Le gamin au vélo

Jean-Pierre et Luc Dardenne n'ont pas manqué le rendez-vous de cannes, car ils sont encore au palmarès cette année avec le Grand Prix du Jury.

Le gamin au vélo est un drôle de titre, même si les premiers mots du gamin concernent son vélo resté chez son père, alors que lui vit dans un foyer.

Plus tard alors qu'il dort, on entend l'adagio du concerto n°5 de Beethoven, mais juste l'introduction, les cordes à l'unisson. Plus loin encore, le motif revient régulièrement, juste l'introduction comme un balbutiement avant que le piano ne déploie son argument.

Belle structure, bel arc narratif même s'il est pressenti. Ceci dit l'argument des frères Dardenne se situe ailleurs, même s'il se mute incidemment en un "suspens" narratif, un pur suspens lié à l'action, car on marche avec les personnages, ou plutôt on court.

Le gamin qui court

En effet au trois quarts du film, il y a comme un climax, une rupture narrative, on se demande ce qui peut encore arriver au gamin. Et puis peu importe l'action et ses conséquences. La résolution se situe un à autre niveau, celui des frères Dardenne qui n'ont de cesse de montrer que la misère n'est jamais très loin, sans fard et sans drame. La réalité est suffisante d'autant qu'ici il s'agit d'un jeune garçon (Thomas Doret est sidérant). La détresse incarnée, l'urgence, l'inconfort, le malaise. Le gamin, il court tout le temps, poussé par le désespoir de retrouver son père. Son père (fidèle Jérémy Régnier) il ne veut plus s'en occuper, il ne peut plus : "C'est trop dur" dit-il. Alors, trop lâche il fuit et il ment. Mais "c'est pas grave", lui répète plusieurs fois le gamin. "C'est pas grave". Le symptôme est criant : La toute puissance des parents aux yeux de leur enfant, au point d'encaisser les coups sans broncher. Mais le plus terrifiant, c'est l'entêtement coûte que coûte de l'enfant à protéger le parent indigne, à accepter l'inacceptable.

Et puis, il y a Samantha, modeste propriétaire d'un salon de coiffure dans la cité. On ne sait pas bien pourquoi, mais Samantha c'est l'abnégation incarnée. Elle prend le gamin le week-end pour faire la maman de substitution. Elle déguste Samantha, car elle accompagne Cyril à travers l'enfer que représente l'abandon parental.

L'instinct de survie

Cyril la rage au ventre, il ne faut pas le chercher, car lui, il est increvable. Le client parfait pour les charognards de la cité. Là aussi, justesse d'interprétation et de regard. Comment un gamin paumé est la proie idéale, à partir du moment où nous nous intéressons à lui, s'il sent qu'il existe dans notre regard.

Après un raccourcis miraculeux, Sainte Samantha qui ne lâche rien de son engagement, apaise à nouveau la situation. Il faut signaler au passage la prestation de Cécile de France qui s'ajuste parfaitement à l'univers des frères Dardenne. Cécile de France, sa voix et son allure d'éternelle enfant, arrive malgré ces caractéristiques singulières à épouser les personnages et les environnements qu'elle habite. Elle est ici en tout cas remarquable, car elle trouve un juste équilibre entre neutralité et pragmatisme bienveillant..

A tel point qu'il y aurait une suite logique à cette histoire. Une suite consacrée à cette héroïne ordinaire, qui ne donne d'ailleurs pas la réponse quand on lui pose la question, est-ce à dire : Mais qu'est-ce qui pousse Samantha à encaisser tout cela du gamin pour le garder près d'elle ? Car même son mec la quitte après qu'il lui eut posé l'ultimatum qu'il vaut mieux épargner à une femme lorsqu'un enfant est concerné : "C'est lui ou moi ?"

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