Mirages

Le festival, "fenêtres sur le cinéma du sud" a donné sa 11ème édition à l'Institut Lumière de Lyon.
15

Regard Sud, crée en 1998, a pour but et objet de développer les échanges culturels dédiés à l'ouverture de passerelles entre le Maghreb, le Moyen-Orient et l'Europe dans les domaines des arts plastiques et cinématographiques.

Depuis 1999, Abdellah Zerguine organise donc un rendez-vous annuel, fenêtres sur le cinéma de sud , avec l'Institut Lumière à Lyon. Cette rencontre inaugurée avec une rétrospective du cinéma Marocain, n'a pas cessée de grandir, avec une édition consacrée aux f emmes cinéastes du Maghreb en 2000 parrainée par Yamina Benguigui et l'ouverture au cinéma du Moyen-Orient en 2004.

Pour cette nouvelle édition, Regard sud a présenté des productions récentes, inédites ou en avant première, reflétant différents aspects de la réalité du monde arabe contemporain. Et pour vous, nous avons justement découvert un jeune cinéaste Marocain, au style tout à fait singulier : Talal Selhami.

Mirages

Le pitch est simple : Cinq jeunes diplômés chômeurs se retrouvent en compétition pour décrocher un emploi dans une multinationale. Mais à défaut d'un entretien, les candidats se voient proposer une ultime épreuve, dans un désert anonyme.

Sur l'affiche, un seul personnage : Une jeune femme (magnifique Meryam Raoui), jauge à l'oblique le regard torve, une menace située hors-champ - soit dit en passant, habile représentation de la manipulation omnisciente. Elle est la seule femme de ce quintette abandonné dans le désert, suite à un accident programmé.

Aussi, face à cette situation extrême, le développement du récit de Talal Selhami est tout aussi radical :

Ils seront tout à tour confrontés à leurs propres démons et à ceux de leurs compères, se cheminant désespérément à lisière de l'épouvante où la violence n'est plus vécue comme une barbarie exceptionnelle. Elle est aussi nécessaire, qu'ils sont de bout en bout, livrés à eux-même pour un jeu de piste sadique, sous le soleil de plomb d'un désert aride.

Nous avons connu un synopsis similaire avec le fameux squash de Lionel Bailliu - même présence d'Eric Savin en patron - dans lequel la pratique de ce sport représentait l'allégorie d'un jeu pervers initié par un chef sur son subordonné, cela dans une grande entreprise.

Aussi les moyens pour la production de ce mirages étaient petits, petits, petits. Le dispositif de mise en scène qui en découle n'en pas moins ingénieux : économie des décors, six comédiens - pour la plupart à l'engagement physique remarquable - matériel rudimentaire pour un ingénieur du son et un monteur également remarquables.

Rencontre

La belle leçon de cinéma de ce cinéaste, que nous rencontrons sous les auspices favorables d'un bel après-midi chaleureux, est la vertu d'un scénario d'acier.

En effet, il nous rappelle qu'avec des moyens de production légers, il n'est pas impossible de donner à voir un récit captivant, au suspens redoutable et jamais attendu. Par sa maîtrise le jeune Talal Selhami, laisse se déployer une histoire simple, bien qu'au coeur des préoccupations économiques contemporaines, d'où émerge une myriade d'éléments périphériques - livré à l'interprétation du spectateur - venant enrichir en profondeur le canevas d'origine.

Doublé d'une présence aussi courtoise que magnétique, Talal Selhami est décidément un cinéaste qu'on a envi de suivre, par delà les frontières du Maghreb .

Sur le même sujet