulement qu'ils aient par ailleurs exalté à ce point la douleur dont la (re)mise en scène - avec pléthore d'effets visuels et musique emphatique - vient gâcher passablement l'intelligence de leur courage.

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