Indonésie - Simulation tsunami : un jeu qui peut sauver des vies

Suite au violent séisme au Japon, toute l'Asie est en alerte au tsunami. Zoom à Sumatra, où la population se prépare en permanence à fuir la grande vague.
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Padang Pariaman, sur la côte ouest de Sumatra. Des files entières de villageois, sac au dos, se pressent sur la petite route qui traverse la campagne tropicale indonésienne. Femmes, enfants et vieillards marchent dans la même direction, tandis que des groupes d’écoliers en uniforme, à bout de souffle, parcourent les derniers mètres en courant. A l’arrière, motos, voitures et camions pleins à craquer se succèdent pour ramener les retardataires vers la zone sécurisée, suivant les panneaux représentant une grande vague menaçante. Pourtant, pas de trace de frayeur sur les visages, mais plutôt de larges sourires. Ce jour là, il n’y aura pas de victimes. Il ne s’agit que d’une simulation d’alerte au tsunami afin d’apprendre les gestes qui sauvent.

Il y a un an et demi, Padang était frappée par un puissant tremblement de terre qui causa plus de mille morts et des milliers de déplacés dans la région. En octobre dernier, elle évitait de peu le tsunami qui dévasta les côtes des îles Mentawai, juste en face. Située sur la ceinture de feu du Pacifique, coincée entre deux plaques tectoniques, Padang est vouée à connaître d’autres désastres à l'avenir, mais personne ne peut prédire quand. C’est pourquoi l’ONG Kogami a décidé de s’attacher non pas à aider les survivants après une catastrophe, mais à former la population à mieux réagir face au danger afin de réduire le nombre de victimes.

Fausse alerte

S’il est impossible de prendre la grande vague de vitesse, elle peut être précédée d’un puissant tremblement de terre. C’est pourquoi les habitants ont été formés à reconnaître les signes et en cas de danger, le muezzin troquera l’appel à la prière contre une alarme. Des zones sûres et à risques ont été établies. Les habitants vivant sur la côte ont été formés à fuir, les autres, plus en altitude, à accueillir.

Ce jour-là dans la zone sûre, entre rizières et cocotiers, apparaissent des tentes et des cuisines publiques montées par des « équipes d’urgences », qui ne sont en fait que de simples villageois formés par Kogami. Une demi-heure après la fausse alerte au tsunami, une grand-mère dynamique arrive la première, chargée de paquets dont elle montre fièrement le contenu: nécessaire de toilette, eau et une main entière de bananes cuites, de quoi survivre jusqu’à l’arrivée des secours. « C’est avec joie que je participe à cette simulation car maintenant, je sais quoi faire. Je connais le chemin, je l’ai fait par moi-même» explique Majuni, 33 ans, une autre habitante d’un village à risque. Au final, plusieurs centaines de personnes ont rejoint le point de rendez-vous.

« Nous essayons de transmettre nos connaissances à l’Indonésie », explique le professeur japonais Imamura, expert en contrôle du désastre. « A Sumatra pourtant, ils manquent de temps et d’argent. Les bâtiments reconstruits ne sont pas plus résistants aux séismes. C’est pourquoi ce qui se fait ici est très important. La technologie coûte cher mais l’humain est gratuit. »

Sauvés par une légende

« Se préparer plutôt que réparer ». Une philosophie à l’origine de l’organisation Kogami, dont les prémisses remontent au tsunami qui heurta en 2004 la province d’Aceh au Nord de l’île. Un phénomène étrange attira alors l’attention d’un groupe de volontaires. Sur l’île de Simeulue, pourtant victime de la même vague et plus proche de l’épicentre, seuls 7 des 70 000 habitants avaient perdu la vie, alors qu’ils étaient 94 000 dans la province d’Aceh. « Les habitants ont survécu grâce à une vieille légende locale», explique Dian Noviany, de l’ONG Kogami. « En 1907, il y a eu un puissant tremblement de terre suivi d’un tsunami à Simeulue, et depuis, de père en fils, on se répète cette histoire : « si le sol tremble fort, prends de l’eau et des vivres et va vite te réfugier en haut de la colline »

Une sagesse ancestrale qui sauva la majorité de la population un siècle plus tard et qui donna une idée aux fondateurs de Kogami : préparer la population à réagir en cas de désastre afin de réduire le bilan des victimes. Une préoccupation renforcée par un tremblement de terre à Padang en 2005. « Lors du séisme, les habitants étaient vraiment paniqués et pendant une semaine, Padang fut comme une ville fantôme ! » raconte Dian Noviany. « En 2009, c’était différent. J’étais au marché, c’était le chaos : il y avait du feu, des accidents, des cris, du sang... Mais j’ai vu que les gens allaient tous dans la même direction. Vers les zones sûres, les collines. Ils n’étaient plus terrifiés comme avant. Ils savaient quoi faire. »

Jeune génération formée à réagir

Pour toucher la jeune génération, Kogami a mis en place un cours de « préparation au désastre » dans 41 écoles. Un programme qui pourrait devenir obligatoire dans toutes les écoles de la région si le gouvernement local le ratifie. Plus qu’une formation, c’est un engagement que Kogami a suscité parmi les jeunes. Notamment avec KSBS, les « équipes de préparation au désastre » mises en place dans les écoles impliquées. Sauvetage en mer, extinction de feux, premiers secours, gestion de crise... Ces groupes se rencontrent chaque semaine pour s’entraîner, à la manière des Boys Scouts ou de la Croix Rouge, très populaires ici.

« Beaucoup veulent rejoindre l’équipe mais il y a une stricte sélection : la fibre sociale, une disponibilité de tout instant et la force physique », explique Nofem, 18 ans, chef d’une équipe de 42 élèves. Le jeune homme, talkie-walkie à la main, arbore fièrement les écussons de son uniforme : « Prêts à aider ». Un mot d’ordre qui a servi lors du séisme de 2009. «Nous venions justement d’avoir une simulation d’évacuation » raconte Nofem. « Nous savions donc où aller et avons pu en informer les voisins. Durant un mois, nous avons aidé à chercher les survivants coincés sous les débris mais aussi à la logistique et la distribution de vivres.»

Il est 17 heures, dans la cour du collège de Nofem, tous les élèves se sont rassemblés pour la commémoration du dernier séisme. Sous la pluie, les visages sérieux, l’équipe s’avance et se lance dans une danse et un chant qui rappellent le haka de l’équipe de rugby néo-zélandaise. « KSBS, un objectif, un commandement, un corps » scandent-ils en cœur avec détermination. Ici, les jeunes se savent destinés à revivre un autre désastre, mais ils sont prêts à l’affronter.

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