Pourquoi tu pleures ? de Katia Lewkowics

Cette première réalisation avait quelques atouts pour attirer notre attention. Une comédie légère et dont le sujet archi-rebattu paraissait audacieux.
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Pourtant cela commençait plutôt pas mal. Une bande de copains ivres morts en boite de nuit : L'ambiance est bonne et ils ont l'alcool plutôt sympathique voire" bisounours". Benjamin Biolay en tête : " Moi, j'ai un coeur gros comme ça ! " Ils sont mignons tous, ils dorment debout, se font des papouilles et puis voilà le futur marié (B.B) à la veille de ses noces, flirte avec une inconnue.

Two lovers

Le lendemain le réveil est confus, difficile, car le mariage se précise et la belle-famille débarque d'Israël. Un détail, Benjamin Biolay durant tous ces jours, engoncé dans ses doutes et expectatives ne changera ni son jeans, ni son blouson, ni même sa chemise. Il va d'un point A à un point B, en trainant des pieds toujours, accompagné d'un cortège affectif complètement hystérique : Une mère abusive, des copains sur-investis, une belle-famille incompréhensible et une soeur un peu plus étoffée, moins caricaturale, incarnée par l'irrésistible Emmanuelle Devos. Elle est l'épouse dans le film d'Eric Lartigau (le cinéaste), qui livre ici une partition d'acteur à la fois étrange et horripilante, et nous met presque mal à l'aise. Aussi, ce qui est troublant dès le début de cette déambulation pré-nuptiale, c'est le contraste entre le regard précis de benjamin Biolay, cette façon qu'il a de jauger à l'oblique et la mollesse de son allure, son hésitation permanente. Ceci dit, il tente d'être en phase avec son personnage.

Comment savoir ?

Mais ce qui est intriguant au départ devient vite navrant, car il reste coincé de bout en bout à l'intérieur d'une gamme monotone et immuable. Il ne nuance pas vraiment son jeu et nous nous lassons vite du temps qui passe, vidé d'un semblant d'enjeu dramatique, même comique.

Cela n'est pas de la seule responsabilité de B.B qui est censé remplir l'espace tant le film semble avoir été écrit pour lui. Malheureusement le scénario trop linéaire (c'est décidément un fléau en ce moment), voire inexistant accouche de scènes interminables. Comme s'il suffisait d'avoir un casting attractif. La réalisatrice semble avoir posé sa caméra et se fait ainsi l'observatrice longtemps, très longtemps, d'un contexte familial, de différences culturelles (mais rien de très inédit), et de conversations insipides noyées dans un bain d'hystérie générale. Cela donne lieu a des gags au ton gentiment décalé, mais qui sonnent faux, et ne font pas vraiment mouche, car les intentions bien vite décelées, prennent la place - et nous le regrettons - de ce sur quoi Katia Lewkowics aurait du se concentrer un peu plus, c'est-à-dire : Le corps de son sujet malheureusement mille fois traités.

Néanmoins nous aurions aimé connaître sa version, laquelle se solde en effet de façon assez convenue, et donne juste envie - si l'idée venait à se présenter - d'aller se marier à Las Vegas dans l'anonymat le plus total avec deux témoins cueillis sur le chemin.

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