Women without men de Shirin Neshat

Shirin Neshat qui a reçu un Lion d'argent à Venise pour son film Women without Men, ne créé pas pour autant l'unanimité.

Inspiré de l'ouvrage éponyme écrit par Shahrnush Parsipur, Shirin Neshat - qui est vidéaste et plasticienne - a choisi un point de vue allégorique et une mise en scène élégante faisant la part belle à la qualité esthétique des images.

C'est bien ce que lui reproche la critique hexagonale : Une belle enveloppe au détriment d'un contenu trop creux, sans véritables enjeux, contrairement à son compatriote Jafar Panahi.

Néanmoins - alors que nous ne connaissons pas le travail de l'artiste - l'approche métaphorique à travers 4 destins de femmes est au départ plutôt bien vu, et libère une vrai puissance d'évocation, renforcée par la belle partition du compositeur Ryuichi Sakamoto.

Portrait de femmes

En 1953 à Téhéran, l'Iran connait des mouvements de révoltes populaires alors qu'un putsch programmé par la CIA, menace de faire main basse sur le pouvoir en place. 4 femmes, subissent chacune dans leur coin la brutalité des hommes : L'une, au corps décharné est prostituée dans un bordel sordide (dont le rôle de la mère maquerelle est tenu par Shahrnush Parsipur). Une autre, épouse d'un haut gradé est également traitée comme un objet et humiliée quotidiennement. Une troisième doit être mariée de force par son frère et la quatrième secrètement amoureuse de ce dernier, se fait agresser impunément. Ces 4 femmes bafouées (quoique relativement) - sinistre matérialisé par une colorimétrie proche du noir et blanc, contraste avec le chatoyant jardin (symbole explicite), d'une maison achetée par la plus fortunée d'entre elles - vont converger, attirées comme un aimant, vers ce havre de paix. La représentation, encore symbolique et souvent réussie, de la souffrance de ces femmes - qui ne peuvent vivre de leur plein gré que lorsqu'elles sont mortes civilement et socialement - trouve un écho profond dans ce que l'on peut imaginer de la condition des femmes Iraniennes, qui va en s'aggravant depuis la révolution de Khomeiny de 1979. D'ailleurs le film entièrement tourné au Maroc, est dédié à la mémoire de ceux qui ont perdu la vie en luttant pour la liberté et la démocratie en Iran, de la Révolution Constitutionnelle de 1906 au Mouvement Vert de 2009 ».

Mensonge vs chronologie

Aussi, belle idée de rappeler à travers les années 50, que l'Iran fut aussi un lieu d'échanges intellectuels et artistiques, et ainsi figurer toutes la poésie et le raffinement de la culture iranienne.

Cependant, concernant le contenu politique, la lecture que fait la réalisatrice de l'histoire, est également controversée.

En effet, elle affirme très clairement, que le Shah a pris le pouvoir par coup d'état en 1953, ceci grâce au concours des Etat-unis, provoquant ainsi l'effondrement d'un régime démocratique, soutenu par les communistes.

Mais voici la version d'un Persan exilé en France, Shahpour Sadler, 78 ans, président du Mémorial des Rois, co-fondateur du Comité international contre le Terrorisme d'Etat :

"Longtemps apologiste du voile islamique et de la Révolution khomeiniste devenue depuis peu seulement dissidente (en bonne girouette qui tourne volontiers dans le sens du vent), la New-Yorkaise, naturalisée américaine mais toujours viscéralement occidentophobe, Shirin Neshat ne connaît pas l'histoire de sa patrie, l'Iran."

L'avant-1953 occulté un Iran ROYAL nié

"Sans doute faut-il leur rappeler que l'Iran a connu plus de 2500 ans de monarchie continûment depuis Cyrus le Grand jusqu'à la funeste Révolution islamique de 1979 et que le Shah est monté sur le trône en 1941, succédant, comme il se doit en monarchie, à son auguste père et Roi qui fut naturellement son prédécesseur. Le Shah était donc Roi depuis déjà 12 ans quand en 1953 le Premier ministre Mossadegh, que le Shah avait lui-même nommé à ce poste, a conspiré pour renverser la prestigieuse monarchie perse à l'aide des communistes prosoviétiques et des islamistes, eux-mêmes directement aux ordres de pays étrangers et hostiles."

"Le comble du révisionnisme est atteint par le fait que les partisans des putschistes pro-Mossadegh accusent éhontément le camp d'en face (le camp loyaliste, i.e. royaliste) d'avoir fomenté un coup d'Etat là où l'on pourrait, tout au plus, parler de "contre-coup d'Etat" visant à rétablir la légalité bafouée par Mossadegh qui tenta, un quart de siècle avant son émule et quasi-fils spirituel Khomeyni, de renverser la plus ancienne monarchie continue du monde indo-européen, avec le résultat, tout à fait prévisible (que pouvait donner d'autre l'association hétéroclite de terroristes, de communistes et d'islamistes), que l'on sait, c'est-à-dire l'instauration d'un des plus noirs totalitarismes de l'Histoire en la forme du régime barbarissime (lapidations, amputations croisées, énucléations, misogynie d'Etat, etc.) de la "République islamique" (1979-2011), exact antonyme et antithèse, terme à terme, de la pluri-millénaire Monarchie perse" .

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