Somewhere

Quelque part avec Sofia Coppola...dans le désert au volant d'une Ferrari, ou dans la chambre n°59 de l'hôtel du Château Marmont... alors quoi de neuf ?
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Après le triomphe de Lost in translation , qui succédait au non-moins triomphal Virgin suicides , il était considéré "crime de lèse-majesté" d'oser affirmer que Sofia Coppola eut été un peu surestimée en tant que cinéaste (auteur).

Quand la critique lui tombait dessus à bras raccourcis pour Marie-Antoinette , les doutes concernant les facilités "pop" de sa mise en scène (et autres histoires d'éclairage) se sont fait entendre, alors que sa vision de "l'Autrichienne" guillotinée vue de l'intérieur, du point de vue de Marie-Antoinette elle-même, levait un premier voile sur le regard singulier de Sofia Coppola - lequel était resté jusque là sociologique - et quoi qu'on en dise la séquence de fin était une réussite totale et venait clore magistralement le film, en résumant parfaitement les intentions de son auteur.

Avec Somewhere , elle continue de diviser ceux qui souhaiteraient qu'elle laisse un moment ses obsessions d'enfant gâté, et ceux qui adhèrent corps et âme à sa mise en scène du vide (qui n'est pas si aisée), et la branchitude fluide de sa b.o pop.

Lost in Hollywood

«Aux yeux de mon père, il est important de faire des films que nous seuls pourrions faire. Il croit que Somewhere est exactement cela pour moi», déclare-t-elle dans une interview.

Le Château Marmont a effectivement des airs de résidence secondaire pour la petite fille de son papa, qui a séjourné régulièrement dans la chambre du personnage qu'elle met en scène, et allait faire des virés en Porsche dans le désert avec son grand frère, aussi comme ses protagonistes dans le film : Johnny et sa jeune fille de 11 ans, Cléo (Elle Fanning, parfaite patineuse émérite).

Sofia Coppola parle de ce qu'elle connait : Le cinéma, Hollywood, la célébrité, les paparazzi…etc, etc. Nous pouvons au moins reconnaître qu'il y a une certaine forme d'honnêteté dans sa démarche et a fortiori pour Somewhere, car elle s'est inspirée de souvenirs, d'images, d'impressions de l'enfance comme nous en avons tous - et chacun sa madeleine.

Cependant elle est l'enfant d'un éminent cinéaste, un héritage qui ne se résume pas seulement à ce qu'on pourrait appeler sa vocation, car elle lui a aussi emprunté des objectifs (de caméra) pour ce film, d'où cette texture si particulière de l'image, qui renforce l'ambiance fantomatique des séquences tournées dans les longs corridors du château. Nostalgie d'ambiance également quand elle film (en pellicule), Johnny au volant de son bolide, un plan qui évoque les road-movies des années 70.

La beauté du cadre est une constante du cinéma de Sofia Coppola, mais pour le reste…Pas de trouvailles en particuler, comme ces séquences soi-disant comiques : Johnny s'endort d'un coup d'un seul en pleine séance très "hot", mouais…

Variation sur le même thème

Que les ressorts de l'humour chez Sofia Coppola soient très limités, cela n'est pas un scoop. Déjà dans Lost in Translation, la plupart des situations comiques reposent sur le décalage que génèrent les différences culturelles entre américains et japonais - ce qui est quand même un peu court.

D'ailleurs, d'autres affirment que les errements de Johnny (Stephen Dorff) rappellent ceux de Bill Murray et Scarlett Johansson perdus à Kyoto, et il est vrai que ce sont deux scénarii originaux avec ce petit supplément autobiographique dans Somewhere.

Mais en résumé, cette histoire de papa super star à la vie d'adolescent attardé, qui comprend brusquement le néant de son existence après la visite inopinée de sa fille à L.A, est aussi jolie qu'une carte postale, mais guère plus.

Alors quelle charme impalpable se joue des irréductibles aficionados, si ce n'est ce rien de bonne facture ?

Et pour les autres, après ce film plus personnel ou encore plus proche d'elle - dirons-nous, à quoi va s'intéresser Sofia Coppola la prochaine fois ? Si les idées venaient à manquer ou la nostalgie des paradis de l'enfance se révélait insurmontable, elle pourra toujours - à l'instar de son personnage - quitter le château Marmont et se recycler dans le bénévolat...

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