Polisse

Avec ce film "coup de poing" qui fut un événement à Cannes, Maïwenn qui a remporté le prix du jury, s'affirme en tant qu'auteur.

Maïwenn Le Besco, est aussi la fille de Catherine Belkhodja, actrice à la carrière moindre dont le "rôle" le plus remarquable fut celui qu'elle tint dans Level five (1996) de Chris Marker : Un docu-fiction conceptuel sur les conséquences de la défaite d'Okinawa pour les Japonais, à la fin de la seconde guerre mondiale.

Voilà pour les origines, car Maïwenn en abandonnant son patronyme : Le Besco, s'autorise à régler ses comptes avec sa famille, notamment avec ses parents : Un père violent qui l'a battu et une mère qui ne l'aime qu'à travers sa carrière d'enfant-actrice, qu'elle contrôle avec la même hystérie que la sienne qui ne décolle pas.

C'est en tant qu'auteur que Maïwenn s'impose en 2001 dans un One Woman Show, puis au cinéma avec Pardonnez-moi (2006). Avec ce Polisse, elle élargit sa précédente auto-fiction en travaillant son projet, auprès de la brigade de protection des mineurs (BPM).

Police

Le reportage - bien que nous soyons dans une fiction - est une claque, car Maïwenn a décidé de montrer la réalité sans fard. Les affaires toujours plus sordides s'accumulent et se succèdent dans les bureaux de la BPM. Le montage alterne les situations que l'équipe de police doit affronter chaque jour, avec des scènes de vie privée, laquelle semble pour la plupart sacrifiée. Ce matériau purement " fictionnel ", Maïwenn l'a bricolé encore une fois avec un tissu autobiographique, ce qui l'empêche du même coup de créer un véritable récit, tant elle compile les évènements les uns à la suite des autres.

Néanmoins, sa grande force c'est la troupe d'acteurs bien connue qui l'accompagne et cette fois-ci la synergie entre les individualités fonctionne à merveille. En tête les actrices : Karin Viard, Marina Foïs, Naidra Ayadi, toutes.. Ainsi Maïwenn révèle son talent de directrice d'acteurs (JoeyStarr, Frédéric Pierrot, tous), en créant des séquences vivantes et crédibles dont elle maîtrise parfaitement le rythme. Elle parvient de cette façon à équilibrer les faiblesses du scénario, écrit comme un documentaire sur la BPM, dont l'étude sociologique et psychologique réalisée au préalable transpire et finit par accabler. L'humour omniprésent n'est malheureusement pas un antidote assez puissant, face au malaise persistant que provoque la misère de l'enfance maltraitée.

Bigger than life

C'est plus fort qu'elle. Maïwenn a besoin de déranger avec un propos outré et outrancier, conséquence directe de l'enfance volée. Elle se met d'ailleurs elle-même en scène comme une femme aux allures de petite fille, dont le mari/papa - on ne comprend rien à cette relation dont elle bâcle l'enjeu - aurait décroché pour elle, l'opportunité de réaliser un reportage sur la BPM. La projection ne s'arrête pas là car elle tombe également dans les bras de JoeyStarr (son compagnon de l'époque), qui l'emballe en détachant son chignon et en retirant sa paire de lunette factice qu'elle porte dans le but d'être prise au sérieux. Maïwenn gagnerait en épaisseur si elle collaborait plus dès l'écriture. Sa romance à la fois prévisible et inopinée avec JoeyStarr (dans le film) est cousue de fil blanc et arrive comme un cheveu sur la bouche. Mais là encore, la réalisatrice a écrit ce film pour JoeyStarr (qui fut lui même victime d'un père violent, cf autobiographie du chanteur de NTM), pour ainsi révéler la sensibilité de l'écorché condamné récemment pour violence conjugale. JoeyStarr nique la police avec son pitbull, alors que Maïwenn révélait récemment dans une interview que la moitié des membres de la brigade de protection des mineurs, avaient eux-même été maltraités dans leur enfance. Alors il ne reste plus qu'à souhaiter à Joey Starr, que cette nouvelle carrière d'acteur " charismatique ", le conduise au gré des rôles et des circonstances, à rencontrer les autres.

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