Melancholia

Lars vonTrier signe là le second volet de son diptyque, suite à l'Antichrist. Cette fois c'est à Bruegel qu'il emprunte l'esthétique de sa bile noire.
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Finalement nous avons vu Melancholia. Comment ne pas céder devant la critique unanimement dithyrambique. D'ailleurs c'est plus cela qui nous a porté que la promotion de Lars von Trier lui-même, déclaré persona non grata depuis sa conférence de presse racoleuse, en mai dernier à Cannes. Ceci dit rien de très neuf. Un scandale de plus venant coïncider avec la sortie de son film, puisque après tout il faut bien se faire remarquer, lorsqu'on s'auto-proclame "l'enfant terrible du cinéma". Alors, que nous évoque Melancholia , sinon un titre qui pourrait être le prochain album de Mylène Farmer ? Ah non, pardon chez Lars von Trier c'est plutôt du Wagner ( Tristan et Yseult ) qui tourne en boucle : Un grand grand auteur à la fois génial et subversif, comme lui.

Ainsi sois-je

Alors qu'à t-il de si passionnant à raconter Lars von Trier depuis Breaking the waves et Les idiots ? Que l'homme est un salaud pour son prochain, mais que parfois un ange passe pour rappeler à notre souvenir, qu'il y a du divin à l'origine de notre existence. Mais loin d'imaginer l'ange en éternel enfant potelé sous ses bouclettes dorées et jouant de la mandoline - ce n'est d'ailleurs pas notre souhait - son ange est exterminateur, nihiliste. Il peut avoir le regard vitreux de Kirsten Dunst lorsque tombent les oiseaux dans ce "ma-gni-fi-que" prologue à la photographie "som-ptu-euse" … Même si bien des photographes de mode font un travail aussi remarquable. Alors donc Justine (Kirsten Dunst, prix d'interprétation), dans la séquence suivante se rend à la réception de son mariage organisée par sa soeur Claire (Charlotte Gainsbourg) et son mari (Kiefer Sutherland). Le temps d'arriver au château nous a déjà collé une migraine carabinée, ballotés par cette manoeuvre qui n'en finit pas, car voyez vous la limousine des jeunes mariés est trop grande pour le petit chemin qui mène au château !? Et puis c'est trop drôle, hein ? Alors on en remet une couche car tout le monde va passer derrière le volant pour tenter de sortir le paquebot de son naufrage. Tout ça tourné en caméra à l'épaule, voire à bout de bras avec des zooms et re-zooms chaotiques dont on se demande encore ce qui peut bien les justifier, sinon la gêne visuelle occasionnée, et on peut faire confiance à Lars von Trier pour cela.

La mariée était en noir

Arrivée au château tout le monde s'escrime à faire le bonheur de la petite malgré elle. Comme s'il était un devoir d'être heureux. On reçoit parfaitement le message de Lars, 5 sur 5. Comment ne pourrait-on tant il l'assène lourdement à chaque réplique concernant Justine, qui il est vrai, parait jouer le jeu d'une dépression irrationnelle et envahissante. Néanmoins quand on voit son entourage, il y a vraiment de quoi se jeter par la fenêtre. La mère en première ligne, bien sûr Charlotte Rampling, son regard d'acier et sa filmographie sulfureuse et puis la grande soeur, Claire, qui se rassure en la surprotégeant avec l'aide de son mari le scientifique cartésien. Voilà le décor est planté, mais le passage de la planète melancholia ( au nom évocateur n'est-ce pas ? ) va faire voler en éclat toute cette hypocrisie bourgeoise, parce qu'au fond, c'est elle qui a raison, c'est Justine. Parce que Justine elle savait qu'il y avait 678 haricots dans le bocal et que personne ne la deviné à part elle, parce que voyez-vous, elle sait les choses, Justine. Ce qui va finalement lui donner un aplomb d'enfer à mesure que sa soeur et ses certitudes vont se désintégrer littéralement, le temps d'une seconde partie, longue à mourir d'ennui. Et voilà, et nous, nous avons décroché définitivement devant la grandiloquence prétentieuse de Lars von Trier, qui ne cesse de prendre la pose dans sa mise en scène caricaturale d'une société qu'il admire plus qu'il ne critique, tant il en dessine les contours avec application, un vrai rebelle.

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