Ma part du gâteau

Cédric Klaspisch dans les pas de Ken Loach dénonce le néo-libéralisme ? Un air de famille qui ne saute pas vraiment aux yeux.

Mais qu'est-ce qui le meut ce cher Klapisch ? Quelle part du gâteau se réserve-t-il ?

Ma part du gâteau démarre assez mal quand il recycle l'intro de son précédent Paris : Longs travellings sur le décor urbain entrecoupés de tranches de vie, ceci sur un air de trip-hop enlevé, nimbé de l'allégresse d'une matinée d'été. La vie quoi ! Le casting est bien vu et heureusement Romain Duris n'en fait pas parti, car il nous aurait également recyclé son légendaire : "C'est pas faut." Soit. Le nouveau très "bankable" Gilles Lellouche, est parfait en trader suffisant, et l'immense Karine Viard à l'énergie redoutable, quoique plus convaincante en boulangère caricaturale, est ici une ouvrière dézinguée par la délocalisation en Chine.

Quand la Chine se réveillera

France l'ouvrière, est embauchée comme femme de ménage chez Steve, le trader. Lui, est blindé dans sa tour d'ivoire capitonnée, alors qu'elle se retrouve sur la paille après la fermeture de son usine à Dunkerque. Mais France droite dans ses bottes, n'a de crédits ni de dettes et après une TS banalisée, reprend goût à la vie en invitant toute la marmaille du quartier à partager un bon gueuleton. Et quel marmaille ! Pendant que les loupiots aident à la cuisine, les ados commentent les actions des adultes : " Si tout le monde voudrait se suicider parce qu'il a perdu son boulot et ben je sais pas comment on f'rait !"

Ailleurs, alors que France fait contre mauvaise fortune bon coeur, Steve "convole en juste noce" - façon trader vulgaire - pour Venise avec une gravure de mode un rien juvénile. au secours !

C'est que dans le premier tiers de son récit, Klapisch fait se croiser sans vergogne les clichés "sociaux", comme le sont symboliquement les cabarets et le Rungis de son Paris .

Le monde tremblera

France déboule alors à Paris chez le "méchant Steve" fraîchement débarqué de Londres (on passe sur la promotion du trader accordée par son PDG au sourire carnassier), après une formation de femme de ménage dans une entreprise pour immigrés (on passe également la séquence de formation en russe, inutile). Le problème c'est que concernant le sujet, on attend un peu plus qu'une communication audiovisuelle pour l'office du tourisme des ch'tis de Dunkerque ou qu'un pamphlet à l'encontre des golden boys cyniques de la City Londonienne.

Chacun sait que le cinéma de Klapisch possède de vrais qualités de vrai cinéaste, ainsi que la vitalité d'un jeu d'acteurs bien connue et reconnue. Ici, il donne juste l'impression d'avoir bien révisé son "que sais-je" de la mondialisation, quoique le dernier tiers offre un climax pas inintéressant. Après une ballade convenue de comédie du côté de Pretty Woman (sacré farceur), il parvient à repêcher laborieusement son public englouti par le spectacle du journal télé, mêlé de comédie romantique déguisée. Du cinéma engagé me direz-vous ? Et pourtant à la sortie, chacun cherche son Klapisch.

Sur le même sujet