Une bouteille à la mer

Avant première aux Variétés de Marseille du dernier film de Thierry Binisti, dont l'action se situe en plein coeur du conflit Israélo-palestinien

Le cinéma Variétés de Marseille a présenté en primeur ce film subtilement engagé de Thierry Binisti. A la suite de la projection, le réalisateur est venu à notre rencontre pour discuter de ce projet humainement ambitieux. Il s'agit de la relation d'une jeune française de confession juive avec un Palestinien.

L'histoire est tirée du livre " Une bouteille dans la mer de Gaza ", écris par Valérie Zenatti, qui a également participé à l'écriture du scénario pour son adaptation à l'écran.

Jerusalem

Un travail difficile à réaliser quand la matière première est un roman épistolaire, inspiré du vécu de son auteur. En effet dans les années 80, alors qu'elle était adolescente, Valérie Zenatti est partie vivre en Israël avec ses parents . Elle a écrit un premier roman en 2003 " Quand j'étais soldate ", un récit très clairement autobiographique sur son service militaire. Un sujet dont il est également question dans le film, quand il évoque le quotidien de la jeunesse israélienne. On a souvent demandé à la jeune femme de quel côté elle se situait, et la réponse à cette question est à l'origine " d'une bouteille dans la mer de Gaza". La genèse de cette histoire est de s'intéresser essentiellement à la jeunesse, dont les préoccupations malgré ce conflit qui les dépasse et influence leur existence, sont celles d'adolescents de leur âge, ainsi que leur questionnement identitaire en tant qu'individu libre. Le personnage de la jeune Tal (interprétée pas Agathe Bonitzer), en accomplissant cet acte symboliquement désespéré (en version pacifiste), celui de jeter une bouteille à la mer dans l'espoir qu'elle soit trouvée, souhaite de cette façon entendre la parole de l'autre pour pouvoir y répondre de son propre chef. Elle s'oppose de cette façon comme tout adolescent, à la loi de ses parents, en décidant elle-même d'écouter celui qu'on lui interdit de fréquenter. En tant de guerre cette rébellion générationnelle acquiert une toute autre dimension.

Gaza

Un jeune palestinien (Mahmoud Shalaby) enfermé dans la bande de Gaza, répond à son appel et ainsi démarre une relation épistolaire par mails interposés. Ces correspondances viennent rythmées des évènements souvent malheureux du côté de Gaza : l'enfermement, les bombardements, la pauvreté, la pression du Hamas. Du côté Israëlien à Jerusalem, c'est un environnement plus confortable et libre qui est mis en scène, troublé par des attaques terroristes meurtrières. Au fil de leur correspondance, les adolescents vont ouvrir une porte verrouillée par leur entourage respectif et trouver un terrain d'entente dont la conversation se fera en français ( seul lieu culturel présent à Gaza ). Leur vie va s'en trouver changée à jamais. Il n'y a pas d'angélisme bien pensant dans la réalisation, ce qui aurait gâché le projet et la façon dont nous le recevons. Le ton subtil préserve cette neutralité bienveillante pour laisser vivre les personnages. Les intentions sont assez proches du documentaire, tant l'ensemble semble refléter la réalité.

Le travail de mise en scène est remarquable (d'autant que les conditions de tournage étaient difficiles, notamment pour les autorisations). Les situations sonnent juste, les personnages merveilleusement incarnés nous embarquent dans cette histoire d'amour et d'espoir au milieu d'une violence qui paraît de ce point de vue, encore plus absurde. A travers ce récit, les auteurs placent leur espoir dans la jeunesse, et cela est en effet très émouvant car il y a beaucoup à gagner en éduquant les enfants en tant qu'individus libres et responsables. A ce propos, nous regrettons que le récit n'ait pas approché de plus près la vielle Jérusalem, l'oeil du cyclone en quelque sorte, d'où une simple conversation attrapée au vol, laisserait entrevoir ce lieu unique au monde, où à travers les échanges multiculturels, la croyance et la religion supplante naturellement la nationalité.

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