Revoir Poetry

Prix du scénario à Cannes, le film de Lee Chang-dong avec la superstar : Yun Jung-hee, sort en DVD avec pléthore de bonus plus ou moins alléchants.

Après Secret Sunshine ou le calvaire d'une très jeune femme , Lee Chang-dong désigne une sexagénaire comme la gardienne du temple d'une société Sud Coréenne à la dérive. Seconde critique de moeurs de l'année avant T he Housemaid ( dans le rôle principal Jeon Do-youn, prix d'interprétation féminine pour Secret sunshine), Poetry s'inscrit dans un terreau plus traditionnel et populaire, en montrant les choses de la vie : Ses drames et ses réalités dérangeantes, une spécialité de Lee Chang-dong qui cherche la beauté loin des lieux communs.

Le Tombeau des Lucioles

Mija perd un peu la boule. A 67 ans un Alzheimer la guette, et quand un médecin s'en inquiète, elle explique qu'elle veut prendre des cours de poésie, car : "Je dis sans cesse des choses bizarres...", s'exclame-t-elle - certes, un terrain tout à fait favorable à l'invention poétique. Aussi Mija est élégante avec ses chapeaux et ses robes à fleurs, elle écoute le vent dans les arbres et sourit à la vie. Dans sa petite ville de la province du Gyeonggi, elle élève seule son petit-fils en faisant l'aide ménagère chez un congénère qui semble rescapé d'un AVC. Elle va alors être confrontée à un drame dont son Alzheimer semble la préserver par moment : La prunelle de ses yeux (l'ado), a violé avec sa bande de copains, pendant de longs mois une élève du lycée, laquelle pour en finir, s'est jetée dans le fleuve Han. Les parents, de bon bourgeois bien sous tous rapports, veulent étouffer l'affaire en dédommageant financièrement la maman, qui est une pauvre paysanne démunie.

En attendant la pluie

Mija, qui n'a pas les moyens de réunir cette somme exorbitante, erre. Elle suit un chemin de croix en portant le fardeau de son petit fils, contrairement aux papas soucieux d'assurer l'avenir de leurs progénitures. Elle tente en vain de faire comme eux : Réparer lamentablement les atrocités des gamins. Mija adore son garçon, néanmoins elle ne peut lutter contre sa nature. Elle s'échappe dans la contemplation de la beauté, là à portée de main et fréquente le club des amoureux de la poésie. Cependant ses velléités bégayent un brin, elle prend des notes ça et là : "Un abricot se jette au sol, foulé, abîmé par le renouveau..."

Les jours se suivent et se ressemblent, la mission de sauvetage "d'ados pervers" patine - il est d'ailleurs terrifiant de constater la toute puissance de leur impunité - Mija n'a pas l'argent. Elle suit sa propre voie au gré des circonstances et de ses flottements.

Bien sûr les deux enjeux majeurs du scénario (le viol et la poésie) s'imbriquent pour un dénouement prévisible, mais Poetry n'en est pas moins une merveille. Merveille de réalisme et son parfum d'Asie. Merveille d'un regard qui rend toutes choses naturelles et balaye les tabous en les représentant tout simplement : Le handicap…la sexualité et la vieillesse, ce qui n'est pas si courant. Merveille du récit dont la durée organique se déploie entre plein et délié. Merveilleuse Yun Jung-hee et son chant de cigale. A voir ou à revoir.

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