The tree of life

Palme d'or du cru 2011 du festival Cannes, Terrence Malick a dérouté certains, et réjoui les autres. Nous sommes de ceux là.

Dès les trois premières minutes on est ému aux larmes. Cette émotion immédiate ne peut résulter que d'une perfection totale. Il est inouï et rarement vu d'atteindre une telle beauté, un tel équilibre entre des images lumineuses et mouvantes, un choeur (Funeral Canticle - John Tavener), un son sourd et syncopé. Et puis il y a aussi les mots à peine audibles en off : "Il y a deux façons de vivre, selon la grâce et la nature. La grâce est libre, ne craint pas d'être blessée et humiliée (…), la nature est tyrannique et cherche le profit (…)"

Trois minutes suffisent pour comprendre que nous allons assister à quelques choses de grand, comme une sorte de teaser ou Malick nous dirait : Alors, s'en est assez pour que vous me suiviez ?

2001, L'odyssée de l'espace

Et pourtant tout ce qui suit et pendant un bon quart d'heure aura tôt fait de nous faire changer d'avis. Même si plane quelque part une promesse presque sensuelle. Sensualité du grain, de la peau à porter de main dont on souhaite palper les contours voluptueux, des volumes magnifiques à faire pâlir la nouvelle sacro-sainte 3D.

Cependant quelques réserves : "mégalomanie Kubrickienne"- le pléonasme coule de source - mais que veut Terrence Malick quand il créer son odyssée de l'espèce sinon intégrer la partie dans le tout. Des long plans de phénomènes cosmogoniques, dont la musique emphatique ( Lacrimosa du bien aimé Presner) connote à dessein ses images d'une prétention pompière et démonstrative. Faire plus court aurait été bien. Couper. Mais là encore ces moments de décollages, de pures contemplations du monde physique, nous permettent de nous échapper sans perdre de vue le fil d'Ariane et revenir tranquillement, là où il souhaite exactement, et c'est précisément cette intuition du temps qui est sidérante. Un rapport tout fait inédit avec une précision et une vitalité rare quand ll s'attache à son sujet : Une famille américaine type des années 50. Un patriarche autoritaire et idéaliste (comme il en existait tant à cette époque), une tendre maman effacée, trois enfants dont l'ainé donne le "la".

La pensée et le mouvant

Construction fragmentée en flash de la durée d'un battement de cil. Des moments fugaces et isolés de façon symbolique. Terrence Malick a ce talent rare de matérialiser une idée, en un objet organique.

Un récit éclaté vient condenser en quelques images, les étapes clés de l'évolution. Les visons de l'enfance et la violence en puissance. Les joies et Les désillusions. Les mots du pères qui sonnent comme un rengaine assourdissante - voir comme l'enfant s'isole et jauge ses parents le regard torve.

Les illusions et les mensonges, les rêves et les déceptions, juste quelques mots, de ceux que l'on chuchotent au creux de l'oreille, comme un secret inavouable, car trop douloureux.

Le final comme la cosmogonie vertigineuse des débuts, est également d'une ambition courageuse, il faut bien le dire. Ce ballet est également d'une beauté aussi étonnante - d'une qualité équivalente à certains spectacles de danse contemporaine - et pour le coup, il s'intègre à l'ensemble.

Mais in fine , persiste ce sentiment que Terrence Malick en voulant tout raconter, s'est égaré un peu. Ses purs instants de grâce semblent abîmés, noyés par la tyrannie du grand tout. Quand bien même, c'est un film dont on sort serein et entier.

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